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CHAPITRE VIII

Les notions exposées dans les chapitres précédents permettent de saisir le phénomène de l’évolution végétale considéré en lui-même, d’en déterminer la raison d’être et d’en suivre la marche. Le résumé de ces notions fera l’objet du présent chapitre.

Une semblable étude nous conduira, par une pente insensible, de l'organisme relativement simple et encore flexible dans toutes ses parties, vers celui qui, devenu complexe ou plutôt ayant atteint un degré de différenciation plus ou moins avancé, ne saurait plus éprouver, en fait de changements, que des variations tout à fait secondaires. — C’est là proprement l'espèce, autrement l’apparence ou la forme sous laquelle se montre à nous l’être organisé individuel et par cela même le végétal, à quelque moment de la suite des âges qu’il soit donné de le contempler. On voit d'ici que dans cette immense succession de termes enchaînés, gravitant du simple au composé, du point de départ au point d’arrivée, il existe des éléments de plus d’une sorte, combinés entre eux dans une proportion le plus souvent inégale et dont l’association constitue la formule de l'être que l’on examine, tandis que de leur mise en jeu dépend l’avenir plus ou moins instable réservé à ce même être.

Les êtres, en effet, dans leur course à travers le temps, ont constamment varié, et c’est à l’aide de ces variations qu'ils sont parvenus à s'étendre et à se compléter. — L'extension et par elle la genèse et le développement d’un organe sont une conséquence possible de la simple variation et celle-ci constitue en

définitive une propriété inhérente à l’organisme. De son côté, si l'organisme s'étend, il se complique et, en se compliquant, il modifie forcément les parties de lui-même qui par leur origine se rattachaient à une extension antérieure. Ainsi, la modification est incessante, mais elle a en réalité une double facon d'agir, puisque, si elle ajoute d’une part, elle retranche de l’autre. Le changement s'applique, dans l'organisme, à tout ce qui est de nature à pouvoir varier; mais certaines choses en lui sont fixes et soustraites à la mutabilité; d’autres sont demeurées variables et, parmi celle-ci, les unes ne font que se diversifier, tandis qu'il en est qui prennent de l'accroissement et tendent ainsi à donner ultérieurement naissance à de nouveaux éléments.

De là trois sortes d'états, toujours en présence dans le végétal destiné à évoluer : un état de stabilité ou équilibre des éléments de l’organisme, stabilité qui peut être totale et définitive ou seulement relative, — un état de variabilité potentielle soit absolu et général, soit seulement partiel, — enfin, un état d’extension entraînant l’apparition, puis le développement d’un organe auparavant inconnu. Les trois états, tout en coexistant, sont très loin de se balancer; l’un deux peut l'emporter sur les deux autres; chacun a sa raison d’être et accomplit un rôle. Ils sont rarement distincts : plus ordinairement ils se combinent de façon à concourir simultanément , bien que dans des proportions variables, aux résultats morphologiques de l’évolution.

La raison d'être de ces trois états réside à la fois dans l’organisme même et en dehors de lui. L'organisme change, parce qu’il est mobile de sa nature et qu'il ne reste jamais absolument semblable à lui-même, dans le cours de son existence individuelle; mais il change d’autant plus qu’il se trouve sollicité par des ébranlements venus du dehors et, dans ce cas, c’est sous l'influence du milieu que l’organisme varie et s'accroît, qu’il s'étend et qu’il réussit à sortir de son cadre antérieur ou bien qu’il rétrograde et subit un amoindrissement, ce qui constitue un changement d’un ordre particulier. Mais l’organisme, il faut le dire, ne change, chaque fois, que dans la mesure nécessaire pour réaliser son adaptation à des conditions déterminées et seulement dans les parties demeurées assez mobiles pour se prêter au changement. Si rien ne le sollicite au dehors, il incline au contraire vers une stabilité au moins relative et chez lui,

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