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PHÉNOMÈNES ANTAGONISTES DE STABILITÉ ET DE VARIABILITÉ

cet état tend à devenir définitif, la proportion des parties susceptibles de varier s’affaiblissant de plus en plus. Ainsi fixé, l'organisme ne change plus, il est adapté, mais en revanche il devient à la longue incapable de sortir du cadre déterminé qui le renferme et, faute de plasticité, il se trouve exposé à périr rapidement, si le milieu vient à subir lui-même des altérations.

Considérons maintenant le caractère et les résultats des trois états que nous avons admis : la fixité acquise héréditairement, la mutabilité et l’extension ou accroissement. — L'extension n’a lieu que par le fait de la mutabilité et, grâce à elle, l’extension est d'autant plus active en puissance, sinon en acte, que l’organisme est plus jeune, plus élémentaire et par cela même plus primitif. L'extension se confond alors avec la différenciation en un seul et même phénomène qui relève de la mutabilité, dès que celle-ci se trouve sollicitée par des excitations du dehors qui tendent à la mettre en jeu. Dans le cas contraire, comme nous l’avons dit, la mutabilité demeurera restreinte à des effets secondaires ou presque nuls. Le milieu ne changeant pas, l'organisme qui y aura été adapté ne changera pas non plus. De là ce phénomène de la permanence de certains organismes plus ou moins rudimentaires, c’est-à-dire adaptés seulement à de grandes catégories de causes externes d’une existence nécessaire, et demeurés tels à travers le cours immense des âges.

La variabilité une fois excitée aboutit donc à l'extension ; voyons quels seront les effets de celle-ci : son effet principal sera d’entraîner des combinaisons nouvelles et par conséquent de compliquer l'organisme qui ne saurait s'étendre ni s’accroître sans devenir plus complexe, c’est-à-dire composé de plus de parties et d’un plus grand nombre d'éléments constitutifs dans chacune de ces parties. Mais l'extension aura encore un autre résultat, pour ainsi dire nécessaire, par lequel, au moyen de la variabilité, elle atteindra ultérieurement un but final, celui de la fixité au moins relative, par l'équilibre qui s’établira entre les parties nouvellement formées et celles qui existaient auparavant. C’est ce résultat qui doit être l’objet de notre examen. — En effet, les parties récemment sorties de l'extension prennent place forcément à côté des parties plus anciennes et, forcément aussi, celles-ci seront refoulées, sinon éliminées. Elles subiront du moins, du fait de l’extension et des conflits qu’elle entraînera, une suite

de modifications de nature à influer sur l'organisme lui-même, aussi bien au point de vue fonctionnel qu’au point de vue morphologique. On sait fort bien que tout organe, c’est-à-dire toute partie destinée à remplir une fonction, doit disparaître en entier, si elle ne sert plus à rien; partiellement au moins, si son utilité garde quelque chose de sa raison d’être et cela dans la proportion même de l’atténuation de cette utilité.

La variabilité est donc le principe actif par lui-même, celui qui n’abandonne jamais l'organisme. Elle est la vraie cause de l’extension, à condition toutefois d’être sollicitée par le milieu, et l'extension à son tour, en créant des éléments fonctionnels auparavant inconnus ou rudimentaires, ébranle par cela même les éléments antérieurs et amène finalement la subordination, puis l'élimination ou du moins la réduction de ceux-ci. Définissons maintenant les effets de cette marche et voyons comment la fixité peut en être le dernier résultat.

L'extension s’applique surtout à des organismes encore très simples; mais les organismes simples et primitifs se trouvent réduits aux seules parties réellement essentielles et, s’ils prennent de l’extension, ce sont ces parties qui devront être immédiatement affectées. C’est ce qui est arrivé aux plus anciens végétaux terrestres, lorsque par suite d’une division du travail organique, de plus en plus prononcée, ils se sont trouvés comprendre deux états distincts et alternants, l’un agame et sporogonien, l’autre aboutissant à la sexualité. Le premier de ces états a été plus spécialement végétatif, le second voué bientôt exclusivement à la reproduction.

De ces deux états d’abord antagonistes, c’est le « sporogonien » qui a pris de l’extension et une extension énorme, si l’on se rapporte aux débuts. La tige, ce que nous avons appelé le plan caulinaire, a été établie en même temps que se différenciait la feuille devenue distincte de la tige, constituée en appendice et en support des spores. Le contre-coup de cette première extension a été l’amoindrissement corrélatif de l’état sexué. C’est ainsi qu'a eu lieu sa réduction aux seuls éléments reproducteurs, ce qui était végétatif dans cet état, ce qui chez lui avait originairement balancé l'appareil antagoniste ayant perdu rapidement son importance et se trouvant par cela mème destiné à être entièrement éliminé. Dès lors rien de surprenant à ce que

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