‹ L'évolution du règne végétal: Les phanérogamesChapitre 90 sur 162 · HYPOTHÈSE DE LA STRUCTURE TÉTRAÉDRIQUE DU GLOBE · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSE DE LA STRUCTURE TÉTRAÉDRIQUE DU GLOBE

lutive des végétaux, s’accordent merveilleusement avec l’hypothèse de la structure tétraédrique du globe terrestre, due à M. Lowthian Green et exposée dernièrement par M. A de Lapparent !, qui a eu soin d’en faire ressortir la vraisemblance au point de vue des coïncidences géographiques.

D’après ce système, le sphéroïde terrestre ou plutôt l’écorce solide de ce sphéroïde, en se contractant et par un effet de cette contraction, aurait pris naturellement une forme tétraédrique ; une des pointes de ce tétraèdre aboutirait au pôle antarctique, tandis que l’une de ses faces coïnciderait avec le pôle arctique. Les trois autres pointes du tétraèdre répondraient à la saillie principale des trois continents septentrionaux et les trois autres faces aux dépressions occupées par les océans Pacifique, Atlantique et Indien, qui, s’élargissant vers le sud, entourent d'une mer sans limites la protubérance continentale qui se fait jour au pôle antarctique. Le pôle arctique au contraire est le centre, et l’a probablement toujours été, d’une dépression maritime. Que le système tétraédrique soit réel ou seulement hypothétique, il est certain cependant que les choses se sont passées autrefois comme s’il était l'expression de la vérité. Lorsque le refroidissement polaire se manifeste pour la première fois à des signes non équivoques, vers la fin de la période infracrétacée, il existait sûrement une mer arctique et cette mer était parsemée de grandes terres, ayant des attenances avec les régions plus méridionales et se trouvant conformées de manière à leur envoyer des espèces, soit directement et de proche en proche, soit par l'intermédiaire de chaînes de montagnes partant de l’extrême nord pour s’avancer plus ou moins vers le sud.

Le phénomène une fois inauguré ne s’est plus arrêté. Il a dû croître en intensité, en raison des progrès du froid; mais il a dû surtout se renouveler en donnant lieu à des émissions successives de types émigrés du pôle. Les plus anciens exemples de migrations de types originairement polaires, venus plus tard en Europe, concernent les Sequoia (S. Reichenbachi Gein., ambiqua Hr., rigida Hr., gracilis Hr.), les Cyparissidium (C. gracile Ur.) et les Abies (P. Eirikiana Hr.). On retrouve les deux premiers types dans la craie supérieure d'Europe; le dernier a dû

1. Traité de Géologie, précité, p. 1243 et suiv.; — Système tétraédrique.

se propager par l'intermédiaire des chaînes de montagnes. On ne le découvre pas en Europe avant le pliocène inférieur. Ces trois types se montrent dans la craie urgonienne de l'étage de Kome, au Groënland.

Dans la craie supérieure, probablement cénomanienne, d’Atané (Groënland), on observe plusieurs types des plus saillants qui depuis ont certainement cheminé vers le sud. L'un est celui du Cycas revoluta Thb., représenté de nos jours au Japon et plus loin dans les îles de l’Asie tropicale. L'autre est le type des peupliers « coriaces » (P. Bergreni Hr., P. hyperborea Hr., P. Stygia Hr.) qui joue un rôle considérable dans l'Europe miocène, surtout à OEningen (P.mutabilis Hr.) et qui, maintenant encore, se maintient en Algérie, en Syrie, en Mésopotamie et en Soongarie. Un troisième type, celui du platane (P. Heerii Lesq., P. affinis Lesq.) était dès lors commun à l'Amérique du Dakotagroup et au Groënland. On ne le rencontre en Europe que beaucoup plus tard, d’abord à Ménat en Auvergne, où il existait une forme curieuse et certainement éteinte de platane, puis dans tout le miocène supérieur que caractérise le Platanus aceroides espèce certainement venue du nord et homologue du platane américain actuel. Le Platanus Heerii crétacé est lui-même un prototype de celui-ci.

Enfin, un quatrième type venu des alentours du pôle et commun dès le temps de la craie cénomanienne au Groënland et à l'Amérique du Nord, c’est celui du tulipier (Ziriodendron Meckii Hr.); à ce dernier succède plus tard le Z. islandicum Hr., qui précède de peu l’arrivée en Europe du Z. Procaccinii Ung., qui eut lieu au cours du miocène, mais dont l'extension date du miocène récent et du pliocène inférieur. Le tulipier du pliocène d'Europe est une espèce sœur de celle d'Amérique qui, plus favorisée que son homologue, habite encore les Etats-Unis. Telle est la marche très facile à saisir du type des Ziriodendron ; d’autres, comme les Glyptostrobus et Torreya, le Ginkgo, le Liquidambar, les hêtres et les châtaigniers, les noisetiers, les sassafras et les tilleuls, ont également leur berceau originaire dans l’extrême nord, d’où ces types sont venus ensuite, en divers temps, pour s’introduire soit en Europe, soit en Asie, soit en Amérique, représentés sur plusieurs points à la fois par des espèces homologues, dont les unes ont péri et dont les autres,

Page 1