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Fig. 131. — Vilis sezannensis Sap. — Feuille restaurée d’une vigne prototypique de l'éocène inférieur (paléocène) de Sézanne. Grandeur diminuée de moitié.
Le Cissus primæva touche évidemment de près aux Cissus capensis Thb. et fomentosa Lam, l’un de l'Afrique australe, l’autre de l’ile Maurice.
Le WVitis sezannensis dont M. Munier-Chalmas a reconnu les vrilles et plusieurs fragments, est certainement comparable au Vitis cordifolia, Michx. (Vitis vulpina Walt. non Wild.), espèce de l'Amérique septentrionale à peine distincte du V. riparia du même auteur. Ce serait donc là un Zuvitis à feuilles non lobées, assimilables, d'autre part, si on la rapproche des formes actuelles de l’ancien continent, à celles du Vitis cinnamomea Wall., mais avec quelques paires de nervures secondaires de moins.
Suivons maintenant d'un étage à l’autre les vignes fossiles en abandonnant la branche collatérale des Cissus.
Nous-n’avons pas observé de vigne authentique dans l’éocène supérieur. Cette lacune, qui correspond à la période la plus chaude qu’ait traversée l'Europe, concorde avec l'abondance relative des Palmiers et d’autres types d’affinité tropicale, tels que les Canneliers, Bombacées, Mimosées, etc. Elle marque, selon nous, non pas une absence complète, ni une éclipse du type Vitis, mais seulement son état stationnaire et son cantonnement soit plus au nord, soit vers le haut des montagnes.
Les vignes propres doivent être effectivement considérées comme des plantes originaires des vallées escarpées et des régions accidentées qu’elles auraient quittées ensuite pour redescendre dans les plaines, sans cesser pourtant de fréquenter de préférence le voisinage des grandes chaînes. Leur distribution géographique à portée des Apalaches, du Caucase, des contreforts himalayens, dans l'Afghanistan, le Caboul, Cachemire, le Boutan, l’Amurland et le Japon, confirme cette manière de voir et démontre que c’est au sein des montagnes que le type primitivement ébauché doit avoir reçu ses traits décisifs.
Le partage des vignes entre les deux continents et l’extrême liaison des Vifis d'Asie et d'Amérique favorisent la supposition d’une émigration des Æuvitis, de ceux du moins qui touchent de plus près au type Vinifera, émigration qui se serait opérée du nord au sud et dans plusieurs directions simultanées, à partir du périmètre de la région arctique.
Dans la flore américaine du « lignitic », qui se rapporte à la fin de l’éocène, on rencontre bien un certain nombre de Cissus nettement caractérisés, mais la présence du Vitis Olriki Hr. y semble problématique, la feuille figurée par M. Lesquereux sous ce nom ayant plutôt la nervation d’un érable que d’une vigne véritable. L'examen de la flore arctique tertiaire confirme au contraire le point de vue que nous exprimions plus haut. Le Vitis Olriki Hr., d’Atanekerdluk, dans le Groënland septentrional, découvre l'existence sur ce point, vers la fin de l'éocène, d’une espèce de vigne alliée de près au V. cordifolia Michx., par conséquent d’un Z’uvitis du groupe des Vinifera. Il faut joindre à la belle feuille figurée par M. Heer des semences provenant des mêmes lits et offrant le caractère des grains de raisin.
Nous ne nous arrêtons ni au Vitis arctica ni au Vitis islandica du même auteur, qui sont loin de présenter les mêmes garanties de détermination générique. — La feuille du V. Olriki, remarquons-le, a le pourtour entier et simplement denté à dents obtuses, mais sans trace de lobes ni d’incisures.
‘Si nous retournons maintenant en Europe, c’est sur l'horizon du miocène inférieur que nous rencontrons les vestiges du premier Vitis authentique, succédant à l’espèce de Sézanne. Les flores si riches des gypses d’Aïx, du tongrien et de l’aquitanien de Provence, d’Armissan près de Narbonne et de Ceylas dans le Gard n’en ont encore présenté aucune trace déterminable. A Ménat, en Auvergne, sur le même horizon géognostique, nous n'avons rencontré que des indices peu significatifs de la présence d’une vigne.
C’est dans les tufs de Vesoul (Haute-Saône), dépôt travertineux de la même nature que celui de Sézanne, synchronique de celui de Brognon (Côte-d'Or) et appartenant à l'horizon du miocène le plus inférieur, que nous observons les feuilles du Vitis sequanensis Sap. Tout bien considéré, ces feuilles ressemblent a celles du Vitis rotundifolia Michx., de la Floride, ainsi qu’au V. californica dont nous tenons un échantillon de M. Lesquereux. Ainsi, la seule vigne connue avec un peu de certitude dans l’Europe centrale, vers le milieu du tertiaire, se rapporterait à la section des Wuscadinia dont le Vitis rotundifolia est le type. C’est un nouvel indice de l'extension tardive des Æuvitis sur le sol européen, à la faveur de l’abaissement de température qui suivit le tongrien, soit que ces £uvitis soient venus du nord, soit qu’ils aient d’abord occupé l’intérieur des régions montagneuses.
Il est difficile, en tous cas, de reconnaître le type des vrais Vitis aux feuilles de Salzhausen décrites par Ludwig sous le nom de V. feutonica. Néanmoins, des graines ayant le caractère de pepins ou grains de raisins ont été signalés par Al. Braun et réunies probablement à tort aux feuilles en question qui dénotent plutôt celles d’un Acer ou d’un Viburnum. À OEningen, malgré la richesse prodigieuse du gisement, c’est encore des graines isolées, non accompagnées de feuilles, que M. Heer a pu recueillir !. Cette pénurie pouvait bien être en rapport avec la