‹ L'évolution du règne végétal: Les phanérogamesChapitre 43 sur 162 · RECHERCHE DES FORMES FOSSILES PRIMORDIALES · texte numérisé non relu

RECHERCHE DES FORMES FOSSILES PRIMORDIALES

qu’une seule graine, avec des rudiments des autres ovules avortés.

Après nous être rendu compte des éléments de l’évolution chez les Dicotylées, c’est-à-dire du processus que le phénomène a nécessairement suivi pour aboutir à ses fins, si l’on s’en rapporte à l'analyse des organes actuels, de manière à retrouver, sous l’apparence qu’ils ont acquise, les traces non effacées de l'ordonnance primitive, il est temps de nous attacher, non plus au présent, mais au passé, et de rechercher les traits épars du développement historique des Dicotylées, tel que l'étude des fossiles nous permet de le concevoir.

Cette nouvelle étude ne saurait être que très incomplète, puisqu’elle a uniquement pour base des documents clairsemés, à l’état de débris épars; elle est loin cependant d'être dénuée d'intérêt, surtout si nous pouvons en retirer une confirmation au moins partielle des données que l’examen des organes actuels nous a permis de formuler. De toutes façons, on commettrait une grave erreur en supposant que les notions tirées des Dicotylées fossiles soient de nature à jamais fournir les éléments d'un tableau suivi de l’évolution de cette classe. Il ne saurait en être ainsi, non seulement parce que les traces végétales se réduisent à l’état fossile à un assez petit nombre d'espèces, représentées par quelques-uns de leurs organes détachés, à l'exclusion des autres, mais encore par cette raison qu’à mesure que l’on s'éloigne du présent pour gagner le passé, les liens de l’analogie se relàchent, en sorte que l’exacte détermination des degrés de parenté qui rattachent les plus anciennes Dicotylées à celles que nous avons sous les yeux tend à devenir obscure et incertaine, alors qu'il importerait le plus de la préciser. Tant qu'il s’agit d'espèces congénères, l’examen des feuilles ou des fruits considérés isolément peut certainement suffire pour donner aux attributions que l’on adopte et aux enseignements retirés de ces attributions un degré approximatif de vraisemblance ou même de certitude; mais dès que, par suite de l'éloignement, on met la main sur des Dicotylées primordiales, se rapportant à des genres éteints et à des types d’autant plus curieux qu’ils s'écartent davantage de ceux que nous connaissons, la difficulté d'établir leur nature vraie et le degré précis de parenté qui les rejoint aux types actuels devient

102 STADE ANGIOSPERMIQUE. — DICOTYLÉES PRIMITIVES.

promptement insurmontable, en présence des éléments disjoints dont la réunion et l'analyse auraient seuls rendu possible une appréciation de cette nature. Aïnsi, la signification des éléments susceptibles de nous éclairer au sujet du processus évolutionnaire nous est presque inévitablement dérobée; de plus, une dernière cause d’ignorance résulte de la tardive et subite apparition des Dicotylées, déjà bien éloignées de leur point de départ et relativement différenciées, au moment où elles se montrent pour la première fois, dans des circonstances assez curieuses pour que nous en disions ici quelques mots.

Dans l’état actuel des connaissances, les plus anciennes Dicotylées ne sont pas antérieures au milieu de la période crétacée et, à partir de l'étage qui marque leur début, soit en Europe, soit dans l'Amérique du Nord, l’étage cénomanien, elles deviennent presque aussitôt prépondérantes. Leur extension est donc alors aussi rapide que leur apparition instantanée, et presque immédiatement aussi un certain nombre de genres encore vivants se laissent voir revêtus des caractères qu'ils ont depuis conservés; c’est-à-dire que, dès lors, il existe des Dicotylées génériquement définissables, les unes d’une manière certaine, les autres avec un degré de probabilité dont il est juste de tenir compte. Telle est l’apparence, mais cette apparence ne traduit sans doute qu'une faible portion de la réalité. La diffusion dans le temps et à travers l’espace a été relativement subite; la prépondérance a été rapidement acquise, mais il ne s'ensuit nullement que la date de cette extension ait été celle de la naissance et de la création originaires. Les fossiles conservés dans les sédiments entraînés au fond des eaux ne nous ont jamais traduit qu’une partie des phénomènes contemporains. ceux qui.se passaient au bord ou du moins dans un certain périmètre à portée des lacs et des mers. Relativement au règne végétal en particulier, la composition de son tapis à l'intérieur des terres, vers le haut des montagnes ou dans le sein des hautes vallées, a dû forcément nous échapper toutes les fois que cette composition s’est trouvée différer notablement sur de pareils points de celle des flores couvrant les plaines et les vallées inférieures, en un mot le plat pays. Tel est sans doute le sens véritable de cette extension, en apparence subite, des Dicotylées, reléguées depuis longtemps dans des régions que des

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