‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 58 sur 406 · II. — QUELQUES CAS DK PROMISCUITÉ HUMAINE · texte numérisé non relu

II. — QUELQUES CAS DK PROMISCUITÉ HUMAINE

Des groupes humains ont donc pratiqué la promiscuité et il n'est pas tout à fait impossible que certains la pratiquent encore. Si exceptionnels que puissent être ces faits, ils sont intéressants, pour lesociologiste, et il importe de les mentionner, de les critiquer aussi. Il en est un certain nombre^ dont nous devons la connaissance aux écrivains de l'antiquité gréco-latine. Je les énumérerai succinctement, ceux du moins qui méritent ou ont obtenu plus ou moins de créance.

« Dans toute la Troglodytique, raconte Strabon, les populations mènent la vie nomade. Chaque tribu a son chef, son tyran. Les femmes ef les enfants sont possédés en commun : il n'y a d'exception que pour les femmes et les enfants des chefs, et quiconque s'est rendu coupable d'adultère avec une des

femmes du chef est puni d'une amende consistant dans le payement d'un mouton*. »

Un autre passage, plus connu, de Strabon, est souvent cité comme attestant aussi, chez les anciensArabes, une époque primitive de promiscuité. Ce passage est curieux, intéressant, mais il n'a pas du tout la portée qu'on lui a jusqu'ici attribuée. Il s'agit des populations de l'Arabie Heureuse. Voici ce que dit Strabon de leurs mœurs conjugales : « La communauté des biens existe entre tous les membres d'une même famille, mais il n'y a qu'un maître, qui est toujours le plus ancien de la famille. Ils n'ont aussi qu'une femme pour eux tous : celui qui, prévenant les autres, entre le premier chez elle, en use après avoir pris la précaution de placer son bâton en travers de la porte (l'usage veut que chaque homme porte toujours un bâton). Jamais, en revanche, elle ne passe la nuit qu'avec le plus âge, avec le chef de la famille. Une semblable promiscuité les fait tous frères les uns des autres. Ajoutons qu'ils ont commerce avec leurs propres mères. En revanche, l'adultère, c'est-à-dire le commerce avec un amant qui n'est pas de la famille, est impitoyablement puni de mort. La fille de l'un des rois du pays, merveilleusement belle, avait quinze frères, tous éperdument amoureux d'elle, et qui, pour cette raison, se succédaient auprès d'elle sans relâche. Fatiguée de leurs assiduités, elle s'avisa, dit-on, du stratagème que voici : elle se procura des bâtons exactement semblables à ceux de ses frères, et, quand l'un d'eux sortait d'auprès d'elle, elle se hâtait de placer contre la porte le bâton pareil à celui du frère qui venait de la quitter, puis, peu de temps après, le remplaçait par un autre, et ainsi de suite, en ayant bien soin de ne pas y mettre le bâton pareil à celui du frère dont elle prévoyait la visite. Or, un

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