‹ L'évolution du règne végétal: Les phanérogamesChapitre 88 sur 162 · PARTICULARITÉS RELATIVES A L'EXTENSION DES DICOTYLÉES · texte numérisé non relu

PARTICULARITÉS RELATIVES A L'EXTENSION DES DICOTYLÉES

sensible aux environs du pôle, tels seraient en résumé les caractères principaux qui expliquent pour nous les débuts et constituent la raison d'être de cette évolution, la plus considérable dont le règne végétal ait jamais donné l'exemple. Si nos présomptions sont vraies, à l’extension continentale qui inaugura la période infracrétacée, extension à laquelle rien de ce qui avait eu lieu jusque-là ne saurait être comparé, seraient venues se joindre la présence et l'influence de puissantes régions montagneuses dont le rôle important ne saurait être contesté, que l’on considère l’Amérique lors du Dakota-group, ou que l’on se transporte en Europe sur le pourtour du golfe néocomien de Paris, en Saxe ou en Bohême. L’abaissement de température, accusé pour la première fois dans la zone circumpolaire et se propageant de là vers le Sud, ajouterait un trait de plus à cette accumulation de circonstances, et la cause impulsive du phénomène égalerait en énergie les effets qu’elle aurait produits.

A lui seul, le refroidissement polaire devenu définitif et ne cessant dès lors de faire des progrès, à dater de cette ère inaugurale, constitue un fait capital d’où relèvent tous les changements généraux éprouvés par la végétation de la zone tempérée actuelle dans les âges qui suivirent. L'apparition des Dicotylées, de même que leur extension subite, ont été dues à un concours de circonstances combinées avec les premiers effets sensibles de ce même abaissement.

Le refroidissement polaire ne doit pas être considéré seulement en lui-même, mais dans les conséquences qu'il a nécessairement entrainées. Ses effets n’ont pas été restreints à la partie du globe qui en fut le théâtre immédiat; ils se sont étendus de proche en proche; bien plus, ils se sont fait sentir au loin; enfin, ils se sont combinés avec ceux qui résultent naturellement de la répartition géographique du sol et de son relief, pour en accentuer la portée.

Sous l'influence du refroidissement polaire et des progrès de ce refroidissement, il s’est créé des courants atmosphériques et marins, auparavant inconnus ou trop faibles pour avoir une action bien marquée, mais qui sont devenus plus tard les agents les plus actifs des particularités de climat propres à chaque région du globe. Les différences entre les îles et les continents, entre les plateaux et les plaines inférieures, entre

les pays soumis à des vents secs ou chargés d'humidité, entre les massifs alpins et les vallées abritées ou les plages océaniques, sont allées ainsi en s’accentuant toujours davantage et cette considération suffit à elle seule, si l’on observe à combien de reprises la disposition relative des terres et des mers a changé à la surface du globe et spécialement en Europe. Les modifications de la flore sont en raison directe de ces changements géodésiques et orographiques; elles en sont la conséquence forcée, de même que l’abaissement de la température, les variations du climat et les mouvements oscillatoires du sol expliquent l’élimination et l'introduction corrélatives d’une foule d’espèces destinées à périr ou à s'étendre, dès que les conditions régulatrices de leur existence cessent de se maintenir.

* Il nous serait impossible d’insister à la fois sur tous ces phénomènes, de les définir un à un et de donner des exemples de nature à les faire ressortir. Ce serait se perdre dans un labyrinthe de détails sans fin, presque toujours étroitement enchainés, puisque les faits dont nous parlerions sortiraient d’un enchevêtrement de causes principales ou secondaires, réagissant l'une sur l’autre et dont la flore de chaque temps et de chaque pays n’est, en résumé, qu’une dernière résultante.

Mais, avant de terminer le chapitre et l’ouvrage lui-même, nous voulons insister en quelques mots sur le phénomène des émigrations d’espèces et de types venus des alentours du pôle et se déplaçant du nord au sud pour pénétrer sur divers points de la zone tempérée boréale. Ces immigrations, réalisées à plusieurs reprises et le plus souvent dans plusieurs directions simultanées et rayonnantes, dépendent en principe du refroidissement des régions circumpolaires, graduellement accentué à travers les siècles et les périodes. Ge refroidissement, on le conçoit sans peine, ouvrait à une foule de plantes, préalablement adaptées au climat de leur berceau d’origine, l’accès des régions atténantes plus méridionales, atteintes, elles aussi, par les suites de l’abaissement calorique et présentant dès lors des conditions de climat sensiblement pareilles à celles dont la zone arctique se trouvait de jour en jour destituée.

Les faits qui se rapportent à ce rayonnement des espèces polaires sont aussi évidents que multipliés. Ils ressortent surtout des travaux importants de M. Heer sur la flore arctique, décrite

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