ORTHODOXIE ET LIBERALISME
tion de l'Edit de Nantes. Son père, Pîerre Encontre, pasteur du Désert, ami et compagnon d'œuvre de Jean Gachon, avait rejoint à Paris Rabaut-Saint- Etienne avant la Révolution, pour y travailler à la commune délivrance. Né en 1763, le jeune Daniel, élevé lui-même au Désert, avait suivi l'exemple paternel en se donnant tout entier à la cause. Chose curieuse, c'est pourtant plutôt une nature de mathématicien que de pasteur. Tout en étudiant la théologie à Lausanne et à Genève et, plus tard, en exerçant avec conscience les fonctions pastorales aux Vans, il se livre ardemment à la science. De 1790 à 1791, il se rend à Paris pour y approfondir ses études, puis, au moment de la Terreur, revient à Montpellier. Là, tout en faisant partie du consistoire, il vit de ses leçons péniblement. On raconte qu'un jour, ne pouvant supporter les pleurs de son fils qui lui demandait du pain, il sort affolé dans la rue et, rencontrant un officier presque aussi pauvre que lui à la recherche d*un professeur, il consent à lui donner des leçons pour la moitié de sa ration de pain, quatre onces par jour. 11 donna également des leçons de géométrie à un maçon, pour du pain. Nommé au concours professeur de mathématiques à la faculté des sciences de Montpellier, puis doyen, il n'hésite pas à quitter cette situation de choix quand la faculté de théologie de Montauban l'appelle pour remplir la chaire de dogmatique. Il mourut en cette qualité en 1808,
laissant après lui des travaux scientifiques nombreux et fort estimés (1).
Ces hommes représentent bien le caractère historique et religieux du huguenot primitif, étranger à la critique, à la discussion avec autrui, à l'analyse de soi-même et par-dessus tout à la transaction. Sa foi toute d'une pièce est l'héritage sacré auquel on ne touche pas. Vrai réformé toutefois, le respect des droits de la conscience pallie chez lui l'absolu de la conviction. « Ne jugez pas si vous ne voulez pas être jugés, répète souvent Daniel Encontre. Où en serions-nous si les croyants, quand ils se trompent de bonne foi, ne trouvaient point accès au pied du trône de grâce? » (2)
Cette réserve maintient l'union entre tous, d'autant que le libéralisme du temps n'a rien non plus de militant. Marron nous en donne un intéressant modèle.
Marron n'a pas connu les tragiques émotions du Désert, mais, fortement attaché à la tradition de famille, c'est un esprit pratique, résolu, généreux d'ailleurs et vaillant, toujours prêt à l'action et ne reculant ni devant le danger, ni devant la peine. Sa situation de chapelain de l'ambassade de Hollande lui a permis, au cours de la Révolution, de protéger les protestants et il Ta fait avec un dévouement et une hardiesse sans mesure. Sous le Consulat et
(1) Bulletin d'histoire du protestantisme français, n*' des 15 juin, 15 septembre 1902. — Maurt, Histoire du Réveil^ 1. 1, p. 282.
(2) France protestante t t. VI, pp. 12 et 13.