AGENTS EXTÉRIEURS DES VARIATIONS PHYTOLOGIQUES
et les oscillations du climat avec l’une et l’autre; enfin l’abaissement tardif et général de la température est venu à un moment donné s'ajouter, comme une cause active et permanente, siégeant aux pôles, pour se propager dans la direction de l'équateur. Du reste, la même impulsion, qui provoque les variations morphologiques, entraîne aussi le cantonnement des plantes plus ou moins modifiées, après avoir favorisé soit leur extension, soit leur migration. Les circonstances auxquelles leur mutabilité était due sont justement celles au moyen desquelles se réalise la fixité au moins relative de leurs caractères. Tous ces phénomènes sont donc à la fois cause et effet, vis-à-vis les uns des autres, et les résultats, héréditairement consolidés, relèvent du même principe d’où l’ébranlement était provenu.
La connexion et la disjonction des étendues continentales, en un mot tout ce qui tient à la configuration du sol émergé, n’a cessé de varier dès l’origine, mais toujours après des intervalles plus ou moins prolongés de stabilité et de repos. C’est là, on en conviendra, une cause efficace d'extension géographique et partant de variabilité, d’une part, de cantonnement et par suite de fixité des formes végétales, d'autre part. Dans un des cas, cellesci voyaient l’espace s’élargir devant elles, disposé à les recevoir et les entraînant vers des stations nouvelles. Dans l’autre cas, les limites opposées soit par des mers, pour les îles, soit par des montagnes, des déserts et d’autres obstacles matériels, au milieu des continents, en parquant les formes végétales dans un périmètre déterminé et les soumettant à des conditions uniformes de sol et de climat, ont dû produire l’affermissement héréditaire des caractères acquis en commun. Tant que l’état géographique n’a pas changé et que le climat n’a pas été modifié sensiblement, les plantes adaptées à cet état et soumises à ce climat n’ont pas changé non plus, et lorsque, comme il arrive dans des régions insulaires, les plantes se sont trouvées confinées à l'écart, protégées contre la concurrence et l'invasion d'espèces plus robustes venant d’ailleurs, la même association a pu persister sans autres variations appréciables que celles qui relèvent d’une cause tout à fait générale, comme peuvent être l’abaissement de la température du globe ou l'établissement de courants marins et atmosphériques auparavant inconnus.
L'orographie venant à varier, toutes choses égales d’ailleurs,
suffit à elle seule pour entraîner des changements soit dans le mode d'association, soit dans la morphologie des espèces. Non seulement, les masses montagneuses constituent ce qu’on a nommé des centres de création, et qu’il serait plus juste de désigner du terme de « centres de cantonnement »; mais elles offrent encore un lieu de refuge pour toutes les plantes sorties de la région inférieure et gravissant les pentes pour s’y adapter à de nouvelles conditions d’existence, pour toutes les plantes aussi arrivées du nord ou s’avançant de proche en proche et passant d’une chaîne à l’autre. Les plantes ainsi émigrées rencontreront même sous un ciel austral un climat pareil à celui de leur pays d’origine, à la faveur de l’altitude.
De semblables effets sont de tous les temps et de tous les pays. Partout où des régions montagneuses se sont établies, soit qu’elles aient surgi plus ou moins rapidement, soit que leur relief se soit accentué peu à peu, soit que, d’abord isolées, elles aient été mises en communication avec d’autres chaînes, ou qu’enfin leur direction nord-sud les ait constituées comme autant de ponts naturels mettant en relation des pays situés sous des latitudes très diverses, elles ont constamment donné asile à des plantes associées, soumises à des conditions d’existence assez particulières et assez uniformes pour revêtir à la longue des caractères contrastant avec ceux qui distinguent les plantes même congénères des plaines inférieures. Etendons à toute une contrée, à toute une réunion de vallées et de versants, de plaines et de hauteurs, cet ensemble de conditions de température moyenne et d'ordonnance des saisons qui constituent le climat d’un périmètre géographique quelconque et nous obtiendrons l’exacte définition de ce qu’en botanique on nomme une aire d'habitation, soit qu’on entende par ce terme l’espace occupé par un seul type, ou bien que l’on s'attache de préférence à l'emplacement réservé à une collection d’espèces combinées dans un ordre déterminé. Il se trouve alors que cette collection, à moins qu’il ne s’agisse d’un pêle-mêle trivial, se montre d’autant plus compacte et nettement définie que l’on se tient plus au centre de l’espace régional où elle s’est originairement constituée, tandis qu’elle devient diffuse et variable vers les frontières de ce périmètre, par suite de la pénétration réciproque, à peu près inévitable, d’autres associations juxtaposées de même nature.