‹ L'évolution du règne végétal: Les phanérogamesChapitre 66 sur 162 · DÉCLIN DE L'ESPÈCE DÉFINITIVEMENT FIXÉE · texte numérisé non relu

DÉCLIN DE L'ESPÈCE DÉFINITIVEMENT FIXÉE

rôle actif semble terminé. Cependant la force d'un végétal arrivé au point où la mutabilité organique a chez lui presque totalement disparu peut être encore énorme. Ce sont alors des épaves qui surnagent et flottent sur l’océan des siècles : ballotées incessamment et à moitié submergées, elles échouent sur quelque rive et échappent parfois accidentellement à la destruction, sans que l’on soit en droit d’assigner un terme à cette immunité relative.

Dans une esquisse aussi rapide, il faut bien se contenter d’ébaucher les traits généraux de l’évolution des principales séries végétales. Nous venons de voir l'espèce gymnospermique se montrer à nous comme personnifiant les dernières oscillations des types préalablement issus de l’une des branches de la souche phanérogamique. La branche angiospermique nous laissera constater la même marche et les mêmes dédoublements poussés encore plus loin, puisqu'il s’agit d’un plan organique à la fois plus extensible et plus complexe.

Le point de départ diffère de celui qui sert de début aux Gymnospermes, non pas précisément en ce qui concerne les éléments essentiels de la tige, mais à l’occasion du bois secondaire. Il s’est produit ici, en effet, dans le mode d’accroissement en épaisseur de ce bois, une différenciation peut-être moins tranchée à l’origine que dans la suite, mais dont la permanence et l’accentuation ont suffi pour séparer en deux sections l’ensemble des Angiospermes distinguées en Monocotylées et en Dicotylées. Il nous a paru, par la nature de la feuille embryonnaire des premières, demeurée unique et simple, que celles-ci avaient dû se détacher de la souche commune avant les Dicotylées, tandis que ces dernières portaient la trace d’une différenciation plus avancée des feuilles primordiales et qu’elles avaient dû par cela même se constituer plus tard.

L'organisation de l'appareil floral et l'extension de l’appendice foliaire d’abord réduit à une gaine pourvue de nervures longitudinales fournissent les deux principaux traits des Angiospermes primitives, dont les Monocotylées et les Dicotylées ne sont que des prolongements inégaux et parallèles.

Dans la famille proangiospermique, de même que chez les Gymnospermes, les feuilles servent de supports à des sporanges différenciés et chacune d'elles ne produit que des sporanges

du même sexe, microsporanges ou macrosporanges. Il existe donc des androphylles et des carpophylles distincts; mais, à la différence de ce qui a lieu dans les Gymnospermes, ces organes demeurent homomorphes et oceupent une place déterminée sur un seul et même rameau. C'est là la grande et importante divergence qui établit, dès l’origine, entre les deux catégories, un écart dont les conséquences furent incalculables, si l'on observe qu’à cette particularité est due la naissance même de la fleur et par elle l’angiospermie. Mais pour produire le plan de structure angiospermique, il a encore fallu, en dehors des éléments constitutifs de la fleur, que la feuille servant de support aux macrosporanges se repliàt sur elle-même pour les envelopper. De là, la nécessité pour cette feuille de ne pas être réduite de trop bonne heure et de ne pas avorter, mais de persister avec son limbe normalement développé. De cette façon, les transformations de la fleur, que nous avons essayé de suivre dans le stade proangiospermique, se rattachent étroitement à celles de la feuille qui doivent avoir sinon précédé, du moins accompagné les premières. Il s’agit en réalité de deux ordres de combinaisons distincts et cependant connexes, s’accomplissant de manière à influer l’un sur l’autre, à l’aide d’un double mouvement, l’un d'extension, l’autre de réduction et de contraction. La feuille, en se transformant et se complétant, transformait également la fleur, puisque celle-ci était composée de plusieurs cycles de feuilles, mais ces feuilles qui, à l’état normal, ne cessaient de s'étendre pour acquérir les caractères morphologiques qui leur sont propres, une fois converties en supports sexuels ou en pièces florales, perdaient graduellement leur premier aspect en s’adaptant d’une façon de plus en plus étroite à leurs fonctions spéciales. Ge double mouvement avait, du reste, pour résultat une division croissante du travail organique.

Ainsi, la feuille primitive s’est graduellement développée et complétée dans les deux catégories végétales sorties de la bifurcation des Proangiospermes, et l'appareil floral s’est constitué dans ces mêmes catégories à l’aide du groupement régulier des androphylles et des carpophylles sur le même axe et dans un ordre déterminé. Iei donc, la séparation des sexes, antérieure à l’organisation du strobile chez les Gymnospermes, n’a été au contraire qu'un accident consécutif du groupement des éléments

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