‹ L'évolution du pigmentChapitre 13 sur 20 · MODIFICATIONS DU PIGMENT · texte numérisé non relu

MODIFICATIONS DU PIGMENT

rapport avec V activité de V animal (à laquelle correspond d ailleurs l'activité respiratoire). Ainsi j'ai pu suivre chez les Paguridës la transformation progressive du lipochrome rouge en pigment, bleu sous l'influence de l'activité musculaire. Tandis que chez lefi espèces de profondeur, extrêmement peu actives, la teinte rouge ou orange (formes calcifiées) domine, — chez les espèces littorales, très actives, le bleu, le vert, le violet envahissent le rouge, au point de le faire presque disparaître. Le Pa^rus striatus est d'un beau rouge strié de jaune ; le Paguristes maculatus est rouge également, mais présente des taches bleues sur les pattes antérieures, seules actives. Ce sont les mêmes pattes qui chez Y Eupa^rus hernhardus sont nuancées d'un bleu verdâtre ; le bleu, le vert apparaissent dans le voisinage immédiat des muscles très actifs. Chez VEupagurus ^anachoretus et chez le Clibanarius misanthropus, si actifs, le fauve ou le vert olivâtre domine, et le rouge ne persiste qu'aux extrémités des doigts, des antennes et des antennules, qui ne sont pas sous l'action directe des produits de l'activité ' musculaire. — On peut citer d'autres exemples. Les Carci~ nus mssnas (crabes ordinaires) présentent deux sortes de variétés : 1° des variétés vertes, comprenant des individus très actifs (mâles, ou des deux sexes dans les eaux superficielles et saumâtres); 2* des variétés rouges (femelles, ou des deux sexes dans les eaux profondes).

Influence des agents 'physiques. — La lumière a une influence très marquée sur la formation du pigment. Les poissons plats ont une seule face colorée, celle qui est exposée à la lumière, et d'après les expériences bien connues de Cunningham, c'est bien celle-ci qui est la cause de la pigmentation. Les animaux qui vivent à l'obscurité ne sont pas colorés, mais, si on les expose à la lumière, ils peuvent acquérir une certaine pigmentation. A. Viré (1), s'inspirant du travail de Packard sur la faune des cavernes d'Amérique, a étudié récemment chez quelques espèces cavernicoles la disparition et la régénération des pigments. Les Gammarus puteanus, qui possèdent à la lumière une coloration vert grisâtre plus ou moins intense, la perdent à l'obscurité; ces animaux ont été placés dans les

(1) A. VimÉ : f^ fayne souUrraine dt France» Thèse, Paris, 1900,

catacombes; vers le onzième mois, quelques exemplaires ont présenté une dépigmentation partielle; les mois suivants, des taches blanches, irrégulières, diffuses, ont apparu sur un plus grand nombre d'individus, se sont multipliées et étendues sur un même animal, pour envahir peu à peu la plus grande partie du tégument. Au bout de vingt mois, la majeure partie de ces crustacés étaient décolorés. Chez les Gammarus des conduites d'eau de la Seine, la pigmentation du corps a disparu. Le Niphargus puteanus, espèce cavernicole, est généralement blanc. Si l'on transporte des Niphargus à la lumière, on voit apparaître, à la fin du premier mois ou au commencement du deuxième, sur tout le tégument, d'une façon très irrégulière^ des taches d'un vert noirâtre intense; ces taches, diffluentes, finissent par se rejoindre en se développant; ce pigment nouveau est beaucoup plus stable que le pigment primitif des crustacés.

La lumière, si elle agit sur la fonction chromogène des. granules pigmentaires, agit aussi directement sur le pigment : il semble que dans bien des cas la constitution moléculaire de celui-ci soit remaniée directement par des ondes lumineuses de diverses longueurs.

Tandis que certains auteurs attribuent la coloration des chenilles uniquement à des différences dans l'alimentation et pensent que la substance colorante est introduite par le tube digestif, Poulton (qui admet d'ailleurs des pigments d'origine alimentaire) a démontré expérimentalement que, dans certains cas, la coloration de ces larves se met en harmonie avec ctlle du milieu ambiant, bien plus par l'action directe des rayons colorés sur le pigment que par la nature de la substance ingérée par l'animal. Ce savant a constaté en particulier que la couleur de la chrysalide résulte de celle des objets qui environnent la chenille au moment de sa transformation ; il en a placé dans des boites garnies de papiers de teintes variées : les chrysalides prenaient ces teintes. Ces expériences ont été confirmées depuis par Merrifield. C'est là, d'après Giard, une véritable photographie des couleurs, et on conçoit qu'il serait très intéressant de faire l'étude des substances photochimiques ainsi impressionnées.

Récemment Schrôder, reprenant ces recherches, est arrivé à des conclusions analogues. Il a opéré sur la chenille de VEupithecia oblongata, connue par son extrême variabilité

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