‹ L'évolution du règne végétalChapitre 36 sur 132 · CARACTÈRE GÉNÉRAL DES DICOTYLÉES DE LA CRAIE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE GÉNÉRAL DES DICOTYLÉES DE LA CRAIE

liens multiples qui témoignent d*une décroissance encore faible de la chaleur dans le sens des latitudes. L'abaissement de la température sur une étendue de trente degrés environ, de Toulon et des bords méridionaux de l'Europe d'alors Jusqu'à Atané, dans le Groenland septentrional, ne se trahit que par l'exclusion présumée des Palmiers dans l'extrême nord et par la prépondérance visible de certaines Dicotylées d'aptitude relativement boréale, comme les peupliers et le tulipier qui dominent dans le Groenland.

Nous allons maintenant considérer toutes ces flores, au point de vue exclusif des Dicotylées qu'elles comprennent, en nous attachant aux déterminations les moins incertaines; nous verrons s'il résulte quelques conséquences de leur rapprochement ainsi formulé.

Plusieurs de ces flores n'ont fourni que des indices peu déterminables ; toutes cependant concourent au résultat que nous cherchons, c^est-àdire à la déflnition approximative des éléments qui avaient la prépondérance parmi les Dicotylées de cette première époque. Une seule est assez riche et renferme un nombre de familles et de genres assez considérable (vingt-trois familles et quatre-vingt-douze genres) pour que l'on soit autorâé à croire qu'elle reproduit un tableau relativement fidèle du développement auquel étaient paryenues les plantes que nous considérons, dans la seconde moitié de la période crétacée : c'est la flore américaine du Dakota-group, décrite par M. Lesquereux et que M. Heer regarde comme se rapportant à une région boisée et montagneuse, dont les débris végétaux auraient été entraînés de toutes parts par les eaux courantes qui l'auraient sillonnée. Cette induction est basée à la fois sur la présence de certains genres {Alnites, Fagus^ Populus^ SaliXy Platanus, Liriodendron, Viburnum)^ plus spécialement adaptés à la zone tempérée boréale, et sur l'absence corrélative de types exclusivement méridionaux, en particulier des Palmiers; enfin la même présomption semble confirmée également par les liens étroits qui rattachent la flore du Dakota-group à celle d'Atané dans le Groenland, indiquant l'existence d'un climat à peu près semblable dans les deux régions. Il est possible en effet que les plantes du Dakota-group aient été en majorité forestières et montagnardes ou que des attenances géographiques aient uni

H2 STADE ANGIOSPERMIQUE. — DICOTYLÉES PFUMITIVES.

les deux contrées. D'ailleurs on pourrait dire la même chose des plantes du cénomanien de Bohème et de Moletein en Moravie, qui dénotent une station fraîche voisine du hord des eaux. Les formes, dans toutes ces localités, ont quelque chose d'exubérant et les Conifères ne s'y montrent qu'en nombre restreint. — Le contraire semble résulter de Texamen de la flore de Niederschœna et encore plus de celle du turonien de Bagnols et des environs de Toulon. Celle-ci surtout est remarquable par une réunion de Dicotylées, affectant pour la plupart une singularité d'aspect de nature à fixer l'attention. Plusieurs de ces Dicotylées, imparfaitement déterminables quant au genre, se trouvent associées à d'autres, dans lesquelles, il n'est pas difficile au contraire de reconnaître des types assimilables à ceux de nos jours : Magnolitty Menispef^ynuiriy Euphorbia, Bumelia, Sapindus, Les types amis de la fraîcheur et des sites montagneux se trouvent ici rares ou clairsemés, sinon inconnus. On se sent transporté dans des plaines chaudes, méridionales et relativement sèches; la nature coriace des Fougères, probablement saxicoles, achève de le démontrer. Eiïeclivement les Filicinées de Bagnols reproduisent l'aspect des Thlnnfeldia et des Ctenopteris jurassiques. La présence des Araucaria et des Cyparissidium de la craie arctique ajoute un trait de plus au tableau. Nous reviendrons sur les types de Dicotylées, cénomaniens ou turoniens, qui paraissent éteints; pour le moment nous voulons faire ressortir cette particularité, qu'en dépit des divergences de station et de Téloignement géographique, sur treize genres déterminés que comprend la flore turonienne du midi de la France, 9 d'entre eux, soit près des deux tiers, ont été signalés dans le Dakota-group et dix dans les couches d'Atané au Groenland, proportion assurément des plus considérables, si Ton a égard à l'immensité de l'espace interposé. Ces genres communs aux trois régions, ou du moins à deux d'entre elles, sont les suivants : Laurus^ Bumelia ou Sapotacites, Aralia, Magnolia^ Menispennum^ Dewalquea, Euphorbiophyllum, Sterculia, Celastrophyllum, Leguminosites, fihus, Sapindus, Myrtophyllum ; de telle sorte que presque tous les genres de Dicotylées observés jusqu'à présent dans le turonien du sud-est de la France se retrouvent soit dans le cénomanien du Missouri, soit dans celui du Groenland septentrional ; où rencontrer une plus grande preuve que la catégorie de plantes

PROPORnON RELATIVE DES FAMILLES LES PLUS NOMBREUSES. 113

que nous considérons avait dès lors acquis une remarquable uniformité dans ses éléments constitutifs, d'un bout à Pautre de la zone boréale? C'est un premier point auquel se trouvent subordonnées toutes les divergences locales ou régionales.

Ce qui ressort encore de Texamen de la flore du Dakota-group, c'est que le dédoublement des Dicotylées, pour mieux dire leur distribution en ordres et en familles, était tellement avancée que Ton ne saurait, en passant ceux-ci en revue, constater dans leur série d'autre lacunes que celles qui résultent naturellement du passage d*une flore à l'état fossile, état nécessairement incomplet, la moindre portion des végétaux existant ou, si l'on veut, les seuls types prépondérants sur un point donné ayant eu la possibilité de laisser des vestiges reconnaissables. En un mot, prises dans leur ensemble et par la composition de leurs éléments, en ce qui concerne les Dicotylées, ces premières flores cénomaniennes ne s'écartent pas sensiblement de celles qui suivirent, sauf les nuances que nous mettrons dans leur jour tout à l'heure. On est donc bien forcé d'en conclure, qu'au moins par leurs traits principaux, les Dicotylées de la craie propre, même la plus ancienne, différaient peu de ce qu'elles furent plus tard, lors du tertiaire et surtout dans la première moitié de cette période.

Prenons, par exemple, les Dicotylées de Gelinden. Nous observons la série suivante de familles.

Cupulifères. Salicinées. Urticées.

Laurinées. Caprifoliacées. Araliacées,

Ampélidées. Hamamélidées. Renonculacées.

Ménispermacées. Dilléniacées. Sterculiacées.

Célastrinées. Rhamnées. Myrlacées.

Sauf leur nombre plus restreint, comme il convient à une flore locale assez peu riche en espèces, ces familles sont presque toutes les mêmes que l'on observe soit dans le Dakota-group, soit au Groenland. La proportion ne varie pas sensiblement si Ton consulte la plus riche des flores éocènes, celle des gypses d'Aix-en-Provence. Le nombre des familles, comparé à celui de la totalité des espèces, qui est dans la proportion de 1 à 4, 3 pour le Dakota-group ^ ; de i à 3,8 à Atané, soit environ d'un

1. Eq opérant un triage plus sévère et ne tenant compte que des seules Phanérogames. ii. — 8

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quart ', s'élève quelque peu à Gelinden et à Sézanne, où il est comme i à 3,4 et 1 à 3,3 ou d*un peu moins d'un tiers ; mais ce même nombre redescend à Âix-en-Provence, où il est dans la proportion de 1 à 4,6, plus d'un cinquième et moins d'un quart. Au fond, la proportion générale reste à peu près la même et chaque famille compte plus ou moins d^espèces suivant que la flore dont elle fait partie est plus ou moins riche ou plus ou moin& explorée. Pour ce qui est des genres, malgré l'incertitude que laisse souvent leur détermination, on voit que, dans le Dakotagroup ^, leur nombre est dans la proportion d'environ 4 dixièmes relativement au nombre total des espèces; on compte donc en moyenne 2, 6 espèces par genre. A Atané, le même nombre excède 4 dixièmes (4, 6), c'est-à-dire que chaque genre ne compte guère, plus de deux espèces en moyenne. A Gelinden, la même proportion relative se maintient; enfin, à Aix, le nombre des genres (62), comparé à celui des espèces de Dicotylées (176), n'est plus que d'environ 3, 5 dixièmes, ce qui donne un peu moins de 3 espèces (2,8) par genre. Mais si, au lieu du nombre proportionnel des genres vis-à-vis de celui des espèces, on considère le nombre de genres que comprend en moyenne chaque famille, on reconnaît que dans les flores cénomaniennes du Dakotagroup et d'Atané, ce nombre est de 1, 7; qu'il s'élève à 2, 4 dans la flore paléocène de Gelinden et à 2, 8 dans celle d'Aix. On peut conclure de ces chifl'res que, d'une façon générale, les genres ont tendu à se multiplier en passant de la craie dans l'éocène, chaque famille lors de cette dernière période en comprenant un nombre plus fort qu'auparavant.

Nous sommes certains que, dès la craie supérieure, les Dicotylées étaient partagées, comme maintenant, en Apétales, Gamopétales et Dialypétales : nous sommes également assurés qu'il existait dès lors des familles à carpelles distincts, soit monocarpées, comme les Laurinées, Anacardiacées et Légumineuses^ soit polycarpées comme les Magnoliacées, Ménispermées, Nélum-

familles dont la présence est établie sur des indices non controversés, le chifTre proportionnel n*est plus que 3,6 et se confond presque avec celui que donne Atané.

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