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RÔLE DES INSECTES DANS LE CROISEMENT

Effectivement, les Coléoptères d’abord, puis les Orthoptères, les Névroptères et les Hémiptères, sont seuls représentés dans le lias, à l’unique exception près d’un Hyménoptère d'’affinité douteuse. Les Diptères et les Lépidoptères sont absents. Ces dernières classes, de même que la plupart des Hyménoptères et toutes les sections, genres ou familles, compris dans les Coléoptères, qui vivent exclusivement sur les fleurs, seraient nés postérieurement, à mesure que ces sortes d'organes se montraient chez les Angiospermes, et les adaptations souvent exclusives des insectes se modelaient ainsi sur l’évolution graduellement compliquée qui présidait à la formation des plantes.

Au point de vue transformiste, M. Müller explique très naturellement cette adaptation croissante des insectes à une vie et à un régime nouveaux pour eux. Chez les Coléoptères, dont le rôle est d’une assez faible importance pour la fécondation, mais dont les adaptations au régime floral sont des plus variées, on observe les premiers passages vers un pareil régime. Certaines espèces s’y adonnent isolément; elles appartiennent à des familles très diverses ; les organes tendent à se modifier, en même temps que le choix, devenant de plus en plus prononcé, il se forme de bonne heure, pour les uns, tardivement pour les autres, des genres et même des familles exclusivement voués au régime des aliments floraux. Mais, pour beaucoup de séries, cette adaptation reste partielle, dénotant ainsi leur existence antérieure, au moment où quelques-unes de leurs espèces se seraient habituées à vivre sur les fleurs, d’autres qui les touchent de près se tenant à l’écart de ce régime. — Quant aux trois ordres des Hyménoptères, des Diptères et des Lépidoptères, le premier, d’abord insignifiant, aurait acquis plus tard un développement dont la faune tertiaire d'OEningen donne la mesure et qui coïncide justement avec l'apparition et l'extension des Angiospermes, à partir de la craie moyenne ; les deux autres ont suivi la même marche, et l’étroite adaptation de l’appareil buccal à la succion, à l’aide des parties modifiées par soudure ou atrophie, qui servent à la préhension des aliments dans les autres ordres, jointe à diverses particularités de structure, conduit M. Müller à considérer les Diptères et les Lépidoptères comme provenant des Névroptères par les Phryganides, qui sont des ébauches de papillons.

Mais si le rôle exclusif des insectes, dont les organes sont étroitement adaptés au régime des substances florales se trouve forcément lié à l’ordre d'apparition des végétaux à fleurs et si, loin de précéder ceux-ci, ces sortes d'insectes les ont nécessairement suivis, d’une façon générale, leur intervention en tant qu'auxiliaires de la fécondation commence évidemment de bonne heure.

Ce sont des mouches attirées par l'odeur, parfois cadavéreuse, et enfermées au fond de la spathe florale, qui effectuent la fécondation des spadices monoïques des Aroïdées et de certains Palmiers ou Pandanées. Des effets semblables se reproduisent dans le groupe des Aristoloches, dont le périanthe, quelque fois gigantesque, n’est qu’une spathe analogue, chez les Dicotylées, à celle des Aroïdées. Mais ici, et en ce qui concerne les premières, les procédés de structure destinés à attirer, puis à retenir les insectes fécondateurs, sont déjà beaucoup plus complexes et dénotent une période évolutive plus avancée.

Si l’on considère les fleurs hermaphrodites, le procédé de croisement le plus simple, auquel concourent à Ja fois la struture florale et l’action des insectes combinées, est celui de la « dichogamie », dont nous avons parlé à propos des Dracæna et des Yucca et qui se montre dans un très grand nombre d’Angiospermes, Monocotylées ou Dicotylées. Dans ces sortes de fleurs, l’un des sexes devance l’autre, au moment de l’anthèse, et tantôt l’organe mâle, tantôt l'organe femelle se trouve prêt le premier à remplir ses fonctions. Les fleurs ainsi construites sont dites « protérandres » ou « protérogynes », suivant le sexe qui se montre le plus précoce au sein de la même fleur. On conçoit qu'il suffise dès lors de la visite des insectes, Diptères, Hyménoptères ou Lépidoptères, pour réaliser la fécondation croisée, puisque les fleurs se présentent toujours à divers états de développement de leurs organes sexuels, ceux d’une même fleur ne coïncidant jamais entre eux.

Mais les fleurs hermaphrodites des Angiospermes ne se sont pas arrêtées à ce premier degré de différenciation et de fécondation croisée. Il s’est produit dans cette catégorie, à mesure qu'elle tendait à se diversifier, d’autres combinaisons morphologiques, impliquant presque toujours la fécondation croisée ou du moins la favorisant et lui assurant la prépondérance sur le

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