‹ L'évolution du règne végétal: Les phanérogamesChapitre 68 sur 162 · PARTIES FIXÉES ET PARTIES DEMEURÉES VARIABLES · texte numérisé non relu

PARTIES FIXÉES ET PARTIES DEMEURÉES VARIABLES

Si nous considérons la feuille, dont l’évolution relève surtout d’un phénomène d’extension et de complexité croissantes, nous verrons que, dans les deux classes, elle comprend les mêmes éléments et qu'elle a eu le même point de départ organique. C'est l’appendice foliaire primitif, engainant à la base, dont le sommet se prolonge après une convergence des nervures qui s’épanouissent de nouveau pour constituer le limbe. L’étranglement intermédiaire, résultant de cette convergence, est quelquefois articulé, d’autres fois peu distinct; il est l’origine du pétiole. De l’étendue proportionnelle de ces trois parties, l’une primordiale, les deux autres postérieurement développées, dépend la morphologie de la feuille tout entière et des parties auxquelles elle donnera lieu en continuant de se différencier.

La feuille des Monocotylées restera cependant toujours plus rapprochée du point d’origine. Chez elle l’appendice primitif ne s’effacera que très rarement; il gardera son importance relative et balancera tout au moins celle du limbe et du pétiole. Enfin, dans une foule de cas, l’avortement des parties nouvelles, leur réduction ou leur subordination amènent la persistance de l’appendice primordial qui, se prêtant à certaines différenciations, constitue à lui seul le type foliaire définitif. De là, une monotonie d'aspect, bien connue des botanistes, dans les feuilles de plusieurs groupes de Monocotylées, comparés entre eux : Graminées, Cypéracées, Iridées et tant d’autres; tandis que, à un point de vue opposé, entre les feuilles des Smilacées et celles des Yucca et Dracæna, des Aroïdées et des Pandanées, des Broméliacées et des Scitaminées, l’écart est assurément plus considérable qu'entre les feuilles des Dicotylées, rapprochées, en ayant égard aux diversités de structure qu’elles présentent. Pourtant, une fois la transformation opérée et l’appendice ou gaine primordiale réduit à presque rien, les feuilles des Dicotylées ont montré une souplesse et une amplitude de variations morphologiques bien supérieures à ce qui existe à cet égard chez les Monocotylées. Quoi qu'il en soit, et comme tendance générale de l'organisme, soit que l’on considère les feuilles, soit que l’on s'attache à l’appareil floral ou encore aux parties de la fructification, on se trouve en présence d’un seul et même but, poursuivi toujours par l’évolution et atteint par elle d’une façon plus ou moins complète. Ce but est celui de la divi-

sion croissante du travail organique et par conséquent de la spécialisation de plus en plus avancée des organes et des fonctions qui leur sont dévolues.

La feuille normale et la feuille sexuée ont d’abord la même valeur morphologique; mais la feuille normale tend graduellement à se compliquer et à se particulariser, tandis que la feuille sexuée, réduite à servir de support à l’un des deux sexes, revêt une physionomie à elle et occupe une place déterminée sur l’axe floral, d’après la nature des sporanges qu’elle est destinée à produire. Mais le mouvement évolutif qui pousse à cette division du travail, loin de s'arrêter à ce premier degré, se poursuit par tous les moyens possibles et dans toutes les directions. C’est par lui que les androphylles et les carpophylles, une fois spécialisés et localisés, affectent chacun une structure à part. Les microsporanges se substituent au limbe de la feuille mâle, presque complètement éliminé; au contraire, le limbe, persistant ou même accru et relativement différencié de la feuille femelle se replie sur lui-même et soude ses bords, de manière à enfermer les ovules ou macrosporanges dans un tégument protecteur entièrement clos.

Alors seulement la catégorie des Angiospermes se trouve réellement constituée; mais nous sommes bien éloignés du terme que doivent atteindre les transformations subséquentes, qui toutes vont favoriser ce but suprême de la division croissante du travail organique.

Pour cela il faut que l’appareil floral, d’abord simple rameau feuillé, s'éloigne le plus possible de ce qu’il était originairement, qu'il prenne un aspect et revête une forme entièrement spéciaux, en un mot qu'il devienne « la fleur », avec ses éléments symétriques et déterminés, qui une fois définis ne changeront plus. Mais cette stabilité, qui n’est encore que relative, ne se fera pas en un jour; elle s’affermira graduellement, elle s’avancera vers son terme par étapes successives, et à chacun de ces termes partiels correspondra ordinairement un type, jalonnant la route et aidant à reconnaître les diverses directions imprimées à l'ensemble des organismes angiospermiques par le fait de l’évolution. Effectivement, autant de types existant sous nos yeux ou dont la trace se retrouve dans le passé, autant de combinaisons partielles montrant réunies, à côté de parties

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