‹ L'évolution du règne végétal: Les phanérogamesChapitre 65 sur 162 · CARACTÈRES SPÉCIFIQUES DES ABIES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES SPÉCIFIQUES DES ABIES

L'espèce du Cantal, Abies intermedia Sap., dont on connaît les rameaux garnis de feuilles et les écailles détachées, ressemble aux Abies numidica Lann., Apollinis Rauch, cephalonica Link., le premier du Maroc, le second du Parnasse, le troisième des iles loniennes. Elle se rattache à cette série de formes et leur sert d’intermédiaire. Et maintenant si l’on veut consentir à les con-

Fig. 129. — Variations spécifiques comparées de plusieurs Sapins vivants ou fossiles. — À, Abies intermedia Sap., des cinérites pliocènes du Cantal, ramule garni de ses feuilles. — B, écaille strobilaire détachée de la même espèce. — C et D, feuilles de la même espèce, figurées isolément pour montrer la forme de leur terminaison supérieure. — E et F, feuilles de l'Abies numidica Lann. — G, feuille, échancrée au sommet, de l’ Abies pindrow. — H, feuille acuminée au sommet de l’Abies cephalonica Link. — 1, sommet légèrement grossi d’une feuille de l’Abies inlermedia, du Cantal pour montrer l’échancrure terminale. — J, K, L, M, sommets légèrement grossis des Abies cephalonica (J), numidica (K) et pindrow (M), pour montrer la faible amplitude des caractères spécifiques séparant les formes comprises dans un groupe gymnospermique, — Les organes figurés de A en H ont leur grandeur naturelle quelque peu diminuée.

sidérer toutes à la fois en s’attachant à noter les traits de nature à servir entre elles de nuances différentielles, on ne trouvera que les suivants : 4° le contour des feuilles et surtout leur mode de terminaison apicale, aiguë ou obtuse, entière ou échancrée-bifide ; 2° la forme de l’écaille plus ou moins arrondie, plus ou moins resserrée ou étendue en largeur ; 3° la bractée plus ou moins réduite, incluse et mutique ou surmontée d’un mucron, ou enfin gardant l'apparence d’une vraie feuille, comme le fait voir l'Abies bracteata. — Voilà donc les limites exactes entre lesquelles il a été donné à l'espèce gymnospermique de

continuer à produire des modifications, jusqu'au moment où elle a revêtu ses traits définitifs; telle est donc en résumé la faible amplitude de mutabilité qu’elle possédait chez les Abies, au moment où ceux-ci vinrent occuper les diverses régions où ils achevèrent de se particulariser. L'espèce, ainsi conçue, perd ce que sa signification habituelle lui communique d’artificiel : flottante d’abord, mais à raison d’une variabilité limitée à des points tout à fait secondaires, immuable pour tout le reste de l'organisme antérieurement fixé, elle a acquis accidentellement et par le fait d’une localisation plus ou moins prolongée, les caractères qui servent actuellement à la distinguer de ses congénères. Dès lors, il est facile de reconnaître combien ces caractères de détails, tout extérieurs et purement accessoires, justifient mal l'importance attribuée jusqu'ici, théoriquement, à l'espèce, pour mieux dire, à la race héréditairement fixée, dont la notion repose exclusivement sur eux. Cette notion est adéquate au contraire à celle d’une race cantonnée géographiquement, soumise par cela même à des conditions de milieu assez uniformes et assez permanentes pour en retirer une certaine proportion de traits distinctifs, devenant à la fin l'apanage commun de tous les individus influencés. Nécessairement il doit venir un moment où, ces traits se trouvant acquis et la plasticité organique d’où ils sortent ayant achevé de produire ses derniers effets, la mutabilité se trouve renfermée dans un cercle dont les limites vont toujours en se rétrécissant.

S’il ne reste à un végétal ainsi arrêté aucune partie susceptible de se prêter à une nouvelle extension, l'espèce à la longue deviendra à peu près invariable; mais en cessant de pouvoir changer, elle court évidemment le risque de succomber, aussitôt que les circonstances lui deviendront contraires, tout en gardant la faculté de se maintenir plus ou moins à travers une durée chronologique indéterminée.

L'espèce, considérée au moins d’un certain côté, représenterait donc le terme d’une série organique parvenue aux dernières limites de perfectibilité relative dont son organisme était susceptible ; elle devrait périr à la longue devant la concurrence et les incidents qui finiraient par l’accabler. C’est le cas, parmi les Conifères, des Sequoia gigantea et sempervirens, des Araucaria d'Australie et de plusieurs autres types spécifiques dont le

Page 1