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L'ÉVOLUTION DU PIGMENT C’est ainsi que le pigment est, en général, transporté d’un point à un autre de l'organisme.
II. Transport du pigment dans l’organisme. — Les granules pigmentaires pénètrent à l’intérieur des leucocytes ou bien sont englobés par eux; ils y pénètrent (comme le fait le microbe de la septicémie de la souris) et y continuent leurs mouvements ainsi que leurs diverses manifestations vitales (à l'exemple de la bactérie charbonneuse); d’autres fois ils subissent l’englobement, mais, actifs encore, ils le favorisent par leurs mouvements (ce qui est à rapprocher de l'observation de Lubarsch, qui a constaté que les bacilles vivants sont englobés par les leucocytes plus vite et en plus grand nombre que les bacilles morts). Une fois à l’intérieur des cellules mobiles, les granules pigmentaires effectuent des migrations importantes dans l'organisme, migrations que Carnot à nises en parallèle avec celles des bactéries.
Les observations de Pizon sur les ascidies sont curieuses. Chez le Botryllus smaragdus, le liquide sanguin renferme des globules incolores et des globules colorés, ou chromocytes, dans lesquels se meuvent avec rapidité des granulations pigmentaires de diverses teintes; beaucoup de granulations, d’ailleurs, se trouvent libres au sein du liquide sanguin, s’y déplaçant très rapidement, en y formant de longues trainées. C’est par l'accumulation des chromocytes que se forment, d’après Pizon, les taches pigmentaires colorées qui se voient dans le corps de beaucoup d’ascidies.
Cet auteur a décrit ces faits en 1899; or, quelques années auparavant, en 1896, des faits analogues avaient suggéré à H. M. Bernard sa théorie sur le sens de La vue.
D'après cet auteur, chez de nombreux animaux (vers, vertébrés...) les cellules migratrices collectionnent des granules pigmentaires provenant des divers tissus; ces cellules charrient le pigment et le portent en des points variés du corps, où celui-ci est diversement utilisé; elles ont tendance à se rendre vers les téguments, et, comme elles ont un phototactisme positif, elles s'accumulent dans les points où frappe la lumière ; Jà, elles entrent en lutte contre les cellules fixes; le résultat de cette lutte est l’œil. Le fond de la rétine n’est qu'une vaste tache pigmentaire, où le pigment subit des migrations incessantes sous l'influence de la lumière.
IL. Facteurs qui influent sur les migrations pigmentaires. — La théorie de Bernard est fort séduisante, mais s'appuie-t-elle sur des faits d'observation ou d'expérience précis ? À-t-on fait une étude des facteurs qui influent sur les migrations pigmentaires ?
Ces migrations sont tout d’abord sous la dépendance des Phénomènes mécaniques dont l’organisine est le siège (circulaüon du sang). Elles sont aussi évidemment sous la dépendance des facteurs biologiques agissant sur les migrations leucocytaires : influences chimiotactiques et phototactiques, et il est à remarquer que la présence du pigment dans les leucocytes ne peut qu'exagérer leur sensibilité vis-à-vis de ces agents.
Une des méthodes les plus employées pour étudier les migrations pigmentaires est celle des injections. Un certain nombre d'auteurs l'ont pratiquée, mais ils ne paraissent pas avoir fait un choix très judicieux des granules à injecter ; ceux-ci, souvent »7al choisis, périssent au sein des cellules migratrices, véritables phagocytes, et tout se passe comme si l’on avait injecté simplement une poudre colorante inerte.
Carnot a pratiqué les injections chez les vertébrés ; il a injecté à des lapins, à des cobayes, à des chiens, des pigments empruntés à des animaux très différents : où un pigment mort {noir de seiche du commerce); ou un pigment d'origine pathologique, celui de la mélanose du vieux cheval blane: ou un pigment tout à fait spécialisé au point de vue biologique, celui de l'œil. [Il à fait l'injection : 1° dans le tissu souscutané ; 2° dans le péritoine; 3° dans les veines. Les résultats obtenus n'offrent qu’un intérêt médiocre.
Quelques auteurs ont injecté des pigments chez les invertébrés : les uns dans la cavité du corps, les autres dans le be digestif; mais il est à remarquer, ici encore, que les pigments étaient le plus souvent des pigments morts, ou simplement des -matières colorantes chimiques.
Les pigments introduits dans la cavité du corps, chez les échinodermes comme chez les insectes (Durham), s’amassent dans les cellules migratrices, et peuvent gagner ensuite les téguments.
Les pigments introduits dans le tube digestif sont retrouvés, en général, dans les cellules hépatiques : polyzoaires marins (Harmer), crustacés (Cuénot), pour être éliminés ensuite avec
les fèces. Dans ce cas, ils n’ont pas d'influence sur la colora-
Boux. L'évolution du pigment. 5
SA TR A TE Se ENS A Re 07 NS IN ST PR EST RE UR # LL CE | < > 0 MST tait VAT
tion générale de l'animal. Cependant, chez les vers, Capitel—
lidæ (Eisig) et Tubifex (Cuénot), le pigment, après s'être
amassé dans les cellules de l'intestin ou dans les cellules
chloragogènes qui forment gaîne autour de lui, passe dans les
téguments, et a ainsi un effet marqué sur la coloration de
l’animal.
Ces faits sont intéressants, car ils nous montrent que la coloration d’un être peut être due à des granules pigmentaires
étrangers introduits par la voie digestive. Ce sont là des.
exemples d'infections pigmentaires.
IV. Infections et contagions pigmentaires. — Dans la nature, beaucoup d'animaux semblent s’infecter ainsi.
En 1893, Poulton a reconnu que le pigment vert de certaines chenilles dérive de la chlorophylle des feuilles dont ces larves font leur nourriture ; les diverses teintes de chenilles. seraient peut-être dues aux pigments variés introduits dans le.
tube digestif avec les aliments et passant ensuite dans le tissu conjonctif et dans la peau.
Les mollusques présenteraient des faits du même genre : dans les cellules du canal alimentaire, et dans la glande digestive, on trouve souvent un pigment particulier voisin de la chlorophylle, l'entérochlorophylle, qui s’élimine d'habitude par
les fèces, mais qui, dans certains cas, passerait dans le man-
teau et de là dans la coquille.
Récemment, Newbigin a décrit toute une classe de pigments:
voisins de l’entérochlorophylle, celle des entérochromes.
En étudiant, en 1896, les rapports biologiques qui existent entre certains parasites et leurs hôtes, j'ai constaté des faits très curieux, que J'ai qualifiés de faits de contagion pigmentaire. Observant les copépodes parasites des ascidies,
aux divers stades de leur développement, j'ai vu que la teinte.
de l'hôte envahit progressivement le parasite et que, finale-
ment, les tissus de celui-ci renferment des granules pigmen-.
taires paraissant identiques à ceux de l’ascidie (1). Chez le Botrylloïdes rubrum, notamment, j'ai observé de très Jeunes
copépodes encore libres, dont l'intestin était le point de-
départ d'une pigmentation.
(1) Rapport aux Hautes-Études.
Les crustacés présentent fréquemment des migrations pigmentaires : chez les femelles de homard en vivier, on voit le pigment qui colore les œufs se répandre dans tous les tissus. Or, les crustacés ont souvent des parasites : l'Entoniseus, par exemple, prend à la fois la place et la couleur des œufs du crabe ; ce fait remarquable a été signalé par Giard; je l’attribue encore à une contagion pigmentaire.
Par la contagion pigmentaire, on pourra peut-être expliquer bien d’autres faits signalés par les biologistes.
Certains crabes, à la suite de lésions de membres ou de la carapace, sont parfois envahis par une teinte noire ; ils paraissent malades ; on dit qu’ils se charbonnent.
Il arrive que chez des individus d’une même espèce, cantonnés dans un endroit donné, il se produise une variation de teinte subite; ne s’agirait-il pas là de sortes d’épidémies locales ?
Entin, les animaux de certaines contrées présentent une même teinte générale; telle la teinte verte des animaux marins et terrestres de Ceylan; ne serait-elle pas due à une infection de tous ces êtres par les mêmes granules pigmentaires ?