Palaontog., VIII, p. 167, lab. 64, fig
CARACTÈRES SPÉCtPIQUBS DES ABIES.
L'espèce du Cantal, Abies intermedia Sap. , dont on connaît les rameaux garnis de feuilles et les écailles détachées, ressemble aux Abies numidica Lann., Apollinis Rauch, cephalonica Link., le premier du Maroc, le second du Paraasse, le troisième des îles Ioniennes. Elle se rattache à cette série de formes et leur sert d'intermédiaire. Et maintenant si l'on veut consentir à les coq-
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sidérer toutes à la fois en s'attachant & noter les traits de nature à servir entre elles de nuances différentielles, on ne trouvera que les suivants : 1° le contour des feuilles et surtout leur mode de terminaisoD apicale, aiguë ou obtuse, entière ou échancrée-biflde ; 2° la forme de l'écaillé plus ou moins arrondie, plus ou moins resserrée ou étendue en largeur; 3° la bractée plus ou moins réduite, incluse et mutique ou surmontée d'un mucron, ou eniin gardant l'apparence d'une vraie feuille, comme le fait voir l'Aèles bracteata. — Voilà donc les limites exactes entre lesquelles il a été donné à l'espèce gymnospermique de
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continuer à produire des modiûcations, jusqu'au moment où elle a revêtu ses traits déflnitifs; telle est donc en résumé la faible amplitude de mutabilité qu'elle possédait chez les Abies^ au moment où ceux-ci vinrent occuper les diverses régions où ils achevèrent de se particulariser. L'espèce, ainsi conçue, perd ce que sa signification habituelle lui communique d'artificiel : flottante d'abord, mais à raison d'une variabilité limitée à des points tout à fait secondaires, immuable pour tout le reste de l'organisme antérieurement fixé, elle a acquis accidentellement et par le fait d'une localisation plus ou moins prolongée, les caractères qui servent actuellement à la distinguer de ses congénères. Dès lors, il est facile de reconnaître combien ces caractères de détails, tout extérieurs et purement accessoires, justifient mal l'importance attribuée jusqu'ici, théoriquement, à Tespèce, pour mieux dire, à la race héréditairement fixée, dont la notion repose exclusivement sur eux. Cette notion est adéquate au contraire à celle d'une race cantonnée géographiquement, soumise par cela même à des conditions de milieu assez uniformes et assez permanentes pour en retirer une certaine proportion de traits distinctifs, devenant à la fin l'apanage commun de tous les individus influencés. Nécessairement il doit venir un moment où, ces traits se trouvant acquis et la plasticité organique d'où ils sortent ayant achevé de produire ses derniers effets, la mutabilité se trouve renfermée dans un cercle dont les limites vont toujours en se rétrécissant.
S'il ne reste à un végétai ainsi arrêté aucune partie susceptible de se prêter à une nouvelle extension, l'espèce à la longue deviendra à peu près invariable; mais en cessant de pouvoir changer, elle court évidemment le risque de succomber, aussitôt que les circonstances lui deviendront contraires, tout en gardant la faculté de se maintenir plus ou moins à travers une durée chronologique indéterminée.
L'espèce, considérée au moins d'un certain côté, représenterait donc le terme d'une série organique parvenue aux dernières limites de perfectibilité relative dont son organisme était susceptible ; elle devrait périr à la longue devant la concurrence et les incidents qui finiraient par l'accabler. C'est le cas, parmi les Conifères, des Séquoia gigantea et sempervirens^ des Araucaria d'Australie et de plusieurs autres types spécifiques dont le
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rôle actif semble terminé. Cependant la force d'un végétal arrivé au point où la mutabilité organique a chez lui presque totalement disparu peut être encore énorme. Ce sont alors des épaves qui surnagent et flottent sur l'océan des siècles : ballotées incessamment et à moitié submergées, elles échouent sur quelque rive et échappent parfois accidentellement à la destruction, sans que Ton soit en droit d'assigner un terme à cette immunité relative.
Dans une esquisse aussi rapide, il faut bien se contenter d'ébaucher les traits généraux de l'évolution des principales séries végétales. Nous venons de voir l'espèce gymnospermique se montrer à nous comme personniflant les dernières oscillations des types préalablement issus de l'une des branches de la souche phanérogamique. La branche angiospermique nous laissera constater la même marche et les mêmes dédoublements poussés encore plus loin, puisqu*il s'agit d'un plan organique à la fois plus extensible et plus complexe.
Le point de départ diffère de celui qui sert de début aux Gymnospermes, non pas précisément en ce qui concerne les éléments essentiels de la tige, mais à l'occasion du bois secondaire. Il s'est produit ici, en effet, dans le mode d'accroissement en épaisseur de ce bois, une différenciation peut-être moins tranchée à l'origine que dans la suite, mais dont la permanence et l'accentuation ont suffi pour séparer en deux sections l'ensemble des Angiospermes distinguées en Monocotylées et en Dicotylées. Il nous a paru, par la nature de la feuille embryonnaire des premières, demeurée unique et simple, que celles-ci avaient dû se détacher de la souche commune avant les Dicotylées, tandis que ces dernières portaient la trace d'une différenciation plus avancée des feuilles primordiales et qu'elles avaient dû par cela même se constituer plus tard.
L'organisation de l'appareil floral et l'extension de l'appendice foliaire d'abord réduit à une gaine pourvue de nervures longitudinales fournissent les deux principaux traits des Angiospermes primitives, dont les Monocotylées et les Dicotylées ne sont que des prolongements inégaux et parallèles.
Dans la famille proangiospermique, de même que chez les Gymnospermes, les feuilles servent de supports à des sporanges différenciés et chacune d'elles ne produit que des sporanges
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du même sexe, microsporanges ou macrosporanges. Il existe donc des androphylles et des carpophylles distincts ; mais, à la différence de ce qui a lieu dans les Gymnospermes, ces organes demeurent homomorpfies et occupent une place déterminée sur un seul et même rameau. C'est là la grande et importante divergence qui établit, dès l'origine, entre les deux catégories, un écart dont les conséquences furent incalculables, si Ton observe qu'à cette particularité est due la naissance même de la fleur et par elle l'angîospermîe. Mais pour produire le plan de structure angîospermique, il a encore fallu, en dehors des éléments constitutifs de la fleur, que la feuille servant de support aux macrosporanges se repliât sur elle-même pour les envelopper. De là, la nécessité pour cette feuille de ne pas être réduite de trop bonne heure et de ne pas avorter, mais de persister avec son limbe normalement développé. De cette façon, les transformations de la fleur, que nous avons essayé de suivre dans le stade proangiospermique, se rattachent étroitement à celles de la feuille qui doivent avoir sinon précédé, du moins accompagné les premières. Il s'agit en réalité de deux ordres de combinaisons distincts et cependant connexes, s'accomplissant de manière à influer l'un sur l'autre, à l'aide d'un double mouvement, l'un d'extension, l'autre de réduction et de contraction. La feuille, en se transformant et se complétant, transformait également la fleur, puisque celle-ci était composée de plusieurs cycles de feuilles, mais ces feuilles qui, à l'état normal, ne cessaient de s'étendre pour acquérir les caractères morphologiques qui leur sont propres, une fois converties en supports sexuels ou en pièces florales, perdaient graduellement leur premier aspect en s'adaptant d'une façon de plus en plus étroite à leurs fonctions spéciales. Ce double mouvement avait, du reste, pour résultat une division croissante du travail organique.
Ainsi, la feuille primitive s'est graduellement développée et complétée dans les deux catégories végétales sorties de la bifurcation des Proangiospermes, et l'appareil floral s'est constitué dans ces mêmes catégories à l'aide du groupement régulier des androphylles et des carpophylles sur le même axe et dans un ordre déterminé. Ici donc, la séparation des sexes, antérieure à l'organisation du strobile chez les Gymnospermes, n'a été au contraire qu'un accident consécutif du groupement des éléments