‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 404 sur 406 · Montaigne, Essais^ t. H · texte numérisé non relu

Montaigne, Essais^ t. H

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réducation des enfants. Mais cette évolution dans la manière de comprendre et de pratiquer le mariage s'opérera lentement, car elle suppose toute une révolution correspondante dans l'opinion publique; en outre elle a pour corollaire de profondes modifications dans tout l'organisme social. Le régime de la liberté du mariage et la désagrégation de notre type familial actuel ne sont possibles que si, dans un grand nombre de cas, l'Etat ou le district est prêt à assumer le rôle de tuteur et au besoin d'éleVeur d'enfants; mais, pour vaquer à ces importantes fonctions, il lui faudrait des ressources considérables, qui lui font aujourd'hui défaut. Dans notre régime actuel, la famille, si défectueuse qu'elle puisse être, constitue encore pour l'enfant l'abri le plus sûr, presque l'unique, et cet abri, on ne saurait songer à le détruire avant d'en avoir construit un autre plus vaste et meilleur.

Des transformations aussi radicales ne sauraient évidemment s'opérer instantanément, par une sorte de changement à vue, à la manière des révolutions politiques. Rien n'est plus chimérique que de craindre ou d'espérer le subit écroulement de notre forme actuelle du mariage, de la famille et de la propriété; mais incontestablement tout cela est ébranlé. L'effarement et les lamentations de nombre de moralistes laïques et religieux, ne sont donc point sans quelque fondement. Toujours les sociétés ont évolué, mais la rapidité de cette évolution s'accélère; elle est, en quelque sorte, proportionnelle au carré des temps écoulés. J'ai peur qu'aux yeux de nos descendants nous ne soyions des routiniers, comme nos ancêtres le sont aux nôtres.

Pour quiconque n'est pas fermement rallié à la grande loi du progrès, pour tous les esprits que n'a pas encore éclairés la philosophie transformiste, l'avenir semble effrayant. Toujours il en a été ainsi, toujours les novateurs ont dû surmonter les résistances des sectateurs du passé. —

4tô I/ÉVOLUTION DU MARIAGE ET DE LA FAMILLE.

De temps immémorial, œrtainos tribus dayaks avaient Fhabitude d'abattre les arbres en attaquant les troncs à la hache et perpendiculairement aux fibres. Un jour, des révolutionnaires s'avisèrent de faire des entailles en V» à l'européenne. Aussitôt le parti conservateur dayak s'indigna au nom du respect dû à la coutume, et les novateurs furent punis d'une amende ^ Néanmoins je ne doute pas que la méthode nouvelle n'ait triomphé, à l'user : elle était avantageuse. Mais le fait est, sous une forme schématique, l'histoire de toutes les transformations petites ou grandes.

Il est très sûr que, dans les sociétés où le mariage piu' groupes mi-partie polyandriques et polygamiques était institué depuis des siècles, les perturbateurs hardis, qui tentèrent d'y substituer l'union individuelle, furent considérés d'abord comme de dangereux révolutionnaires et ceux qui démembrèrent en familles le clan communautaire n'y réussirent certainement qu'à grand peine et à grand péril. De même dans VOreslie d'Eschyle, dont j'ai parlé dans le dernier chapitre, le chœur des Euménides donne une voix aux protestations de l'opinion publique contre l'établissement en Grèce de la famille paternelle. Or, les perspectives, qui, aujourd'hui, déconcertent les esprits conservateurs, ne sont en définitive que la conséquence dernière de cette évolution millénaire. Les statisticiens non évolutionistes constatent, sans y rien comprendre, que de plus en plus l'indissolubilité du mariage devient intolérable aux individus*. Il y a, commi* une marée toujours montante de discorde, qui rend de plus en plus précaire la stabilité conjugale, (^e fâcheux état de choses désole, d'autre part, les moralistes, qui, eux non plus, n'en trouvent pas la raison. L'étonnement des uns ne se jus-

1, Joum. Ind. Archip.y t. II, p. r4.

S. J. Bcrtillon, loc. ct7., |>. Cl.

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