‹ L'évolution du règne végétalChapitre 41 sur 132 · ENSEMBLE DU MOUVEMENT ÉVOLUTIF · texte numérisé non relu

ENSEMBLE DU MOUVEMENT ÉVOLUTIF

dans d'interminables détails ou d'attacher une importance exagérée à des faits d'une signification par trop incertaine. Il suffit, pour notre objet, d'avoir saisi dans ses traits généraux la marche imprimée par l'évolution à l'ensemble des Dicotylées. La classe elle-même était encore flottante, imparfaitement transformée, n'ayant que des gaines foliaires assez peu différenciées, et des axes floraux à androphylles et carpophylles faiblement modifiés, au lieu de fleurs véritables, lorsque s'ébauchèrent les divers plans ou combinaisons organiques d'où sortirent, en achevant de se transformer peu à peu, les types auxquels nous donnons les noms d'ordre ou de famille. De ces types, les uns se fixèrent plus hâtivement et gardèrent par conséquent des vestiges moins effacés du degré évolutif moins avancé auquel ils étaient parvenus, au moment où leur structure morphologique devint définitive. Ce sont là plus particulièrement les types que nous venons de passer en revue ; et dès lors à l'intérieur de chacun d'eux l'évolution ne s'exerça plus que sur des parties secondaires de manière à ne plus donner naissance qu'à des combinaisons subordonnées, d'où sortirent la plupart des sections qui gravitent autour du centre ou point de départ de toutes les familles distribuées par enchaînement. D^autres types gardèrent plus longtemps leur plasticité : plus féconds, plus multiples, plus touffus, leurs organes sont demeurés en même temps plus souples; ils se sont prêtés à un grand nombre de modifications partielles; ils se sont dédoublés à tant de reprises qu'ils ont donné naissance, comme les Légumineuses, à des tribus subdivisées en genres et sous-genres, chacun d'eux correspondant à quelque modification d'une importance absolument relative, jusqu'à ce qu'en descendant, on arrive aux espèces et aux sous-espèces, et par elles à des nuances morphologiques de moins en moins sensibles, bien que toutes également fixées par l'hérédité.

Effectivement, l'hérédité est le ciment nécessaire qui rend permanentes et fixe à la longue toutes les différences, celles de l'ordre le plus élevé, comme celles du rang le plus modeste. Ce qu'elle consacre persiste; le reste s'efi'ace sans laisser de traces. Par l'hérédité seule, après les types des familles, les genres principaux, puis les secondaires ; au dessous d'eux, les formes, les nuances de tous les degrés sont devenus définitifs et peuvent, en

128 STADE ANGIOSPERMIQUE. — MARCHE ÉVOLUTIVE DES DIGOTYLÉES.

dépit de leur faible portée, se trouver soumis au sens délicat de l'analyse et tenir une place déterminée au sein de Tharmonie universelle.

Il est bien évident que, parmi les Dicotylées, les types les plus récents sont les plus transformés, non seulement dans leurs éléments essentiels, mais dans les détails accessoires de leur structure. Ces types sont aussi généralement les plus dédoublés. Issus de combinaisons successives portant sur des parties de plus en plus secondaires, ce sont eux qui ont donné lieu aux sectionnements les plus multipliés et les moins tranchés. De là sont venues ces familles qui, prises dans leur ensemble, ne sont que des genres et dont les sous-genres ^t les espèces ne se distinguent qu*à Taide de variations infiniment petites, auxquelles l'habitude seule de l'observation engage le botaniste à attribuer de rimportance et qui en ont effectivement puisque, malgré tout, les lois de l'hérédité s'appliquent à ces faibles nuances différentielles aussi bien qu'aux diversités d*un ordre supérieur. — L'inégalité absolue de la notion d'ordre, de genre et d'espèce, selon les groupes de plantes que l'on considère, résulte forcément d'une marche semblable. C'est elle que nous devons proclamer en terminant ce chapitre, comme constituant la plus forte preuve de la réalité du mouvement évolutif qui a entraîné les Dicotylées tout entières depuis leur origine jusqu'à nos jours. Ce mouvement continue sous nos yeux; c'est à lui que sont dues ces diversités si minimes, dont certains naturalistes se sont emparés pour proclamer la multiplicité des formes spécifiques et réaliser, à force d'analyse, ce que l'on a nommé justement la c pulvérisation » de l'espèce.

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