‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 396 sur 406 · Sociologie, t. Il, p · texte numérisé non relu

Sociologie, t. Il, p

eu rhonneur d'être l'ami, le D' Adolplie Bertillon, publia sur le mariage une monographie, qui fit sensation*.

De ce travail, bourré déchiffres scrupuleusement rassemblés et rigoureusement exacts, il ressortait ou il semblait ressortir que le tiers célibataire de la population française était, par le fait de son célibat, fiappé de déchéance el jouait, vis-à-vis des deux autres tiers mariés, le rôle d'une lace inférieure. En effet, dans des tableaux comparatifs d'une grande clarté, A. Bertillon suit pas à pas les destinées diverses des gens mariés et des non mariés, et il nous montre, qu'à chaque âge la population célibataire est frappée par un»» mortalité une fois et demie à deux fois plus forte; que h's naissances réparent seulement les 45 centièmes de ses perles annuelles; qu'elle compte, chaque année, deux fois plus de cas d'aliénation, deux fois plus de suicides, deux fois plu> d'attentats contre les propriétés, deux fois plus de meurtres et (le violences contre les personnes. Par suite, Tadministmtion doit, pour elle, entretenir deux fois plus de prisons, deux fois plus d'asiles et d'hôpitaux, deux fois plus de croque-morls^ etc. Dans le petit public spécial, qui s'occupe de démographie et de sociologie, l'émoi fut grand à ces révélations, absolument vraies comme résultat brut. On se calma bientôt.

De son intéressant travail A. Bertillon avait tiré des conclusions très contestables, prenant sûrement l'effet pour la cause, en attribuant l'infériorité de la population célibataire uniquement à son célibat. A l'en croire, pour relever ces déchus, il aurait suffi de les marier; mais la supériorité de la population mariée, qui, en moyenne, est incontestable,

1. Article Maria(;e du Dictionnaire encyclopédique des sciencei midi' cales i. A. DiMtillon, toc. cil.

plique pas nécessiiirement la supériorité de Fétat de ma-

îst par suite d'empêchements économiques, d'infériophysique ou psychique, que, dans la plupart des cas, î résigne au célibat. Ne se marie pas qui veut, et, mieux personne, A. Bertillon savait que le nombre des mas, l'âge des mariés, le nombre des enfants par ma- , etc., dépendaient, en bloc, non des caprices indivi- , mais de causes toutes générales. Mettant à part les dérations d'argent, si puissantes et sur lesquelles je ndrai tout à l'heure, et sans sortir de la catégorie des à peu près normalement doués, il est probable qu'il ►lus d'énergie, plus de vitalité morale et intellecluellc ceux qui affrontent bravement l'aventure du mariage ïhez les célibataires timorés; mais il est sûr que la popu- 1 célibataire, prise en bloc, comprend la majorité du Bt humain d'un pays. A l'époque où A. Bertillon écri- ;on savant mémoire, en 1859, la statistique accusait en ce l'existence de 370018 infirmes*, dont évidemment upart étaient condamnés au célibat, par leur infirmité e. D'autre part, il est vraisemblable que, parmi les men- ;s proprement dits, il y a une forte proportion de célires, même en en défalquant les infirmes; or, en 1847, il il en France 337 838 mendiants».

ces catégories de célibataires malgré eux, il faut ajouil fallait surtout ajouter, en 1852, la population virile lue sous les drapeaux, et dont, nous le savons, la mor- ; était a peu près le double de celle de la population î. Or, au 1" janvier 1852, l'armée française comptait 960 hommes \ A ces non valeurs matrimoniales, payjint

[. Biock, Slatisliqu*' de la France, t. II, p. 55. d., Ibid., p. 208.

^s L £VOUTIO> Dt MARIAGE ET DE LA FAMILLE.

une dime plus forte à la maladie et à la mort, il faut encore joindre les célibataires par suite de vœux religieux. Le recensement de 1851 en accuse 52885. Sans vouloir aucun mal au clergé catholique, il est permis de croire que Tacte même de se vouer au célibat, c'est-à-dire de méconnaître entièrement les vœux de la nature et les besoins de la société dont on fait partie, cela pour des motifs métaphysiques, implique souvent un certain degré d'infériorité mentale. Lastatistique spéciale du petit monde ecclésiastique n'est pas tenue à jour en France, cependant M. Duruy ayant eu jadis l'heureuse idée de faire relever dans les casiers judiciaires le nombre des crimes et délits commis par les membres des ordres religieux enseignants, comparativement à ceux des maîtres d'école laïques, pendant un laps de temps de trente mois, il ressortit de cette enquête, qu'il y avait à la charge des premiers et proportionnellement au nombre des écoles, quatre fois plus de délits et douze fois plus de crimes^Si courte que soit la période observée, cependant cet écart si énorme donne à réfléchir, quoiqu'il ne puisse avoir la valeur d'une loi.

Mais les grandes causes, qui influent sur la matrimonialité, sont le plus ou le moins de facilité de la vie et Tiroportance extrême qu'on attache à l'argent. Règle générale, la vie et la mort tendent à s'équilibrer et les populations où la mortalité est forte ont, par compensation, une riche natalité. Toujours à la suite d'une série d'années prospères, on voit grossir le chiffre des mariages, celui des naissances et inversement. Naturellement, ces causes générales influent tout particulièrement sur la population vivant au jour le jour. La classe aisée s'y dérobe, et même on voit, 'dans les années (le cherté, les chances de mariage s'accroître pour les riches*.

Page 1