NOTIONS GÉOLOGIQUES SUR LA PÉRIODE CRÉTACÉE
mouvements géologiques, des oscillations du sol rendirent tout d'un coup accessibles, après en avoir longtemps dérobé la connaissance. Voyons les circonstances dont le phénomène fut accompagné et interrogeons le traité de géologie de M. de Lapparent ^ comme le plus récent et le mieux raisonné en vue de la question que nous avons à considérer. Cet auteur divise la période crétacée en deux sous-périodes, Vinfracrétacée et la crétacée proprement dite^ qui succède à la première et opère la transition vers la tertiaire. La période infracrétacée, au contraire, se lie étroitement à celle qui la précède ou série € oolithique » et sa végétation, telle que nous la connaissons, n'est qu'un prolongement de la flore de cette dernière période. M. de Lapparent a été cependant frappé de ce fait que les formations à polypiers, qui s'avançaient antérieurement jusqu'au 54* degré de lat. N., ont reculé de manière à ne plus guère se montrer que dans le sud de l'Europe, pendant la période infracrétacée. Ce retrait devient pour lui un indice de l'abaissement relatif de la température dans l'Europe septentrionale et du moment où les conditions climatériques du tropique auraient cessé de s'étendre jusqu'aux alentours du cercle polaire. L'émersion d'un espace continental considérable constitue le trait principal de cette première sous-période, ainsi que le démontre la présence des sédiments d'eau douce, constatée sur une foule de points. L'ensemble du système infracrétacé se subdivise en quatre étages, qui, à la base, partent du néocomien, dont le wéaldien est l'équivalent d'eau douce, pour aboutir supérieurement à l'urgonien, puis à l'aptien et à l'albien, au-dessus duquel commence la craie proprement dite. Pour se rendre compte de ce qu'était alors la flore terrestre européenne ou du moins la portion de cette flore dont nous avons connaissance, il faut remarquer que les plantes arrivées jusqu'à nous proviennent toutes ou du périmètre immédiat des anciennes plages marines ou de formations d'eau douce situées vers l'embouchure des fleuves dans les parties basses et récemment exondées des régions infracrétacées. Cette remarque est importante en ce qu'elle donne la clef du caractère possible de la distribution géographique des plantes de cette époque, distribution probablement très difl*érente de
1. A. de Lapparent, Traité de géologie, p. 908-909 et 941-942.
104 STADE ANGIOSPERMIQUE. — DICOTYLÉES PRIMITIVES.
celle qui semblerait résulter de la nature des seuls éléments mis à notre portée. Sans en être absolument certains, nous pouvons conjecturer qu'il en était ainsi, non seulement d'après les changements qui vont bientôt s'opérer, mais aussi à raison d'une circonstance curieuse que nous devons mentionner. Par ses Cycadées, ses Conifères, ses Fougères, par la présence de certains types comme le Spirangium; par l'absence complète, en apparence au moins, des Dicotylées, la végétation infracrétacée se rattache évidemment à celle des temps antérieurs. Pourtant, dans une suite de gisements situés sur le pourtour de l'ancien golfe infracrétacé qui dessinait une courbe rentrante du Hainaut et des Ardennes à la Haute-Marne et de la Haute-Marne en Normandie, selon une ligne passant par Vassy, Avalon, Saint-Dizier, Nogent-le-Rotrou, pour aller aboutir au Havre et de là en Angleterre, on rencontre constamment, parfois comme à la Louvière et à Vassy, avec une extrême abondance, des strobiles de Conifères silvicoles : cèdres, pins et sapins, qui dénotent la présence de forêts montagneuses, contrastant complètement avec les Cycadées, les Araucariées, les Fougères et les autres types que Ton observe partout ailleurs et qui peuplaient le fond des plaines et le bord des lagunes d'embouchures. Les Abiétinées 'puissantes et variées, croissant à portée de l'ancien golfe, laissent donc entrevoir sur son pourtour une ceinture montagneuse assez étendue et assez élevée pour admettre une flore différente de celle des plages inférieures et bien plus analogue à la végétation forestière des hautes régions de la zone tempérée actuelle, qu'on n'aurait été porté à l'admettre si ces restes fossiles nous fussent restés inconnus.
Voici donc une contrée élevée et boisée, peuplée d'essences particulières, qui se trouve Tévélée à nous, sans doute grâce à l'intervention des cours d'eau qui descendaient de toutes parts, entraînant vers le rivage infracrétacé les dépouilles d'une forêt revêtue, par l'efTet de l'altitude, de caractères spéciaux. Bien d'autres cantons et principalement les vallées intérieures ont dû receler des divergences de végétation, tout aussi accentuées et d'une autre nature. Là sans doute est le secret de l'origine mystérieuse des Dicotylées, qui ne tarderont pas à se montrer, et dont il n'existe pourtant de vestiges d'aucune sorte ni dans le wéaldien de Westphalie, ni dansl'urgonien des Carpathes. Alors cependant