LE MAHIAGE ET LÀ FAMILLE
— On ne peut guère attribuer qu'à une prévoyance poussée jusqu'à la timidité, à un souci excessif de l'argent quelques traits inquiétants de notre matrimonialilé et de notre natalité. Je rappellerai seulement, en passant, la faiblesse toujours croissante de notre excédent de naissances, qui, si elle n'est enrayée par de profondes réformes sociales, ne peut aboutir qu'à notre déchéance finale.
La peur du mariage et de la famille est le trait particulier de la matrimonialité française. L'âge d'élection du mariage, l'âge désirable, dit A. Bertillon*, en est de vingt-deux à vingt cinq ans pour les hommes, de dix-neuf à vingt ans pour les femmes. En Angleterre, plus de la moitié des mariages des hommes (504 sur 1000) et presque les deux tiers de ceux des femmes se contractent avant l'âge de vingt-cinq ans. Or cela n'arrive en France que pour les 0,29 et en Belgique que pour les 0,20 des mariages. Un phénomène démographique dumèmegenre s'observe en Italie, où 232 hommes seulement sur 1000 se marient avant l'âge de vingt-cinq ans*. A Paris, où la lutte pour vivre est plus âpre, où le souci de l'argent est plus dominant, ce sont les mariages d'arrière-saison qui abondent et c'est seulement à partir de quarante ans pour les hommes et de trente-cinq ans pour les femmes que la matrimonialité égale et bientôt dépasse celle de la France entière ^; il va sans dire, qu'il en résulte un quantum plus faible de naissances par mariage. — Que ces faits proviennent soit des difficultés croissantes de la vie, soit d'une crainte, croissante aussi, de la gène et de la peine, ou bien de ces deux causes combinées et se fortifiant mutuellement, il n'en ressort pas moins que les mariages deviennent de plus en plus des transactions commerciales, d'où la pire, la plus
1. A. Bertilloii, art. Mariagk, loc. cil. "2. Id., Ibid. X Id., Ihid.
iU) L'ÈVOLITION DU MAIIIA(.K KT l)K LA FAMILLK
lionU'u^o drs sélections : la sélection par rarj;enl. Kn démographe moraliste, A. Uerlillon tonne contre ce qu'il appelle «le système de la dot* ^, plus spécial aux races dites latines, puisqu'il nous vient de Rome, où sans doute on y eut recours dans le principe pour émanciper la patricienne de la dure servitude conjugale. Mais le remède est devenu un mal et c'est sûrement à l'amour de la dot, p' us généralement « aux beaux yeux de la cussette », qu'il faut attribuer toute une catégorie (h vrais mariages par achat, beaucoup plus communs dans notre pays qu'ailleurs. Tantôt ce sont des vieillards, qui achètent conjugalement des jeunes lilles; tantôt ce sont des vieilles femmes, qui se paient de jeunes maris. Je signalerai surtout cette dernière catégorie de mariages par achats. Sous ce rapport la France se distingue des autres nations d'une manière très fâcheuse. Dans nos tableaux de statistique, par exemple, le nombre proportionnel de mariages entre des garçons de dix-huit à quarante ans et des (illes de cinquante ans et au-dessus est près de dix fois plus fort qu'en Angleterre *.
Mariages avec des filles de cinquante ans et au-dessus» (Sur un million de murragos)
En
France.
En Angleterre.
Aj?c
Nombre
Age
Nombre
des gaivons.
des mariages.
des garçons.
des mariages
18 à 20 ans
16 à «Uans
On remarquera, en comparant ces tableaux, que le prc-