‹ L'évolution du pigment (volume 2)Chapitre 22 sur 33 · MODIFICATIONS DU PIGMENT FE · texte numérisé non relu

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rapport avec l’activité de l'animal (à laquelle correspond d'ailleurs l’activité respiratoire). Ainsi j'ai pu suivre chez les Paguridés la transformation progressive du lipochrome rouge en pigment bleu sous l'influence de l’activité musculaire. Tandis que chez les espèces de profondeur, extrêmement peu actives, la teinte rouge ou orange (formes calcifiées) domine, — chez les espèces littorales, très actives, le bleu, le vert, le violet ‘envahissent le rouge, au point de le faire presque disparaitre. Le Pagurus striatus est d'un beau rouge strié de jaune; le Paguristes maculatus est rouge également, mais présente des

taches bleues sur les pattes antérieures, seules actives. Ce

sont les mêmes pattes qui chez l’Eupagurus bernhardus sont nuancées d’un bleu verdâtre ; le bleu, le vert apparaissent dans le voisinage immédiat des muscles très actifs. Chez l’'£Eupagurus anachoretus et chez le Clibanarius misanthropus, si actifs, le fauve ou le vert olivâtre domine, et le rouge ne persiste qu'aux extrémités des doigts, des antennes et des antennules, -qui ne sont pas sous l’action directe des produits de l’activité musculaire, — On peut citer d’autres exemples. Les Carcinus mænas (crabes ordinaires) présentent deux sortes de variétés : 1° des variétés vertes, comprenant des individus très actifs (mâles, ou des deux sexes dans les eaux superficielles et saumâtres); 2° des variétés rouges (femelles, ou des deux sexes dans les eaux profondes).

Influence des agents physiques. — La lumière a une influence très marquée sur la formation du pigment. Les poissons plats ont une seule face colorée, celle qui est exposée à la lumière, et d’après les expériencesbien connues de Cunningham, c'est bien celle-ci qui est la cause de la pigmentation. Les animaux qui vivent à l'obscurité ne sont pas colorés, mais, si on les expose à la lumière, ils peuvent acquérir une certaine pigmentation. À. Viré (1), s'inspirant du travail de Packard sur la faune des cavernes d'Amérique, a étudié récemment chez quelques espècés cavernicoles la disparition et la régénération des pigments. Les Gamimarus puteanus, qui possèdent à la lumière une coloration vert grisètre plus ou moins intense, la perdent à l'obscurité; ces animaux ont été placés dans les

(1) A. Viré: La faune souterraine de France. Thèse, Paris, 1900.

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catacombes; vers le onzième mois, quelques exemplaires ont présenté une dépigmentation partielle; les mois suivants, des taches blanches, irrégulières, diffuses, ont apparu sur un plus grand nombre d'individus, se sont multipliées et étendues sur: un même animal, pour envahir peu à peu la plus grande partie du tégument. Au bout de vingt mois, la majeure partie de ces. crustacés étaient décolorés. Chez les Gammarus des conduites. d’eau de la Seine, la pigmentation du corps a disparu. Le: Niphargus puteanus, espèce cavernicole, est généralement blanc. Si l’on transporte des Niphargus à la lumière, on voit apparaître, à la fin du premier mois ou au commencement du deuxième, sur tout le tégument, d'une façon très irrégulière, des taches d’un vert noirâtre intense; ces taches, diffluentes, finissent par se rejoindre en se développant; ce pigment nouveau est beaucoup plus stable que le pigment primitif des crustacés.

La lumière, si elle agit sur la fonction chromogène des: granules pigmentaires, agit aussi directement sur le pigment : il semble que dans bien des cas la constitution moléculaire de celui-ci soit remaniée directement par des ondes lumineuses de diverses longueurs.

Tandis que certains auteurs attribuent la coloration des. chenilles uniquement à des différences dans l’alimentation et pensent que la substance colorante est introduite par le tube: digestif, Poulton (qui admet d’ailleurs des pigments d’origine alimentaire) a démontré expérimentalement que, dans certains cas, la coloration de ces larves se met en harmonie avec celle du milieu ambiant, bien plus par l’action directe des rayons colorés sur le pigment que par la nature de la substance ingérée par l’animal. Ce savant a constaté en particulier que 1: couleur de la chrysalide résulte de celle des objets qui environnent la chenille au moment de sa transformation ; il en a placé dans des boîtes garnies de papiers de teintes. variées : les chrysalides prenaient ces teintes. Ces expériences. ont été confirmées depuis par Merrifield. C’est là, d’après. Giard, une véritable photographie des couleurs, et on conçoit qu'il serait très intéressant de faire l'étude des substances photochimiques ainsi impressionnées.

Récemment Schrôder, reprenant ces recherches, est arrivé à des conclusions analogues. Il a opéré sur la chenille de l'Eupithecia oblongata, connue par son extrême variabilité:

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de couleur dans la nature. Cette chenille se nourrit presque exclusivement de fleurs; sa couleur passe au rouge, au jaune, au vert, au gris, suivant celle des fleurs aux dépens desquelles elle se nourrit. Mais la nourriture n’est pour rien dans le phénomène ; en effet, Schrüder, ayant constitué plusieurs lots aux dépens d'une même ponte, et leur ayant fourni la même nourriture, les a soumis à des rayons lumineux reflétés par des morceaux de papier diversement colorés : il a obtenu les teintes correspondantes.

En résumé, les pigments se modifient sous l'influence des divers agents physiques et chimiques : 1° soit par suite du virage des pigments eux-mêmes ; 2° soit par suite de l’atténuation ou de l’exaltation de la fonction chromogène des granules.

lei encore, l’analogie entre les granules pigmentaires et les bactéries s'impose, et la fonction chromogène peut être mise en parallèle avec la fonction toxigène. Carnot a eu l’idée, sur le conseil de Gilbert (1), d'essayer de renforcer la pigmentation de la cellule épithéliale du cobaye par des greffes en série, comme on renforce la virulence de la bactérie pathogène au moyen de passages successifs à travers des organismes (2).

(1) Carwor, Thèse, p. 49.

(2) Il serait également intéressant d'essayer des cultures de granules pigmentaires, puisque cette méthode réussit si bien pour les bactéries ; mais il faudrait pour cela chercher des milieux de culture vraiment en rapport avec les conditions habituelles de vie des granules pigmentaires,

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