MARCHE ÉVOLUTIVE DES QUERCINÉES
unisexués, excluant l’androgynie, inclinant les chatons mâles, tandis que l’involuere de la fleur femelle, devenue solitaire, réduisait graduellement ses bractées à n'être plus que de simples pointes ou des languettes appliquées contre la paroi extérieure de la cupule. C’est ce que l’on observe en effet dans les Zepidobalanus, les plus éloignés de tous les chênes actuels du point de départ originaire. Cependant, par le fait de l’atavisme, on rencontre assez souvent des Zepidobalanus dont les chatons mâles, redressés et devenus rigides, portent des fleurs androgynes, affectant ainsi une sorte de retour partiel vers le type dont ils émanent (voir la figure 124). Il est donc fort naturel que l’on ait à signaler dans la craie, à partir du cénomanien, de nombreux Dryophyllum, c’est-à-dire un type qui représente la tige commune des châtaigniers et des chênes. Ces Dryophyllum se montrent en Silésie, à Moletein en Moravie, mais surtout à Aixla-Chapelle et dans l'étage sénonien de la craie de Westphalie !. Le Dakota-group semble renfermer déjà un vrai châtaignier, le Quercus primordialis Lesqx. (voir la figure 125). Les chênes, s'ils existaient dans cette première époque étaient nouveaux et subordonnés; ils se montrent cependant sur l'horizon de la craie récente, soit dans la flore campanienne de Haldem en Westphalie, vers le moment du déclin des Credneria, soit avec plus de certitude encore dans la craie récente de Patoot, au Groënland, où l’on observe de vrais Quercus tout à fait analogues à ceux du paléocène de Gelinden. Dans cette dernière localité, les chênes se montrent en abondance et d’une façon non douteuse, associés à des Dryophyllum qui sont, à notre sens, de véritables châtaigniers. Du reste, ces premiers chênes se rapprochent, par la morphologie de leurs feuilles, des espèces actuelles les plus analogues aux châtaigniers, spécialement de celles des sections Cerris et Cyclobalanus; les formes assimi-
4. Voy. Ueber einige Dicotyl. d. Westfal. Kreideform., von prof. Dr Hosius (Palæont., XN, tab. 12-16) et Die F1. d. Westfal. Kreideform., v. prof. Hosius und Dr von der Marck; p. 60-64. — Les Dryophyllum, dans ces deux ouvrages, sont décrits sous le nom de Quercus et sous celui de Ficus, en ce qui concerne les formes à bord entier. — Voy. aussi le mémoire de M. le Dr Debey Sur les feuilles querciformes des sables d'Aix-la-Chapelle; Bruxelles, 1881; — Essai sur l’état de la végét. à l’époque des marnes heersiennes de Gelinden; Bruxelles, 1873; et Revision de la fiore heersienne de Gelinden; Bruxelles, 1818; par G. de Saporta et A.-F. Marion.
194 STADE ANGIOSPERMIQUE. — DICOTYLÉES PRIMITIVES.
lables à celles de l’Europe moderne et notamment les types à feuilles caduques ne se montreront que bien plus tard. Ainsi, les notions retirées de l’étude des documents fossiles concordent avec la théorie en ce qui concerne les Cupulifères. Les Faginées et les Castaninées ont visiblement précédé dans le temps les Quercinées propres, encore indéterminées et flottantes.
Fig. 127. — Types divers de Dicotylées primitives. — A, Liriodendron Mekii Hr., de la
craie du Groënland, feuille complète. — B, Populus hyperborea Hr., de même gisement. — C, Populus primæva MHr., même provenance. — Grandeur diminuée de moitié.
L'attribution plus que probable des Polytænia et Dewalquea aux Helléborées rend certaine l’existence de Renonculacées à fleurs régulières et à carpelles normalement au nombre de 5 à 15, réduits à 3 ou à 2 libres ou plus ou moins soudés entre eux, mais toujours distincts jusque dans le fruit. La transformation de la feuille carpellaire est évidemment peu avancée dans cette section des Renonculacées qui représente bien le type floral le plus primitif dont les Polycarpées offrent l'exemple.
Nous en dirons autant des Magnoliacées, puisque les deux genres, dont la présence est constatée dans le cénomanien,
MAGNOLIACÉES ET NYMPHÉINÉES. 495
Magnolia et Liriodendron, sont loin d'offrir les complexités, les soudures et les réductions qui caratérisent la plupart des genres compris dans les tribus des Schizandrées, Illicinées, Euptélées et Cannellées, rangées à la suite des Magnoliées propres !.
Fig. 128. — Nelumbium provinciale Sap. — Craie campanienne lacustre de Provence. — Moitié d’une feuille à la surface de laquelle adhère une valve d'Unio. — Grandeur réduite au tiers.
Les Nymphéacées sont à considérer et donnent lieu d’ailleurs aux mêmes conclusions, puisque le Velumbium, le seul genre de l’ordre des Nymphéinées, dont la présence soit absolument certaine dans la craie, est le seul aussi, en exceptant les Cabombées, qui présente des carpelles libres et distincts, bien que nichés un