MODIFICATIONS DU PIG3IBXT
ganisme des réductions décolorantes, ou tout au moins modificatrices de la teinte.
Ainsi, tandis que l'oxyliémoglobine est d'un rouge clair, l'hémoglobine est d'un rouge foncé; la bilirubine jaune se transforme en urobiline rouge-brun ou rouge jaunâtre à reflets verts, et l' urobiline se décolore elle-même en présence de l'hydrogène naissant; oxydée, au contraire, la bilirubine donne de la biliverdine verte, — de la biliprasine, verte également, — de la bilicyanine, bleue, etc.
On voit donc que les actions oxydantes et désoxydantes qui se passent dans les organismes déterminent des virages variés (1): beaucoup de matières colorantes deviennent incolores dans les milieux réducteurs, et inversemeiït, des matières incolores, dites chromogènes , sont susceptibles de se transformer en matières colorées par suite d'actions oxydantes.
Parmi ces matières, le chromogène des capsules surrénales a particulièrement attiré l'attention ; il se colore en rouge sous l'influence des oxydants ou au contact de l'air. D'après Lépinoîs (2), le virage serait la conséquence d'une réaction complexe : formation de petites quantités d'eau oxygénée et décomposition ultérieure de celle-ci. L'urine renferme aussi un certain nombre de chromogènes qui ont été bien étudiés récemment par Gautrelet (3). ,
La notion de matière chromogène est une notion capitale dont doit être pénétré le biologiste qui étudie la pigmentation des animaux; on conçoit, en eflet, que, dans bien des cas, la coloration ' ou la décoloration d'un tissu soit due aune action oxydante ou désoxydante s'exerçant sur des matières chimiques de l'organisme qui, incolores, sont des substances chromo gènes y des « pigments latents » (4).
Mais l'oxygène ou les matières réductrices n'agissent pas seulement sur la matière chimique chromogène ou pigmentaire, considérée indépendamment du granule pigmentaire;
(1) Voir également au chapitre ix les changements de teintes des floridines et des uranidines, pigments fréquents chez les éponges.
(2) C.R. Soc. BioL, 29 avril 1899.
(3) Thèse Pharmacie, 1900.
(4) On pourrait peut-être expliquer ainsi que les plastidules chromatiques qui vivent d'habitude dans un milieu réducteur, le noyau, se colorent en passant dans le protoplasma oxydant.
îlfl doivent agir encore sur le granule pigmentaire lui-même, sur la fonction chromogénique, car il n'y a aucune raison pour que le granule chromogène se comporte autrement que la bactérie chromogène, qui, elle, comme Ta montré Wasserzug, est si sensible à l'action de l'oxygène. Malheureusement, sur ce point les recherches manquent (1).
Influence des acides. — L'influence des acides a beaucoup d'analogie avec celle de l'oxygène; comme ce gaz, ils doivent agir sur la fonction chromogène des granules, dont ils modifient aussi directement la matière colorante.
J'ai indiqué plus haut que le chlorhydrate de rosaniline, comme d'ailleurs aussi le pigment extrait par l'acool du Micrococcus prcdigiosuSy se décolore sous l'action des alcalis et se développe à nouveau sous celle des acides.
Récemment, Fauvel (2) a attribué la formation de la mélanine chez les arénicoles (vers des pêcheurs) à une modification chimique du lipochrome à l'intérieur des cellules épithéliales, sous l'influence de l'acidité provenant, soit du voisinage des régions acides du tube digestif (extrémités du corps), soit de raccumulation des déchets organiques (pigmentation avec l'ûge), soit enfin du milieu extérieur (pigmentation très variable avec l'habitat).
Influence des bases organiques. — Newbigin, en étudiant le pigment des crustacés décapodes, a reconnu que la couleur fondamentale de ces animaux est due à un lipochrome rouge, qui, combiné avec les alcalis et les alcalino-terreux, prend une teinte orange assez stable, résistant à l'alcool, mais qui, à l'état libre, est excessivement instable et donne la ui^ûhve jaune qui colore les glandes digestives et s'élimine en partie par les fèces. Ce lipochrome rouge aurait la propriété de se combiner avec des bases organiques probablement dérivées des muscles en activité pour donner le pigment bleu du homard et de l'écrevisse; le perrserart dû au mélange du jaune et du bleu.
De mon côté, j'étais arrivé à des conclusions analogues, et j'avais remarqué que la teinte des crustacés décapodes est en
(1) Voir cependant au chapitre x les obser^'ations de Faussek sur les moules.
(2) C. n. Ac. Se, 26 décembre 1899: