SENS DES FORMULES PHYLLOTAXIQUES
constitué et l'organe ayant acquis sa structure définitive, l’ordonnance phyllotaxique commença à se prononcer dans chaque groupe particulier, tandis que, d'autre part, les différenciations morphologiques prenaient naissance à leur tour. En d’autres termes, les feuilles normales ressemblaient plus ou moins à ce que sont restés les cotylédons foliacés, lorsqu'elles se mirent à arrêter graduellement leur disposition sur la tige et les diversités si multiples qui les distinguent et qui, le plus souvent, varient d’un genre à l’autre.
Une remarque curieuse vient à l’appui de cette manière de voir, c’est que beaucoup de familles, parmi celles qui paraissent le plus anciennement fixées sont aussi les plus flottantes et Les plus irrégulières au point de vue de la phyllotaxie. Celle-ci relève, dans ces familles, des formules les plus simples, 1/2 ou 1/3, avec des passages fréquents d’une ordonnance à une autre. Il convient de citer particulièrement les Lauracées et les Protéacées, les Pipéracées, les Euphorbiacées, les Urticacées, les Hamamélidées, enfin un nombre relativement considérable de types dont les parties florales sont soumises à la symétrie binaire ou ternaire et dont les feuilles se trouvent gouvernées le plus souvent par la formule 1/2, celle de toutes qui se prête le plus à la transition vers l'ordonnance opposée, dans une direction, spiralée dans l’autre. Les Morées et Artocarpées, par exemple, les . Cupulifères, les Santalacées, les Myristicacées et bien d’autres rentrent dans ce cas. Une parfaite régularité phyllotaxique, dans l’intérieur d’un groupe déterminé, basée sur une ordonnance soit opposée, soit spiralée à deux tours de spire par cycle, est plutôt l'indice d’une origine relativement récente. D'ailleurs, on ne saurait ici exprimer qu'une vue d’ensemble, une sorte d’échappée générale, à laquelle les détails précis font nécessairement défaut, et sujette à trop d’exceptions pour qu'il soit possible d’y insister davantage.
Les cotylédons épigés et foliacés atteignent parfois un assez haut degré de différenciation relative. Ceux du tilleul, dont nous avons déjà fait mention (voir la figure 117, en B) en témoignent et montrent, en même temps, qu'il a suffi de l’écartement et du prolongement des nervures latérales basilaires pour entrainer la formation d’un limbe palmé, de même que le limbe pinné résulte nécessairement d’un arrêt de déve-
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loppement de ces mêmes nervures basilaires, dont la persistance a, au contraire, donné naissance à la feuille triplinerve; celle-ci est la moins éloignée de l'ordonnance primitive, comme nous l’avons déjà remarqué; de là un certain nombre de types foliaires, particuliers à chacun des groupes en voie d'évolution et c’est d’eux que sont ensuite sorties, à l’aide de modifications secondaires indéfiniment multipliées, toutes les feuilles de Dicotylées avec leurs innombrables diversités.
Si, au lieu de considérer l’ensemble, nous jetons les yeux sur chaque groupe pris séparément, nous pourrons suivre sans trop de peine cette marche et en tracer au moins une esquisse. Nous y parviendrons par l’observation directe des types foliaires comparés entre eux et avec les feuilles embryonnaires. Au moyen de celles-ci, nous obtenons le point de départ des diverses séries.
Un des cas les plus simples est celui du Zaurus (voir la figure 119, en E), dont les cotylédons largement ovales, arrondis aux deux extrémités, entiers, mais fréquemment sinués ou sublobulés, présentent deux nervures latérales basilaires anastomosées supérieurement avec les ramules sortis de la médiane. L'origine de toutes les modifications dont la feuille des Lauracées s’est trouvée susceptible, est ici très nettement marquée. L'affaiblissement ou la disparition des nervures basilaires a conduit à la feuille, plus généralement penninerve, des Laurus et des Persea, tandis que leur développement ou leur extension ont donné naissance à la feuille triplinerve des Cinnamomum et des Litsæa. D’autre part, les sinuosités marginales, en se prononçant, ont produit les feuilles trilobées des Sassafras. Ce sont là des différenciations peu étendues et l'ancienneté probable du groupe est en rapport avec les limites restreintes de sa variabilité qui n’a jamais, pour ainsi dire, dépassé le cadre d’un seul genre, divisé en sections alliées entre elles de très près.
Le point de départ foliaire du groupe qui embrasse dans une seule alliance les Morées, Artocarpées, Urticées, Ulmacées, Celtidées, s’écarte peu du précédent, mais il s’avance bien plus loin. Les feuilles les plus simples, les moins diversifiées de ces divers groupes sonttoujours tracées sur un modèle triplinerve des plus uniformes, et l’on conçoit également que le développement ou