V AU XIX« SIÈCLE
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Quand Thomme, arrivé à un certain développement, descend en soi et s'interroge sur sa nature et sa destinée, il s'arrête désorienté et troublé par le conflit initial qu'il découvre au fond de son être : d'une part, les forces organiques qui le portent à satisfaire aveuglément l'instinct, de Tautre le sentiment d'un mal et d'un bien, supérieur, à l'instinct, identifié au commandement impératif d'éviter l'un et de pratiquer l'autre.
Ce commandement, s'imposant non du dehors mais du dedans, est une révélation intuitive et subjective de l'âme à elle-même; la révélation d'un ordre spirituel, donnée par le mo/ réfléchi, volontaire et libre, destiné à régir l'ordre mécanique et aveugle de rinstinct.
L'homme, remontant alors à la source de ce moi et de Tordre qui en dérive, découvre le Dieu esprit et vie, « principe inconnu de son être dont il reconnaît la puissance et devant lequel il s'incline avant même de pouvoir lui donner un nom. »
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Ainsi, la religion naît d'un mouvement spontané de l'âme entrant en contact avec la source mystérieuse dont elle est sortie ; c'est un élan de l'homme fini vers le Dieu infini, demandant dans son ignorance et sa misère un accroissement de lumière, de force et de bonne volonté (1).
La révélation du Christ achève la révélation de la conscience.
Pour l'homme, en effet, l'union parfaite avec Dieu demeure un idéal vers lequel il tend sans pouvoir jamais l'atteindre, mais qui le pousse sans cesse à se dépasser.
Le Christ seul, par sa vie et sa mort, réalise cet idéal et devient par là une immortelle inspiration et un immortel exemple pour l'humanité, car le Dieu qu'il nous révèle aime également tous ses enfants et veut vivre dans la plus humble comme dans la plus haute des consciences.
Ce n'est pas sous une forme autoritaire et savante que le Christ nous révèle ces vérités divines, il ne promulgue aucune loi, n'impose aucun dogme, ne fonde aucune institution. Son enseignement se traduit au contraire par les idées et les images les plus simples, les plus populaires, par l'appel à la conscience, au repentir, à l'amour du Père céleste qui nous libère du mal et nous fait tous égaux dans la vie de l'esprit.
(1) Aug. Sàbatieb, Esquisse d'une philosophie de la religion, dont s'est inspirée cette étude.
Le Christ ne touche point à la science, mais loin de maudire la nature, il nous la montre comme sortant des mains de Dieu et enveloppée dans sa sollicitude. Dieu veille sur les passereaux, il habille le lys des champs et fait luire son soleil sur les jus* tes et sur les injustes.
Que l'homme donc accepte les lois de l'univers et s'unisse à Dieu dans la conscience glorifiée, qui devient ainsi la loi suprême.
L'essence du christianisme est dans cette vie intérieure et personnelle avec Dieu qui, nous pénétrant par le sentiment du bien parfait, le réalise dans la volonté et l'action, non comme une force perturbatrice, mais lentement et progressivement comme une seconde nature : la constante subordination de la vie sensible à la vie spirituelle.
L'homme, toutefois, vivant par le dehors comme par le dedans, a besoin aussi d'exprimer sa foi sous des formes visibles^ appelées symboles ; les unes intellectuelles, les dogmes, s'efforcent de déterminer par des raisonnements la nature de Dieu et son action dans le monde; les autres, sensibles^ tendent à nous en donner l'impression par des rites, sacrements, cérémonies, images, peinture, sculpture, musique, etc. Le danger du symbole vient de la faiblesse humaine qui nous porte à confondre l'objet immortel et divin de l'adoration avec la forme visible et variable qui le représente.
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DU
AU XIX« SICÈLE
sincèrement, dans Tordre religieux comme dans Tordre philosophique, les réalités objectives et les conceptions abstraites que nous en tirons, on a pu se prendre au mirage; il ne représente pas moins un incroyable fatras au milieu duquel des intuitions justes, des vues intéressantes et curieuses ont pu trouver place, mais les unes et les autres appropriées au temps. » (1)
Malheureusement, ces spéculations artificielles se déclarant infaillibles et immuables entrent en conflit avec les méthodes scientifiques et philosophiques qui se développent parallèlement, et devant ce conflit, TEglise au lieu de se critiquer elle-même déclare la guerre à la critique et à la science, guerre persécutrice et acharnée qui provoque, dans Tordre des idées comme dans Tordre de la vie morale et religieuse, un mouvement de protestation dont la Réforme au xvi® siècle présente une des phases les plus marquées.
En substituant à l'autorité ecclésiastique Texpérience intérieure religieuse du croyant, la Réforme nous ramène à la libération évangélique, mais à demi seulement. Ses chefs, sortant du catholicisme, gardent la marque des chaînes qu'ils ont trop longtemps portées : éelles d'un dogmatisme purement intellectuel, enfanté dans les écoles du temps, et au moyen de leurs méthodes. Ils réduisent, il est vrai, le nombre des dogmes, mais leur gardent le carac-
(1) Sabatier, ouTr. cité.
tère absolu qui en fait un prolongement de la parole divine. Ils portent atteinte au principe évangélique qui remet l'homme directement sous les yeux de Dieu.
Ainsi se forme un parti aveuglément conservateur, qui constitue une orthodoxie protestante tout aussi tyrannique, absolue et opposée à la critique que l'orthodoxie catholique. Moins logique, d'ailleurs, car, par une contradiction heureuse, laissant entre les mains de chaque croyant le livre de foi, elle ne se fonde que sur le terrain mouvant de l'interprétation individuelle, tandis que le catholicisme repose sur les décrets d'une Eglise dont il admet et enseigne l'infaillibilité. Aussi, peu à peu, sous le souffle de l'esprit moderne, cette nouvelle orthodoxie &,'ébranle, se disperse et finit par se dissoudre dans les divisions doctrinales et les querelles des théologiens.
A côté de ce parti dogmatique s'en constitue un autre appelé libéral, qui cherche dans le rationalisme appliqué aux faits l'origine de la religion. Mais l'analyse des faits conduit à la science, et non à la foi. Aussi, ce parti s'épuise à son tour, impuissant à rien créer de vivant dans le domaine religieux.
Arrivés, au xx® siècle, devant une séparation de l'Eglise et de l'Etat qui les laisse à leur propre force et à leur propre faiblesse, les deux partis faisant un retour sur soi, tendent à se rapprocher
dans rorigine commune : l'Evangile à jamais vivant.
L'objet de cette étude est, en suivant pas à pas au dernier siècle l'évolution de ce double mouvement, d'en dégager les tendances et de montrer comment il ramène l'essence de la foi à la communion intérieure avec Dieu par le Christ, lout en respectant la variété des symboles et des Eglises qui correspond à la variété de nos besoins religieux.