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TYPES DIVERS ÉMIGRÉS DES ENVIRONS DU PÔLE

séparées par de grands espaces géographiques attestent encore la nature du phénomène qui a jadis présidé à leur distribution.

M. Nathorst rapporte à la même cause et non sans raison l'origine des Palmiers-Sabals, maintenant limités à la région des Antilles et au sud des Etats-Unis, mais que l’Europe a longtemps possédés. Il suppose que ce type, dont le rôle a été considérable dans les deux continents, à partir de l’éocène, a dù avoir son point de départ dans un prolongement sud du continent arctique dont le Groënland tertiaire faisait partie et que ce prolongement s’étendait jusqu’à la hauteur de l'Irlande, c’est-àdire sous une latitude assez méridionale pour admettre des Palmiers et en faciliter l'immigration en Amérique dans la direction de l’ouest, en Europe dans celle de l’est. Ce qui est certain c'est que le type des Sabals se montre en Amérique dans le Lignitic et, en Europe, dans les grès du Soissonnais, du Mans et de l’Anjou, sur un point géographique en relation avec la marche du type Sabal, en admettant qu’il ait dû pénétrer sur notre continent par l’ouest et le nord-ouest. Au contraire dans le midi de la France, ce n’est que plus tard, à partir de l’oligocène et tout au plus à la fin de l’éocène que les premières traces des Sabals ont pu être constatées. Le Sabal major Ung., est extrêmement rare dans les Gypses d'Aix où cependant un échantillon incontestable de cette espèce a été dernièrement recueilli.

Après avoir considéré le type, qui représente la réunion collective des formes détachées successivement d’une tige commune, il faut s'attacher à l’espèce, ou soit à la race particulière qui, elle aussi, a été localisée avant de revêtir certains caractères et dont on peut également suivre les migrations par voie de rayonnement, à partir de l’extrème nord. Les progrès du refroidissement n’ont pu qu’activer la marche vers le sud des types d’abord, puis des formes polaires dérivées de ces types.

A l’époque où l’on suppose que se fit l'introduction en Europe des premiers Sabals, dans le paléocène, les flores de Sézanne et de Gelinden attestent, par un nombre relativement considérable de formes communes, les attenances de l’Europe, alors très étendue en surface, avec la région arctique. Le gisement de Patoot, dans le Groënland du nord-ouest, rangé par M. Heerdans la eraie récente, lié à celui d’Atané, qui est certainement

crétacé, par un grand nombre d'espèces semblables, comprend des chênes, des laurinées, des viornes, trop voisins de ceux des localités européennes mentionnées plus haut, pour ne pas être l'indice d’un courant de migration qui aurait entraîné ces formes crétacées arctiques, en favorisant leur passage dans des contrées plus méridionales que leur pays d’origine, vers le début de la période qui succéda immédiatement à la craie. C’est ainsi qu'à Patoot on observe les Quercus Marioni, Johnstrupi, Langeana, denticulata de Heer, qui répondent trait pour trait aux Quercus palæodrys, parceserrata, diplodon et odontophylla Sap., et Mar., de la flore de Gelinden. Ce sont probablement les premiers chènes des sections Cerris et Lepidobalanus qui se soient montrés, et ces chênes auraient d’abord habité l’extrème nord pour se répandre ensuite dans les bois montagneux de l'Europe paléocène, bien avant d'occuper dans la végétation de notre contrée la place, considérable, qui leur a été plus tard dévolue. Le Cinnamomum sezannense Wat. est à Patoot, comme à Sézanne et à Gelinden; les Viburnum multinerve Hr., et aftenuatum Hr., s’écartent évidemment très peu des Viburnum giganteum Sap., et vitifolium Sap. et Mar. des localités européennes. Il y a là trop d'indices d’une liaison matérielle des deux régions pour ne pas attirer l’attention, et lorsque, de nos jours, des formes homologues de celles que nous venons de signaler s’observent justement en Amérique ou au Japon, comment ne pas admettre que cette présence est un effet de ce rayonnement des espèces polaires à travers la zone boréale tout entière, de cette pénétration de formes similaires marchant à la recherche de nouvelles stations, à mesure que la température s’abaisse et les sollicite à suivre cette voie.

Ce mouvement a été certainement retardé en Europe par les événements qui suivirent le paléocène. Notre continent fut de nouveau fractionné; la mer nummulitique le découpa obliquement, s'étendant de l’ouest à l’est, allant de la vallée du Rhône à celle du Danube et de là en Crimée. La persistance pendant tout l’éocène d’un climat chaud et relativement sec, ainsi que la prédominance des formes d'affinité africaine et austro-indienne ne furent pas de nature à favoriser l'extension des genres polaires ; du moins les formes ayant cette provenance durent se cantonner dans le nord du continent ou être confinées sur le

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