‹ L'évolution du règne végétal: Les phanérogamesChapitre 48 sur 162 · CARACTÈRE GÉNÉRAL DES DICOTYLÉES DE LA CRAIE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE GÉNÉRAL DES DICOTYLÉES DE LA CRAIE

liens multiples qui témoignent d’une décroissance encore faible de la chaleur dans le sens des latitudes. L’abaissement de la température sur une étendue de trente degrés environ, de Toulon et des bords méridionaux de l’Europe d’alors, jusqu’à Atané, dans le Groënland septentrional, ne se trahit que par l’exclusion présumée des Palmiers dans l'extrême nord et par la prépondérance visible de certaines Dicotylées d'aptitude relativement boréale, comme les peupliers et le tulipier qui dominent dans le Groënland.

Nous allons maintenant considérer toutes ces flores, au point de vue exclusif des Dicotylées qu’elles comprennent, en nous attachant aux déterminations les moins incertaines; nous verrons s’il résulte quelques conséquences de leur rapprochement ainsi formulé.

Plusieurs de ces flores n’ont fourni que des indices peu déterminables; toutes cependant concourent au résultat que nous cherchons, c’est-à-dire à la définition approximative des éléments qui avaient la prépondérance parmi les Dicotylées de cette première époque. Une seule est assez riche et renferme un nombre de familles et de genres assez considérable (vingt-trois familles et quatre-vingt-douze genres) pour que l’on soit autorisé à croire qu’elle reproduit un tableau relativement fidèle du développement auquel étaient parvenues les plantes que nous considérons, dans la seconde moitié de la période crétacée : c’est la flore américaine du Dakota-group, décrite par M. Lesquereux et que M. Heer regarde comme se rapportant à une région boisée et montagneuse, dont les débris végétaux auraient été entraînés de toutes parts par les eaux courantes qui l’auraient sillonnée. Cette induction est basée à la fois sur la présence de certains genres (A/niles, Faqus, Populus, Salix, Platanus, Liriodendron, Viburnum), plus spécialement adaptés à la zone tempérée boréale, et sur l’absence corrélative de types exclusivement méridionaux, en particulier des Palmiers; enfin la même présomption semble confirmée également par les liens étroits qui rattachent la flore du Dakota-group à celle d’Atané dans le Groënland, indiquant l'existence d’un climat à peu près semblable dans les deux régions. Il est possible en effet que les plantes du Dakota-group aient été en majorité forestières et montagnardes ou que des attenances géographiques aient uni

112 STADE ANGIOSPERMIQUE. — DICOTYLÉES PRIMITIVES.

les deux contrées. D'ailleurs on pourrait dire la même chose des plantes du cénomanien de Bohême et de Moletein en Moravie, qui dénotent une station fraîche voisine du bord des eaux. Les formes, dans toutes ces localités, ont quelque chose d’exubérant et les Conifères ne s’y montrent qu’en nombre restreint. — Le contraire semble résulter de l’examen de la flore de Niederschœna et encore plus de celle du turonien de Bagnols et des environs de Toulon. Celle-ci surtout est remarquable par une réunion de Dicotylées, affectant pour la plupart une singularité d'aspect de nature à fixer l'attention. Plusieurs de ces Dicotylées, imparfaitement déterminables quant au genre, se trouvent associées à d’autres, dans lesquelles, il n’est pas difficile au contraire de reconnaitre des types assimilables à ceux de nos jours : Magnolia, Menispermum, Euphorbia, Bumelia, Sapindus. Les types amis de la fraîcheur et des sites montagneux se trouvent ici rares ou clairsemés, sinon inconnus. On se sent transporté dans des plaines chaudes, méridionales et relativement sèches; la nature coriace des Fougères, probablement saxicoles, achève de le démontrer. Effectivement les Filicinées de Bagnols reproduisent l’aspect des Thinnfeldia et des Ctenopteris jurassiques. La présence des Araucaria et des Cyparissidium de la craie arctique ajoute un trait de plus au tableau. Nous reviendrons sur les types de Dicotylées, cénomaniens ou turoniens, qui paraissent éteints; pour le moment nous voulons faire ressortir cette particularité, qu’en dépit des divergences de station et de l’éloignement géographique, sur treize genres déterminés que comprend la flore turonienne du midi de la France, 9 d’entre eux, soit près des deux tiers, ont élé signalés dans le Dakota-group et dix dans les couches d’Atané au Groënland, proportion assurément des plus considérables, si l’on a égard à l’immensité de l’espace interposé. Ces genres communs aux trois régions, ou du moins à deux d’entre elles, sont les suivants : Laurus, Bumelia ou Sapotacites, Aralia, Magnolia, Menispermum, Dewalquea, Euphorbiophyllum, Sterculia, Celastrophyllum, Leguminosites, Rhus, Sapindus, Myrtophyllum; de telle sorte que presque tous les genres de Dicotylées observés jusqu’à présent dans le turonien du sud-est de la France se retrouvent soit dans le cénomanien du Missouri, soit dans celui du Groënland septentrional; où rencontrer une plus grande preuve que la catégorie de plantes

Page 1