‹ L'évolution du protestantisme francais au XIXe siècleChapitre 10 sur 32 · LE REVEIL · texte numérisé non relu

LE REVEIL

Le Réveil est un grand mouvement chrétien qui, vers la fin du xviii* siècle, surgit en Angleterre, en Scandinavie, en Allemagne, en Hollande, contre l'indifférence et le formalisme religieux, général alors en Europe. Chez ces peuples, que la rigueur du climat porte à la vie intérieure, ce mouvement est un rappel à la spiritualité qui, vous mettant intuitivement en contact direct avec Dieu, constitue Tessence de toutes les religions de l'esprit et principalement du christianisme.

Toutefois, si, en affranchissant la vie individuelle religieuse du joug ecclésiastique, il reconnaît la grande libération de TEvangile, en l'unissant inséparablement au dogme, il renoue sous forme de doctrine la chaîne qu'il a brisée sous forme d'Eglise et il la renoue d'une façon plus étroite, car la doctrine est abstraite et immuable, tandis que l'Eglise catho-.

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lîque, humanisée par ses représentants, a toujours le pouvoir de se modifier elle-même.

Le caractère original du Réveil, en tant que forme du christianisme, est l'instantanéité de la conversion.

L'homme naturel, corrompu du fait de la chute d'Adam, condamné à la damnation éternelle et incapable de se sauver par sa propre vertu, s'il vient à s'humilier en lui-même et à demander le bénéfice du sacrifice de la croix, obtient soudainement le salut comme un don gratuit. En un élan d'humilité et defoi,latransformation s'opère; le pécheur pardonné devient un homme nouveau ; les fautes, les vices, les crimes même, emportés par le souffle divin, disparaissent jusqu'à la dernière trace, jusqu'à la mémoire qu'on en pourrait garder. Plus de honte, de remords, de terreur; plus même de ces poignants souvenirs dont l'angoisse peut survivre au vice déraciné. Christ a soulevé tous les fardeaux, brisé toutes les chaînes. Agenouillé, fils d'Adam, dans la corruption, l'esclavage, la désespérance, le pécheur se relève enfant de Dieu, racheté par le Christ, libre, pur et joyeux. Une nouvelle existence pour lui commence.

« Depuis le moment, nous dit Mme André Walther, où, par ma conversion, j'ai senti les choses vieilles devenir nouvelles, comprenant la vanité et le danger du monde, je me suis affranchie par le Seigneur de l'esclavage du péché. Je voudrais détacher du

monde tous ceux que j'aime et les amener au pied de la Croix. » (1)

Le passage de la vie sensuelle à la vie spirituelle se retrouve sous toutes les formes de la vie chrétienne et même dans la pure morale impérative; mais il s'opère d'ordinaire lentement par des efforts continus, par une lutte intérieure, dont les phases successives sont mêlées de doute, d'hésitations, de défaites et de victoires. La marque spéciale du Réveil est dans Timprévu, la soudaineté miraculeuse de la transformation. Miracle subjectif sans doute, car il s'accomplit dans les profondeurs de la conscience, mais miracle par l'action directe et immédiate de Dieu sur l'homme. Aussi, dans la joie, la reconnaissance de son affranchissement, le pécheur converti, avide de répandre le bienfait qu'il a reçu, devient immédiatement apôtre missionnaire et, se sentant soldat de Dieu, aucune considération humaine ne pourra le retenir ou le guider dans le besoin de propager la parole divine. Il n'a que faire des usages, des compromissions du monde, des règles d'Eglise, des réserves mêmes de l'âme. Mar* chant dans la vie spirituelle comme dans unéblouissement, il parcourt à l'aventure les campagnes et les villes, convoquant au nom du Maître une assemblée de tout âge, de tout rang, en vue de communiquer à ses membres la semence divine.

Le caractère de sa prédication est non moins

(1) Mimoir€t de Mme André WaUher, pp. 187 et 189.

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