‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 394 sur 406 · L. Morgan, Ancient SocietieSy p · texte numérisé non relu

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LE MARIAGE ET LA FAMILLE. im

dénie; elle v^a d'un communisme pins ou moins f»rand A l'individualisme ; du clan, où tout est solidaire, à la famille et à l'individu, ayant leurs intérêts propres et aussi distincts qu'il se peut de ceux des autres familles et des autres individus. Chacun s'est efforcé de se faire une part aussi grande que possible dans ce qui jadis avait été en commun ; chaque homme a visé à s'attribuer un droit de plus en plus exclusif sur les biens, les femmes et les enfants. De ces appétits, plus économiques qu'cthérés, sont sortis en fin de compte la famille patriarcale, la monogamie et la propriété familiale d'abord, individuelle ensuite*; le régime de la famille et celui de la propriété ont évolué de conserve. Mais cette transformation s'est effectuéeavec une grande lenteur; longtemps le régime nouveau porta la marque de l'ancien, dans certains droits réservés au clan, dans certaines prohibitions, dans certaines obligations, qui imposaient encore aux individus quelque solidarité, par exemple, l'injonction léj^ale de prêter main forte à un homme en péril, d'accourir an secours d'un village pillé par des brigands, le devoir si général de l'hospitalité, etc., toutes prescriptions que formulaient les codes de l'Egypte, de l'Inde, que l'on retrouve encore en Kabylie, et qui ont disparu de nos législations modernes, franchement individualistes, c'est-à-dire égoïstes.

Que cette évolution ait partout coïncidé avec un progrès de la civilisation en général, cela est incontestable et la marche a été sensiblement la même chez les peuples de toutes les races, k la seule condition qu'ils fussent sortis de la sauvagerie : partout, à la longue, la famille paternelle et le mariage monogamique sont devenus comme un idéal, auquel on s'est eifoiré de conformer les mœurs et les institutions. On en

1. A. Giraud-Tcliloff. Orifif. du mariage^ otr., p. 428. — L. Morgan, Ancient SocietieSy p. 389.

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a tout naturellement conclu que ces formes dernières de la famille et de l'union conjugale avaient sur les autres une supériorité intrinsèque, sociologique, qu'en tout temps et en tout lieu, elles fortifiaient le groupe ethnique, lui créaient de meilleures conditions dans sa lutte pour l'existence. Mais ce raisonnement n'a rien de rigoureux; la civilisation est le résultat d'influences très complexes et de ce que telle pratique sociale a été adoptée par des races inférieures, il ne s'ensuit pas logiquement qu'elle soit, pour cela seul, mauvaise en soi. Ce qui semble incontestable, c'est que l'homme tend volontiers à l'individualisme et qu'il s'y laisse aller avec joie, dès que, grâce aux progrès généraux de la civilisation, cela lui devient possible. A l'origine des civilisations, dans une tribu de sauvages, environnée de périls et luttant pénibleAient pour la vie, une solidarité plus ou moins étroite s'impose, les coassociés doivent nécessairement former comme une grande famille on un régime plus ou moins communautaire est de rigueur. Alors les enfants, les faibles, les femmes ont plus do chance do survivre, si dans une mesure plus ou moins large, ils appartiennent au clan loul entier; la guerre perpétuelle moissonne (le bonne heure un grand nombre d'hommes; il faut donc que leurs veuves cl leur progéniture trouveni sans peine appui et protection, et le régime du clan avec sa parenté large et con use se prête mieux à cette fraternité salutaire qu'une rigoureuse distinction du tien et du mien appliquée aux biens et aux personnes. — On en peut dire autant de la polygamie patriarcale, qui fleurit souvent sur les ruines du clan Pour qu'elle se généralise, il faut nécessairement que, dans le groupe ethnique, la proportion des sexes soit à Tavantage du sexe féminin et, dans ce cas, elle s'impose et devient évidemment favorable au maintiendu corps social; en eîfet elle garantit les femmes contre l'abandon, augmente le nombre desnaissanres et assure aux enfants les soins d'une

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OU de plusieurs mères adoptives, si la mère réelle vient à succomber. L'opinion d'flerbert Spencer, qui, tout h fait a priorij attribue à la monogamie une diminution dans la mortalité des enfants *, est des plus hasardées. Par le dernier recensement fait en Algérie nous avons appris, non sans étonnement, que le croît de la population indigène musuN mane et polygamique, était de beaucoup supérieur à celui du plus prolifique des états européens monogames. La polygamie peut donc avoir sa valeur utilitaire, et il en est ainsi, dès qu'elle s'adapte aux conditions générales de la vie sociale.

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