‹ L'évolution du règne végétal: Les phanérogamesChapitre 73 sur 162 · COMBINAISONS MORPHOLOGIQUES EN VUE DU CROISEMENT · texte numérisé non relu

COMBINAISONS MORPHOLOGIQUES EN VUE DU CROISEMENT

procédé contraire ou « autofécondation ». Celui-ci sans être exclu, se trouve cependant renfermé dans des limites assez étroites.

Le groupement des fleurs hermaphrodites en inflorescences où elles deviennent contiguës, comme chez les Ombellifères et les Composées, ou ordonnées en série spiciforme, cymoïde ou paniculée, etc., favorise encore le croisement, soit que le même insecte visite rapidement la plupart des fleurs de la même inflorescence, soit que, l'épanouissement successif des fleurs s’opérant dans un ordre déterminé, l’insecte vole d’une plante à l’autre mélangeant les pollens empruntés à des inflorescences inégalement développées, les unes plus avancées, les autres commençant à peine à s'épanouir. Mais en s’engageant dans cette voie, les fleurs elles-mêmes se sont différenciées entre elles, sans cesser d’être hermaphrodites. La même espèce a présenté, par l'hétérostylie, des fleurs à styles courts et à filets longs et d’autres à styles longs et à filets courts. Ces sortes de fleurs se fécondent genéralement entre elles, l’autofécondation devenant l'exception et le croisement la règle. Enfin, le dernier terme de l'adaptation florale se trouve atteint, lorsque, à l'exemple des Orchidées, chez les Monocotylées, et de beaucoup de Corolliflores, parmi les Dicotylées, la fleur est en même temps asymétrique et incapable de se féconder elle-même, si un insecte préposé spécialement à cette fonction n'intervient pas pour.effectuer l’imprégnation, chaque espèce de fleur étant alors conformée en vue de l’insecte qui la visite et en dehors de l'intervention duquel elle resterait stérile. Elle finirait même par disparaitre inévitablement, de même que privé d’elle l’insecte manquerait du seul aliment qui lui convienne. Il résulte de cette correspondance que le sort commun de l’insecte et de la plante se trouve réciproquement lié par le fait d’une double adaptation, la plus complète et la plus rigoureuse dont le règne végétal puisse donner l'exemple.

En prenant pour point de départ la souche angiospermique et la suivant de branche en branche jusqu'aux dernières ramifications de la tige mère, nous avons observé les effets successifs de la variabilité organique qui diversifie les organes, à mesure que ceux-ci prennent de l'extension. Nous avons vu que l’hérédité fixait ces différences et déterminait par là des caractères d’au-

tant plus essentiels et fondamentaux, c’est-à-dire possédés en commun par d'autant plus d'individus, que l'on s’avance plus loin vers l’origine du tronc d'où se sont détachées à diverses hauteurs toutes les branches particulières. A chacune de ces bifurcations partielles et successives, on voit à la suite d’un premier embranchement se spécialiser quelques-uns des groupes auxquels on applique les noms d'ordre, de famille, de genre, jusqu’à ce qu’à l’aide d’une série décroissante de termes différentiels, on arrive en dernier lieu à l'espèce !, c’est-à-dire à une collection d'individus à peu près semblables.

Comme les ordres, ou sections comprenant plusieurs familles, et comme les familles elles-mêmes se sont formées en divers temps et de plusieurs manières, ces groupes n'ont par euxmêmes rien d’uniforme et leur signification est telle qu’ils représentent seulement une combinaison que l’hérédité est venue consolider à un moment donné, en restreignant chaque fois dans des limites plus étroites le champ laissé à la variabilité.

Au moment où la plupart des ordres, sinon des familles d’Angiospermes, ont commencé de dessiner leurs traits, le contenu nutritif de l’ovule, autrement dit le périsperme, et même l’embryon étaient encore plastiques; plus tard cette plasticité a complètement cessé et les familles ont puisé dans cette fixité spéciale un de leurs caractères les plus constants et les mieux définis. À ce moment aussi, les éléments de la fleur qui achevait

4. L'espèce est ici considérée « telle qu’elle se montre sous nos yeux et à l’état vivant », non pas telle qu’elle a dû se comporter dans son passé, ni telle aussi qu'une portion au moins des espèces existantes est sans doute destinée à se comporter dans l'avenir, c’est-à-dire à changer de nouveau et à se développer, en se modifiant plus ou moins. Il est évident que, dans notre pensée, les familles, les tribus et les genres n’ayant eu d'autre origine que des transformations individuelles, ce sont réellement et nécessairement des « espèces » qui leur auront autrefois donné le jour, en se dédoublant. Cependant, ces espèces mêmes, à un moment antérieur de leur existence, ne différaient pas en valeur de celles que nous avons sous les yeux. Elles ont toujours représenté le terme dernier « actuel » d'une série de variations disposées dans un ordre décroissant d'importance relative. Seulement, pour les unes, ce terme dernier une fois atteint p’a plus. été dépassé, tandis que pour d’autres, demeurées ou redevenues plastiques, l'éventualité de transformations ultérieures était encore possible, le cadre des caractères mobiles étant chez celles-ci demeuré plus ou moins extensible. Dans ce qui précède, comme dans ce qui suit, il doit être tenu compte de ce double point de vue, l'un relatif, l’autre en apparence plus ou moins absolu.

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