I. — Y A-T-IL EU UN STADE DE PROMI.SCUITK
Après notre enquête préliminaire sur T amour, les unions sexuelles, le mariage ou ce qui y correspond, la famille dans lerègne animal, nous sommes maintenant en mesure d'aborder l'examen des faits sociaux correspondants cliez l'homme. Or, la méthode transformiste nous fait un devoir de comnien-
itÂtr notre investigation par la plus inférieure des formes (le rassociation sexuelle, et il n'en est pas de plus infime, moralement et intellectuellement, que la promiscuité, c'està-dire un état social tellement grossier que, dans le sein d'un groupe, d'une horde, d'une tribu, toutes les femmes appartiennent, sans distinction ni règle, à tous les hommes. Dans une société, à ce point bestiale, il n'y a sûrement pas de
f place pour ce quenous appelons amour, si grossièrementque l'on puisse entendre ce sentiment. Plus de choix, plus de pré-
^férence; le besoin sexuel est réduit à sa plus simple expression, absolument ravalé au niveau des besoins nutritifs; l'amour n'est plus qu'une faim ou une soif d'un autre genre; il n'y a plus de distinction entre l'homme et le tatou.
Quelques sociologistes ont admis, sans hésiter, que la communauté des femmes représentait un stade primitif et nécessaire des associations sexuelles dans l'humanité. Sûrement ils auraient été moins ciffirmatifs sur ce point, si, comme nous, ils n'avaient abordé la sociologie humaine qu'après avoir consulté la sociologie animale. Nous avons vu que nombre d'animaux vertébrés sont susceptibles d'une vraie passion exclusive et jalouse, même quand ils sont de déterminés polygames. A vrai dire, les vertébrés, pour lesquels l'amour n^est qu'un besoin comme un autre, semblent bien êtreenminoçité. Il en est, les oiseaux par exemple, qui sont des modèles de fidélité, de constance, d'attachement impérieux et dévoué bien propres î\ inspirer à l'homme des sentiments de modestie. Les mammifères, tout en étant moins délicats en amour que beaucoup d'oiseaux, sont cependant, pour la plupart, déjà parvenus à un niveau moral incompatible avec la promiscuité. Les mammifères les plus voisins de l'homme, ceux que nous pouvons considérer comme les effigies de nos plus proches ancêtres animaux, les singfes anthropomorphes sont tantôt monogames, tantôt polygames ; mais d'ordinaire
ils ne supportent pas la promiscuité. Or, ce fait constitue manifestement une présomption très forte contre le bien fondé de la théorie, suivant laquelle la promiscuité aurait été, dans l'humanité, le stade primitif et nécessaire des unions sexuelles. Est-ce à dire que le régime de la promiscuité soit sans exemple dans les sociétés humaines, primitives ou non? Nullement. Pour l'affirmer, il faudrait ne tenir nul compte d'un bon nombre de faits observés dans l'antiquité ou observables de nos jours. Mais on est fondé à croire que le régime, si inférieur, de la promiscuité n'a jamais été qu'exceptionnel dans l'humanité.
S'il a existé çà et là, c'est qu'en raison même de la supériorité relative de son intelligence l'homme est moins rigoureusement asservi aux lois générales, et que parfois, il sait les tourner ou les enfreindre; dans son existence, il va, le pour caprice, plus de place que dans la vie des animaux.