‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 43 sur 406 · CHEZ LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

CHEZ LES ANIMAUX

Nous négligerons tout d'abord le monde inférieur des zoophytes dépourvus de centres nerveux eoalescents et par suite de vie consciente. Même les types inférieurs des mollusques ne songent pas encore à leur progéniture; ils éparpillent leurs œufs, comme les plantes leurs graines, et les laissent exposés a tous les hasards. Il faut arriver aux mollusques supérieurs pour voir s'éveiller quelque souci de la descendance. Dans cet ordre, en effet, lesespèces les (dus développées surveillent plus ou moins leurs œufs. Les ta rets les portent, collés en anneaux autour de leurs corps; les colimaçons les déposent souvent dans la terre humide ou dans un tronc d'arbre; les céphalopodes les fixent en grappes autour des algues et parfois les surveillent jusqu'à réclosion ; après quoi ils les laissent se tirer d'affaire, comme ils pourront, dans le vaste monde.

Chez les araignées et les insectes, les œufs sont souvent l'objet d'une sollicitude et même d'une prévoyance à long terme, qui réjouissent fort les amateurs de finalité. Remarquons pourtant que le mAle des araignées et celui de la plupart des insectes se désintéressent entièrement de leurs petits : c'est encore chez la femelle que naît tout d'abord le souci des rejetons, et cela est naturel. Les œufs se sont formés dans son corps; elle les a pondus et en a conscience : ils font en quelque sorte partie intégrante de son individualité. Aussi les femelles des araignées soignent

leurs œufs après la ponte, les enferment dans une boule de fils disposés en cocons, les emportent avec elles et, au moment de réclosion, les délivrent, un à un, de l'enveloppe. Chez quelques espèces, il y a môme un certain élevage des jeunes. Ainsi la Nemesia Eleonora vil, quelque temps, dans son nid à trappes avec ses petits, au nombre de vingt à quarante*.

Chez les insectes, la prévoyance maternelle arrive parfois à une sorte de prescience divinatoire, que, seule, la doctrine transformiste peut expliquer. Il y a en effet quelque chose de surprenant dans la conduite d'un insecte femelle, préparant pour des descendants, qu'il ne verra pas plus qu'il n'a vu ses parents, une nourriture spéciale et qui n'est pas la sienne; c'est ainsi que les sphex, les pompiles, les ammophiles des sables, les philanthes, se creusent dans le sable des trous, où ils déposent avec l'œuf une nourriture convenable pour la larve future*. Pour comprendre cesfait^, en apparence inexplicables, il faut invoquer non seulement la puissante influence de la sélection, mais encore le passé zoogénique des espèces. Chez l'insecte, la forme complète est sûrement la dernière venue, l'aboutissant de toutes les métiimorphoses antérieures. Mais longtemps la forme larvée, actuellement transitoire, a dû être la forme permanente et elle avait des goûts et des besoins différents. Aujourd'hui encore, chez nombre d'insectes, la durée de l'existence larvée est beaucoup plus longue que celle de l'insecte dit parfait (éphémères, hannetons). Il est même d^s larves, qui se reproduisent. Certaines autres, tout en étant stériles, n'ont pas encore perdu l'instinct maternel. Ainsi, lors de l'éclosion des nymphes, les larves des termites aident ces dernières à se débarrasser de leur enveloppe. Il est donc vraisemblable

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