‹ L'évolution du socialismeChapitre 40 sur 78 · Petite République du 2.j mars · texte numérisé non relu

Petite République du 2.j mars

2. Ces idées de M. Bernstein ont été excommuniées par M. Bebel au dernier congrès des social-démocrates allemands, à Hanovre. Mais, intransigeant en théorie, révolutionnaire en paroles, M. Bebel, dans une résolution acclamée par le parti, et à laquelle s'est rallié M. Bernstein lui-même, a fait des concessions considérables à l'opportunisme. M. Bernstein n'a pas été exclu du parti. On lui a seulement reproché, comme une énormité, de reprendre les hérésies de l'économie politique bourgeoise. Au Congrès de Hanovre, il avait contre lui la majorité, mais il avait pour lui l'élite dirigeante, Auer, Vollmar, David.

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sans pouvoir les satisfaire. Les classes populaires exigent toujours de plus grands sacrifices de la communauté, et la communauté ne sera en état de les consentir que dans la mesure où l'appareil technique de l'industrie deviendra plus productif, s'accroîtra infiniment. Or, les conditions générales de l'industrie ne changent point ; les facteurs essentiels restent les mêmes, nous n'en connaissons point d'autres que le capital, l'intelligence et: le travail. Ils sont unis d'une façon indissoluble. Il s'agit seulement de les développer, de trouver entre eux sinon l'accord, du moins le meilleur modus Vivendi.

Les socialistes qui appartiennent à l'école de M. Millerand, résolvent la question du capital privé par l'expropriation et la confiscation. Ils oublient seulement ou affectent d'oublier que le capital mobilier est moins aisé à confisquer que ne l'étaient, au siècle dernier, les terres seigneuriales et les biens de mainmorte. Nous pourrions citer de mémorables exemples. A la mort d'un des présidents de notre République, vieux républicain s'il en fût, le public apprit avec étonnement par les gazettes, presque avec scandale, que le gouvernement qu'il dirigeait lui offrait si peu de sécurité qu'une notable partie de sa fortune s'était réfugiée en Angleterre. Même constatation fut faite pour un très grand poète, l'aède de la démocratie. Lors du ministère de M. Léon Bourgeois, quand M. D ou mer déposa sur le bureau de la Chambre ce malencontreux projet d'impôt inquisitorial sur le revenu, blâmé par les socialistes

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réfléchis*, ce n'est un secret pour personne que (le nombreux capitaux français commencèrent un véritable exode au delà des frontières; nombre d'entreprises furent suspendues, ajournées. Et il serait injuste d'en faire un reproche aux capitalistes ; Marx lui-même ne les rend point responsables des inquiétudes et des appétits du capital, qui a un caractère indépendant de ses détenteurs ^ Parla on voit à quel point se justifie le mot d'ordre de M. Millerand à tout son parti : Avoir peur de faire peur... si on l'applique au capital. Dans notre pays, les ressources mobilières, toujours économisées et accrues, n'ont que trop de tendance à se diriger vers une destination tout autre que celle des entreprises industrielles, commerciales, agricoles. L'instabilité politique en France, l'insécurité qui s'y joint (et non le cléricalisme), est une des causes du ralentissement des entreprises, en comparaison de l'Allemagne, de l'Angleterre et des États-Unis.

L'abondance et la confiance des capitaux sont la première des conditions auxquelles se fonde la grande industrie. L'intelligence dans la direction n'est pas moins essentielle. Les classes ouvrières ne s'en rendent pas assez compte. Il ne s'agit pas ici de la direction technique : ingénieurs, chimistes, mécaniciens, etc., mais de la direction gé-

1. Le Devenir social con9,idéva[i que, ce projet, atteignant les entrepreneurs de culture, rendrait la République i:)ro fondement impopulaire.

2. Le Capital, préface de la première édition française, p. 11. . "

nérale, non moins essentielle. L'esprit démocratique fait peu de cas de la valeur des individus ; il oublie que, selon le mot de Gœthe, « c'est une tête qui fait mouvoir des milliers de bras ». 11 oublie l'importance personnelle de ces conducteurs d'hommes et d'entreprises, fondateurs de cités industrielles, grands capitaines de l'industrie. Existerait-il un Creusot sans un Eugène Schneider? un Pittsburg*sans un Carnegie? Tous les socialistes reconnaissent que les salaires croissent en proportion de la grandeur des industries ; que, par suite, l'ouvrier américain est, à ce point de vue, de beaucoup le mieux partagé. Or, il n'existe pas de pays où les affaires soient conduites d'une façon plus autocratique, plus monarchique, et cela avec des unions ouvrières étroitement organisées. Un Carnegie, qui occupe le premier rang dans le monde pour la fabrication de l'acier Ressemer et des rails d'acier, un Rockfeller, ce roi du pétrole, doivent leur succès à la quantité de capitaux dont ils disposent, à la situation particulièrement avantageuse de leurs usines et de leurs mines, et pardessus tout aux dons remarquables de leur intelligence et à leur étonnante activité '. Ces hommes conduisent leurs entreprises gigantesques comme s'il s'agissait d'une petite industrie, d'un petit commerce. La tendance française va bien plus vers la complication : l'unité, l'indépendance de direction souiïre de tout l'enchevêtrement d'un appareil bureaucratique, de l'humeur tatillonne des conseils

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