Espinas, Loc. cit., p
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capable de prouver à chaque instant que le droit doit fléchir devant la force, les jeunes, longtemps opprimés, se rebellent et assassinent ce père tyrannique. — Une remarque est à faire, c'est que, quelle que soit, chez les mammifères, la forme de l'association sexuelle, le mâle a toujours, pour les jeunes, un amour beaucoup plus faible que celui de la femelle. Même, chez les espèces monogamiques, quand le mâle revient près de la femelle, c'est bien moins pour être père que pour être chef. Parfois il est très enclin à commettre des infanticides, à détruire ses rejetons, qui, en absorbant toute l'attention de sa femelle, contrarient ses amours. Ainsi, chez les grands chats, la mère est obligée, pendant les premiers jours qui suivent la naissance des petits, de soustraire les jeunes au mâle, qui les dévorerait, si on le laissait faire.
Je terminerai ici cette étude, fort succincte, de l'association sexuelle et de la famille dans le règne animal. Mon but n'est pas, en effet, d'épuiser ce sujet, mais simplement de mettre en relief les analogies existant entre l'homme et les autres espèces. Pour cela, les faits précédemment cités suffisent amplement et l'on en peut tirer quelques conclusions générales :
Tout d'abord qu'il n'y a dans la nature aucun dessein prémédité ; tous les modes de reproduction, d'association sexuelle et d'élevage, compatibles avec la durée des espèces, se peuvent observer. Mais, d'une manière générale, on peut dire qu'il existe une sorte d'antagonisme entre la multiplicité des naissances et le degré de protection accordé aux jeunes par les parents, /-
La famille, à Tétat d'ébauche, se trouve déjà dans le règne animai ; elle est parfois patriarcale, comme chez les épinoches, etc., mais, le plus souvent, elle est matriarcale. Alors la femelle en est le centre, et son amour pour les jeunes est
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infiniment plus fort et plus dévoué que celui du mâle. Cela est vrai surtout chez les mammifères, où le mâle est le plus souvent un égoïste, ne protégeant la famille que dans son intérêt personnel.
L'instinct familial, plus ou moins développe, existe chex la plupart des vertébrés et chez un grand nombre d'invertébrés. De bonne heure, il a dû devenir objet de sélection, puisqu'il ajoute considérablement aux chances de durée de l'espèce. Chez quelques espèces (fourmis, abeilles, termites), cet instinct s'est épanoui en un large amour social et il en est résulté de grandes sociétés à structure complexe où la famille, comme nous l'entendons, est inconnue. J'insiste sur ce fait, car il a, pour la sociologie théorique, une très grande importance; il prouve^ en effet que des sociétés nombreuses, compliquées, avec division du travail social, peuvent se maintenir sans l'institution de la famille. On n'est donc pas fondé à prétendre, comme on le fait ordinairement, que* la famille est absolument indispensable, qu'elle est « la cellule » de l'organisme social. Remarquons en passant que l'expression courante « organisme social » est simplement métaphorique <ît qu'il faut se garder de la prendre au pied de la lettre, comme l'a fait avec une étrange naïveté IL Spencer. Les sociétés sont des agglomérations d'individus, dans lesquelles s'est nécessairement établi un certain ordre ; mais il est presque puéril d'y chercher et de prétendre y trouver une véritable organisation, comparable, par exemple, au plan anatomique et physiologique d'un mammifère.
Terminant cette petite digression, je reviens à mon sujet en résumant ce que nous apprend l'examen des associations sexuelles chez les animaux.
Pour le mariage comme pour la famille, la nature n'a pas de préférence, tout lui est bon, pourvu que l'espèce en profite ou du moins n'en souffre pas trop.
LE MARIAGE ET LA FAMILLE CHEZ LES ANLMAUX. fô
On trouve, chez les animaux, des unions fugitives après lesquelles le mâle se désintéresse absolument de la femelle ; mais on rencontre aussi, surtout chez les oiseaux, nombre d'unionspersistantes, pour lesquelles le mot mariage n'est pas trop relevé. Il ne semble pas que la polyandrie, c'est-à-dire une société durable entre une femelle et plusieurs mâles, soit pratiquée par les animaux. La femelle, presque toujours plus faible que les mâles, ne saurait en réduire plusieurs en servitude amoureuse et ceux-ci ne sont jamais tentés de se partager systématiquement une femelle. Au contraire, ils sont souvent polygames. Mais c'est surtout chez les mammifères, que la polygamie est commune et il faut bien qu'elle ait souvent sa raison d'être soit dans le rapport sexuel des naissances, soit dans une plus grande mortalité des mâles. Ce sont là des raisons que j'aurai occasion d'invoquer aussi, en parlant de la polygamie humaine.
Mais si la polygamie est fréquente chez les mammifères, il s'en faut qu'elle soit le régime conjugal universellement adopté ; la monogamie est commune et parfois elle s'accompagne de tant de dévouement, de tant de fidélité, qu'elle peut alors servir d'exemple aux monogames humains.
Il importe aussi de remarquer que, chez les animaux, le mode d'association sexuelle peut varier sans grande difficulté. Il n'y a pas d'espèce nécessairement et toujours astreinte à telle ou telle forme d'union sexuelle. Un animal appartenant à une espèce habituellement monogame peut très bien devenir polygame. Enfin il ne semble pas qu'il y ait de relation entre le plus ou moins d'intelligence d'une espèce et ses mœurs conjugales.
Dans les chapitres suivants, l'on pourra voir que, dans une grande mesure, ces observations générales ne s'appliquent pas seulement à l'animalité.