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LES

Fig. 133. — Types de vignes pliocène el qualernaïre de Provence. — A, Vilis salyorum Sap. et Mar., des tufs pliocènes des environs de Marseille. — B, Vitis vinifera diluviana, des tufs qualernaires de Meyrargues (Bouches-du-Rhône). — 1/2 grand, nat.

chant de même au groupe des Æ'uvitis. Le V. subintegra est assimilable par ses feuilles aux formes simplement lobées-anguleuses de l'Asie occidentale et austro-occidentale, particulièrement aux Vitis lanata Roxb., et cinnamomea Wall. On voit que, sans tenir encore le Vitis vinifera, nous gravitons cependant vers lui et que nous nous en rapprochons sensiblement.

Les tufs pliocènes de la Valentine, près de Marseille, ont fourni à l’un de nous de nombreuses feuilles d’une vigne un peu plus récente que celle des cinérites, associée aux derniers palmiers indigènes du midi de la France et qui mérite d’autant plus d’attirer l’attention, qu’elle précède immédiatement le Vitis vinifera

VIGNES PLIOCÈNE ET QUATERNAIRE DE PROVENCE. à LU

sur le sol provençal, la présence et la diffusion de ce dernier se rapportant au quaternaire.

Le Vitis salyorum Sap. et Mar. touche visiblement à notre vigne et s’en distingue à peine par ses feuilles lobées-anguleuses, mais non découpées, et par le faible développement de la base, échancerée plutôt que cordiforme. Par ces mêmes côtés il se rattache aux races du Népaul, de l'Himalaya et de l’Afghanistan, signalées sous les noms de Vitis indica L., V. cinnamomea Wall,

Fig. 134. — Vilis vinifera L., race spontanée en Provence. — A, et B, deux feuilles, l'une lobée, l’autre entière, reproduisant les variations morphologiques des formes fossiles antérieures ; A répond au Vülis prævinifera du mont Charray ot B au Vailis subin- Legra des cinérites du Cantal (voy. fig. 132). — 1/2 grand. nat.

Vitis glandulosa Wall. Dans l’espace qui s'étend de l'Himalaya

au Caucase et au Taurus, il existe tout un ensemble de formes

localisées, plus ou moins flottantes et allant de la variété à peine sensible jusqu’à l'espèce définissable. Le Vifis vinifera n’est que le rameau occidental et prolongé dans la direction des pays limitrophes de la Méditerranée de cette branche des Z'uvitis dont la vigne cultivée est devenue le type. A l’époque pliocène, le midi de l’Europe comprenait encore des races ou sous-espèces similaires de celles qui peuplent les vallées asiatiques, et le

Vitis salyorum, avec ses caractères ambigus, nous révéle cet état

de choses. .

Nous atteignons ainsi le quaternaire. A la base de ce terrain, toujours en Provence, dans des tufs que leur masse et leur situation assignent à un niveau très supérieur à celui que les eaux

actuelles peuvent atteindre, ceux de Meyrargues ! (B. du Rh.), l'un de nous a signalé, depuis des années, une vigne dont les feuilles. affectent une ressemblance plus étroite avec celles du Viris salyorum qu'avec les formes actuelles de Witis vinifera du pourtour méditerranéen. La vigne pliocène aurait donc persisté en Provence jusque dans l’âge suivant, et l’homme des graviers de la Somme s'était introduit en France avant qu’elle eût disparu, envahie et submergée par une race plus robuste et plus cosmopolite, On conçoit que le Vitis vinifera, favorisé par la culture, ait finalement remplacé ou absorbé, à l’aide du métissage, toutes les races locales qui auraient eu la chance de survivre aux événe ments. Pourtant, il est impossible de révoquer en doute, à cette mème époque quaternaire, peut-être même auparavant, la présence en Europe du véritable Vifis vinifera. Notre vigne, bien caractérisée, se montre en effet dans les travertins toscans. (Pioggio a Montone, Galleraje, San Vivaldo, Val d’Era). Ici l'identité est complète et il en est de même des empreintes extraites des tufs de Montpellier par M. Gustave Planchon.

L'espèce, dans son extension en dehors des limites de la patrie originaire, serait venue d’abord en Italie, gagnant de proche en proche et marchant de l’est à l’ouest. Elle a dû suivre, pour arriver jusqu'en Europe, le même chemin que le Ficus carica, également observé dans les tufs de l'Italie centrale, dans ceux du midi de la France et que l’on retrouve, lors du quaternaire, jusque dans les environs de Paris.

Au moyen des définitions et des exemples qui précèdent, il est possible de traduire la marche du monde végétal et de saisir la signification de l’espèce. Les organismes végétaux simples et primitifs ou ceux qui, demeurés extensibles, sont susceptibles de se modifier ont donné lieu au phénomène de la variation morphologique, et ee phénomène, s’exerçant à travers les âges, sous l'influence des changements de milieu, a produit toutes les nuances différentielles que l’hérédité et l’adaptation sont venues fixer chez les individus. L'espèce n’est donc qu’une résultante soit passagère, soit définitive, ou encore elle est une résultante « actuelle » de tous ces mouvemements combinés. L'espèce par elle-même

A, La Flore des tufs quaternaires en Provence, par le comte G. de Saporta, p. 15, fig. T(extr. des Comptes rendus de la 33° session du Congrès scientif. de France, Aix, 1867).

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