I. — LA CONSERVATION DES ESPÈCES
Deux grands procédés sont employés, dans le règne animal, pour assurer la conservation de Tespècc; ou bien les parents ne s'occupent nullement de leur progéniture, mais alors les femelles enfantent un nombre énorme de jeunes, ou bien les progéniteurs sont pleins de sollicitude pour leurs rejetons, les élèvent, les choyent, les protègent contre les mille dangers qui les menacent, et, dans ce dernier cas, les jeunes sont en petit nombre : la Nature, puisque
rexprcssion est consacrée, proci^de tantôt par .une natalité désordonnée et prodij^^ue, tantôt par une sorte de mal husianisme. — Ainsi une morue pond, chaqui» année, environ un million d'œufs, dont elle ne s'occup(* pas, et dont a peine la millième partie, peut-être la cent millième partie, échappe aux causes de destruction; les tourterelles, au contraire, ne pondent que deux œufs, mais la ])resque totalité de leurs petits atteijrnent Tâgc adult(\ Au total, respè<*e se maintient tantôt par la prodigalité des naissances, tantôt par une grande dépense de soins et d'affection de la part des parents, surtout d(* la femelle. Il est presque supeiflu de remar([uer que des faits analogues s'observent dans la natalité humaine, suivant qu'elle est sauvage ou civilisée.
Chez les animaux comme chez les hommes, l'association sexuelle, quand elle dure, devient mariage et il en résulte la famille, c'est-à-dire une union des parents dans un but deproterlion pour les jeunes. En général, le maie se soucie de sa descendance plus rarement et plus tardivement que la femelle. Dans l'animalité comme dans l'humîmité, la famille est d'abord matriarcale, et c'est seulement aux éi^iges supérieurs du règne animal que le mile devient vraiment partie constituante du groupe familial; mais, même alors, sauf chez cei'taines espèces d'oiseaux, son souci piincipal est moins d'élever les jeunes que de les gouverner en les protégeant. Il joue le rôle d'un chef despotique, guidant la famille quand elle ne se désunit pas après l'élevage des * petits, et le plus souvent se conduisant en sultan polygame, sans avoir le scrupule, tout humain, d'éviter l'inceste.
Si l'on retrouve, chez les animaux, les deux principaux types de la famille humaine, le matriarcat et le patriarcat ou plutôt la famille maternelle et la famille paternelle, on y peut aussi observer toutes nos formes d'union sexuelle, depuis la promiscuité jusqu'à la monogamie; mais, pour
nous renseigner sur ces points intéressants de la sociologie, un rapide examen du règne animal vaudra mieux que toutes les généralités.