EXTENSION TARDIVE DU SAPIN EN EUROPE
 partir de cette époque, la diffusion géographique de ces divers groupes, peut-être moins accentués que maintenant et reliés par des intermédiaires, a dû se faire dans plusieurs directions. Le Pinus Coemansi Hr.,de l'oolithe de Belgique, est certainement un vrai Pin. Il en est de même du Pintus prodromus Hr. de i*oolithe du Spitzberg, dont les feuilles sont fasciculées par cinq. Les Tsuga les Cedrus et les Pinus propres sont certainement représentés dans les flores infracrétacées du Hainaut, du Havre et de TAngleterre; mais Tabsence A'Abies, reconnaissables à leurs écailles éparses, à leurs graines et à leurs feuilles directement implantées sur le rameau, doit engager à admettre que les sapins ne se sont répandus en Europe qu'assez tardivement et que leur région mère doit être reportée plus au nord. C'est à Tintérieur de la zone arctique qu'il est naturel de placer cette région d'où les sapins auraient ensuite rayonné, comme d'un centre, pour gagner les massifs montagneux de la partie boréale des deux continents et s'y établir à demeure, de manière à y revêtir à la longue les caractères qui distinguent chacune de leurs espèces.
Ce qui vient à l'appui de cette marche supposée, c'estque pour retrouver le type des Abies^ à défaut de gisements propres à nous faire connaître les végétaux des hautes montagnes de l'Europe, dans la première moitié du tertiaire, il faut avoir recours à la flore des régions arctiques les plus avancées vers le pôle, celle du cap Staratschm au Spitzberg, par 78o lat. N. et celle de la Terre de Grinnel, par 8i<^44 lat. N. Dans les deux stations, M. Heer a rencontré un Abies dont les rameaux, les feuilles et les écailles détachées, ainsi que les semences, offrent une telle conformité avec les organes correspondants de notre sapin, Abies pectinata D. G. {Pinus Abies du Roy), qu'il n'hésite pas à identifier la forme polaire tertiaire avec celui-ci. Le sapin ordinaire se serait donc avancé à un moment donné, des environs du pôle vers l'Europe, qu'il aurait envahie à la faveur du refroidissement ' ; mais il y serait venu à Tétat d'espèce déjà fixée au moins en partie, et il aurait remplacé sur les montagnes de l'Europe centrale, à l'aide de circonstances favorables à son extension, des formes d* Abies
1. Voy. Heer, FI. foss, arcL, II, Die mioc, PL Spitzberg,,, p. 41, lab. V, fig. 35-49; et FL foss, arct., Y, mioc. FI, v. Grinnelland, p. 25, lab. I, flg. 16, et II, Hg. 1-2.
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146 COUP d'ceil sur l'évolution des phanérogames.
plus anciennes. Yoiei les indices qui tendent à confirmer cette manière de concevoir les choses.
On trouve dans le Forest-bed ou pliocène supérieur de la côte orientale britannique les cônes carbonisés d'un Abies que nous avons pu examiner, grâce à la libéralité du révérend Gunn, de qui nous en tenons plusieurs exemplaires. Cet Abies a été signalé par Tun de nous ^ sous le nom d' Abies pectinata D. C. Il se rapproche effectivement beaucoup de notre sapin argenté par la forme de ses écailles. Celles-ci (nous parlons des fossiles) paraissent pourtant, lorsqu'on les examine attentivement, terminées inférieurement en un coin plus obtus et pourvues d'une bractée incluse, fort petite, non mucronée au sommet et en tout comparable à celles de V Abies balsamea Mill, qui est américain. Il y aurait donc eu dans le nord de FEurope, vers la fin de l'âge tertiaire, une ou plusieurs formes d'Abies, alliées de près, mais non pourtant tout à fait identiques à notre sapin, et l'Angleterre, du temps où elle était fréquentée par VElephas meridionalisy possédait une de ces formes ou sous-espèces, depuis disparues.
Sous le nom de Pinus albula, Ludwig ' a flguré les semence» et les feuilles d'un autre Abies provenant du tertiaire moyen de Dernbach. Cette espèce se rapproche évidemment beaucoup de notre sapin, puisqu'on distingue clairement sur ses feuilles l'échancrure obtuse et faiblement prononcée du sommet, caractéristique de la race actuelle. Le type de Y Abies pectinata plus ou moins arrêté existait donc, dès avant la fin du tertiaire, dans le centre de l'Europe. — Un document de premier ordre, recueilli par M. B. Rames dans les cinérites du Cantal, démontre que lors du pliocène, les montagnes un peu élevées situées plus avant vers le sud possédaient des espèces particulières des apins, de même qu'aujourd'hui encore la Sierra Nevada, la chaîne du Babor au Maroc, les cimes de la péninsule hellénique et celles de TAsie Mineure ont conservé les leurs. On conçoit qu'en France^ les progrès du froid aient permis à V Abies pectinata^ déjà installé sur notre sol, de s'étendre à un moment donné jusqu'au delà des Alpes et des Pyrénées, en excluant les espèces antérieures des cantons montagneux qu'elles avaient oc cupés jusque-là.
i . Le Monde des plantes avant Vapparition de Vhomme, par le comte de Saporto, p. 351, fig. 112, 3-4.