MOLLUSQUES
pied et le manteau se trouvent les organes respiratoires, branchies ou poumon, br.
Chez les latnellibraticbes, comme l'huître, la moule, etc.,. et les espèces acéphales, le système nerveux (fig. 105) se compose de trois paires de ganglions : ganglions cérébraux, ganglions sous-œsopbagiens ou pédieux et gan-glions viscéraux ou branchiaux.
Les ganglions sus-œsophagiens ou cérébraux, a, sont plus ou moins écartés et quelquefois rejetés sur les côtés de Tœsophage ; ils sont réunis entre eux par une commissure plus ou moins longue, suivant Técartement des ganglions, et quelquefois très longue et filiforme, comme dans Tanodonte, B, et les peignes, C. Qyelquefois au contraire ils sont soudés en un seul, commedansles Teredo,A. Les ganglions cérébraux sont rattachés aux ganglions sous-œsophagiens par des commissures dont la longueur est en général en raison inverse de celle de la commissure inter-cérébrale et aux ganglions viscéraux par un nerf très long, nerf circumpalléal, qui suit le bord du manteau. Les ganglions cérébraux, peu développés chez les lamellibranches, fournissent des filets à la bouche et au manteau, et ce faible volume est en rapport avec Tabsence de tête distincte et d'organes sensitifs céphaliques chez cqs animaux.
Les ganglions soiis-œsophagiens ou pédieux. fc, sont habituellement unis entre eux ; leur développement est ordinairement en rapport avec celui du pied auquel ''^ fournissent ; ils peuvent même manquer chez quelques espèces, comme l'huître, chez lesquelles le pied manque.
hts ganglions viscéraux ow branchiaux, c, sont accolés, souvent réunis ensemble, et leur volume est habituelle-
ment plus considérable que celui des deux autres paires. Ils fournissent aux branchies, au manteau, aux siphons, quand ils existent, et au muscle occluseur postérieur de la cor lille. On a considéré à tort ces ganglions viscéraux comme appartenant au système sympathique.
Ces ganglions sont représentés avec leurs rapports dans la figure 106 qui donne le système nerveux de Tanodonte.
S'il est facile de trouver dans les ganglions cérébraux et pédieux des lamellibranches les homologues des ganglions cérébraux et sous-œsophagiens des vers et des autres invertébrés que nous avons déjà étudiés, il est beaucoup plus difficile d'établir Thomologie des ganglions viscéraux. On pourrait penser à en faire les représentants du ou des derniers ganglions de la chaîne nerveuse des vers; mais un fait anatomique s'oppose à cette hypothèse : c'est l'absence complète de toute connexion entre les ganglions pédieux et les ganglions viscéraux. On est donc amené à cette conclusion que les ganglions viscéraux sont des formations surajoutées, additionnelles, sans équivalent chez le reste des invertébrés. Dans ces conditions, le système nerveux des lamellibranches se distinguerait de celui des autres invertébrés par deux caractères principaux: l'absence de chaîne ganglionnaire, ventrale et la présence d'un centre nouveau constitué par les ganglions viscéraux. Le chiton, chez lequel on retrouve encore la première paire de ganglions thoraciques et un reste de chaîne ganglionnaire coïncidant avec l'absence de ganglions viscéraux représenterait la forme de transition.
A mesure que dans une famille une région du corps
Fie. 106. — Système nerveux de Vanodonte *.
* ^«^t g»ngUons cérébraux ; ^^, ganglions pédieux; ^v, ganglion» viscéraux; cicp^ connectifs cérébro>pédieux ; cnv^ connectifs cérébro-viscéraux ; nf, nerf labiiJ ; «s, nerf ascendant du muscle adducteur supérieur; np, nerf palléal supérieur; nh^ nerf branchial; nv, nerf viscéral; nm, nerf palléal inférieur; nii, nerf circumpalléal; K». bouche; tus^ muscle adducteur supérieur; M, manteau; P, pied; K, masse viscérale; hri^ branchie interne; bre^ branchie externe; bj^ organe de Bojanus; mi, musck adducteur inférieur; an^ anus (Girod, Manipuiatiom de Zoologie),
I40 ANIMAUX A SYSTEME «EKTEUX
se développe, qu'un nouvel organe s'ajoute aux anciens (siphons, muscles, organe du byssus, etc.) ou qu'un organe ancien disparait, comme le pied par exemple, on voit se former ou disparaître des centres nerveux correspondants qui donnent au système nerveux de ces ani-
Pio. 107. — AnatomU de paludint vivipare *,
maux une complexité de plus en plus grande et Técartcnt plus ou moins de sa forme typique primitive ; mais cette forme typique se retrouve toujours avec un peu d'attention et, même chez les espèces asymétriques, on peut toujours ramener le système nerveux au type symétrique fondamental.
Je n'ai pas l'intention de suivre, dans l'infinie variété des détails, les dispositions que présente, à mesure
* «, vtntricult; ^, ortilltttt; r, artère céphaliqut; «, artère hépatique;/ /, >/ •<nut veineux;/, artère branchiale; v, veine branchiale; s« ganglions sus-atsopbagiaa ; ^ g^gtiotu Mut'osopbagiems : A, bulbe pharyngien; B, branchies; G, cesophage; D, replis de l'Intestin; E, estomac; F, foie; G, appareil génital; V, rein; R, oreille (Leydlg).
Fio. to8. — Système nerveux de l'escargoi *.
* On y voit le coUier osophagien avec le% nerfs qui en partent, t, nerfs allant >ux ganglions sympathiques : 3, nerfs des tenUcules antérieurs, tp, ou nerfs olfac- ^^'; 3t nerfs labiaux; 4, nerfs optiques allant à rail, oc; 5, nerf du pénis;/, p^ nerfs pédieux; «, c, â^ *, nerfs palléaux; *, nerf viscéral; f^ nerf aortique; «rf, Mtomac; ov, oviduetc; «$, vésicule séminale; «o, aorte. (Girod, AfMi>ii/«/itfm
Fi6. 109. — Sjntèmê uetveux de la sêicbe *.
* f, cerveau; 2, ganglions optiques; 3, ganglion sus-pharyngien; 4, g^i^S''^ sous-pharyngien , 5, ganglions étoiles ; 6, nerfs des bras ; 7; nerfs du manteau; tronc commun des nerfs viscéraux; 9-10, anse anastomotiquc ; f 1, nerfs dts ^* chiet ; O, oesophage; C, cartilage céphalique.
MOLLUSaUES 145
qu'on s'élève dans la série, le système nerveux des mollusques. Au fur et à mesure que leur organisation se perfectionne, on voit de nouveaux centres ganglionnaires apparaître, les ganglions primordiaux se rapprocher, les commissures qui les unissent se raccourcir, les ganglions cérébraux augmenter de volume. Cette concentration ganglionnaire, qui est le trait distinctif de l'évolution du système nerveux des mollusques, se montre déjà chez les prosobranches (fig. 107) , elle s'accentue de plus en plus chez les opisthobranches et chez les pulmonés (fig. 108) et atteint son plus haut degré de développement chez les céphalopodes. Les figures 107, 108 et 109 permettront de suivre facilement la disposition du système nerveux de ces animaux. Les figures no à 1 14 représentent les formes et le développement graduel du cerveau chez les Mollusques supérieurs. On voit peu a peu les ganglions cérébraux augmenter de volume et se diviser en plusieurs masses plus ou moins distinctes (fig. 1 10 et m) comme chez l'escargot. Il en est de même pour la masse sous-œsophagienne constituée par la réunion des ganglions pédieux et viscéraux. Puis le connectif qui réunissait la masse sus-œsophagienne ou cérébrale au groupe sousœsophagien se raccourcit, comme on le voit, chez le Zonites algirii$(J\g^ 1 12 et 1 13). Enfin, chez les céphalopodes, la concentration des centres nerveux atteint son maximum. Chez ces animaux, en effet, les trois groupes ganglionnaires fondamentaux se fusionnent plus ou moins complètement en une masse traversée par l'œsophage et contenue, comme le cerveau des poissons, dans un cartilage, cartilage céphalique (fig. 114 et X15). La
partie sus-œsophagienne, qui représente le cerveau proprement dit, est constituée par une masse médiane
Fie. no. — Gansions nerveux it racsrgotf vus dt face *.
Fio. III. — CaitgUom nerveux de l'escarfolf vus de profil •*.
saillante et par trois lobes latéraux pairs, et possède une structure aussi compliquée que celle du cerveau des Insectes supérieurs. Il présente deux ganglions sensoriels situés en dehors du cartilage céphalique, un ganglion
* fc^ ganglions cérébraux ; ca^ commissure qui les réunit ; gp^ ganglions pédieux; gv^ ganglioas viscéraux; cnp, connectif cérébro-pédieux; cffv, connectif cérébro-vis* céral; na^ nerf auditif ; ^, nerfs pédieux; i, 2, 3, 4, nerfs naissant des ganglions cérébraux ; p, nerfs pédieux ; a, f , d, nerfs pailéaux ; b, nerf viscéral ; ot^ otocyste; iio, aorte (Girod, Manipulations de Zoologie).
** cts^ œsophage. Les autres renvois ont la même signification qu'à la figure 110 (Girod, Manipulations de Zoologiej,
MOLLUSQ.UES
optique très volumineux et un ganglion olfactif, très petit, logé dans une dépression de la paroi interne du
Fio. lia. — Gangtions eiréhraux du Zonitet Fie. 113. — Ganglions scus-eaO' aJfirus *. pbsgûtn du Zonites algirtu **.
précédent. La partie sous-œsophagienne (fîg. 1 1 5) comprend trois ganglions pairs, un ganglion brachial qui fournit les nerfs des bras, le ganglion pédieuxqui donne les nerfs de Tentonnoir et le nerf acoustique, et le gan- I glion viscéral d'où partent les nerfs du manteau et les I nerfs viscéraux. Cette partie œsophagienne ne peut donc
* I, nerf tentaculaire ; a, nerf optique; 5, nerf acoustique ; 4, nerf frontal; 5, nerf UWai supérieur; 6, nerf du petit tentacule ; 7, nerf labial inférieur: 8, filet qui va au ganglion stomato>g^strique ; 9. nerf pénial impair; 10, nerf qui se détache du cordon latéral postérieur; 1 1, anastomose de ce nerf avec le nerf stomato-gastrique.
** P% ganglions pédieux; a, cordon latéral antérieur; b, cordon latéral postérieur; 't ganglion auquel aboutit ce cordon latéral de chaque côté : d, ganglion droit d'où part un nerf, «, destiné au pneumostome; m, ganglion médian d'où sortent trois nerfs : l'un, o, qui se rend au coté externe de l'orifice respiratoire; lautre, q^ sur l'oviducte ; le troisième, b, dans le pied avec une branche de l'artère céphalique ; /-, ganglion gauche d'où part un nerf, t^ qui se rend aux téguments de ce côté.
BcAums, L'Évolution du système nerveux.
être comparée d'une façon absolue à la moelle allongée
des vertébrés. Du reste, il est encore plus difficile, pour
* cf, cartilage céphaliqu« ; gc^ ganglion cérébral; fr, nerf optique; go^ ganglion optique; Ot, oeil; c^ nerf patpébral; co, cartilage oculaire: a, nerfs labiaux ; gs^ glandes saltvaires; d, nerf olfactif ; aci^ oesophage (Girod, Manipulations de ZoologUj,
** gp, ganglion pédieux; gv, ganglion viscéral; p, nerfs pédieux; or^ aorte (Glrod, .M*»ipuialions de ZoologieJ,
MOLLUSQ.UES
les mollusques que pour les insectes, d'établir les homologies du cerveau avec celui des vertébrés.
Fto. 1 16. — G Mitions sjmpMibiqut% sui-asopbagttms de Pescargat *.
Fie. 117. — Csnglion sympathique au poulpe •♦.
est
Fie. 118. — GangHom stomacal du poulpe ••♦.
Le système nerveux viscéral ou sympathique, dont les figures i i6à 1 18 représentent les dispositions chez l'es-
* ggj ganglions sympathiques; i,t, nerfs allant des ganglions cf'rébraux aux g^anglions sympathiques; ats^ asophage (Girod, Mauipulatious de Zoologie).
** /, ganglion sympathique ; «, conneclifs le rattachant au cerveau (coupés) ; gs^ glandes salivaires ; bb, bulbe d'où sort l'œsophage \Girod, Manipulations de Zoologie),
*** gy ganglion stomacal situé entre I estomac, fs/, et le caecum spiral, sp^ c^, canal biliaire {Gïrodj Manipulations de Zoologie).
54^ A!Ki»AUX A STSTEltE y^m^TT^TlL
cxrz'A «C le ço'^pc, a niDcîss iTriâ^penâimDc zbfz les
în*>!>usq'jcs qje chez ks r^secies e: jl âfs i^iiaiircs phcts -éirrxiesarec ks g:in2^:'ns cérehrziii-
Fii- 1 19. — Ga' d'tt£Îisx
F&. xsD — Sl à mciK ii^ »■■ "".
La sensibilité tarile se réni^nilise sur îDsie In sarfaoe nu corps ; iruiis tilie est speciitiemtni ircalisecsar certains OTErHTies particulier, appendices on expanskms de U peau, lemacuîes, bras, bords du Tnarneau, cic-
Les !r-r:ane5 de la visior. Tr.arîcueTît ct)^ les 3cê-
* x. xrosillir.: »i. •nerf cz>iuuk r^i -mtai-T < .
"*• xx>.2«rtaa3T onraiire . «rr. nuisœ» f^zu^irr^: t., sac ■c m i UmciiCT^ ; i, iiCJtt Tir: xnorcjE t. -r-tnw . ^ ion» cii*a:'* ..x-ssull» , C V,xag» vi55«;
MOLLUSUUES 149.
phales et sont rudimentaires, quand ils existent, chez les ptéropodes, animaux nocturnes. Les yeux sont presque toujours au nombre de deux et situés dans la région céphalique; cependant, dans ra//^/i//> (à l'exception de Voncidie celtique), on trouve, outre les yeux céphaliques, des yeux sur la région dorsale du manteau.
FiG. 121. — Trois coupes diagrammatiqua à'yeux it motliaqut» *.
Déjà bien développé chez les hétéropodes, l'œil atteint son plus haut degré d'organisation chez les gastéropodes(fîg- 1 19) et surtout chez les céphalopodes (fig. 120)
* A. Tjrpi le plus simple^ œii de nautile. — II a U forme d'une vésicule communiquant avec Textérieur; Ira, tégument externe; R, rétine; H.op, nerf optique.
B. Type intermédiaire. Œil de /fattèropode. — L'ail est une vésicule dose. Aux parties précédentes s'ajoute un cristallin, /.
G. Type perfectionné. Œil de céphalopode dibrancbial. — On y trouve toutes les parties, constituantes d'un ail parfait. Pa/, paupière : Co« cornée ; Co.e^, épithéliumdu corps ciliure ; Ir, iris ; \nt^ \nt* Int*, différentes parties du tégument ; /, cristallin ; /', segment externe du cristallin ; R, rétine; N.op, nerf optique; Cop^ ganglion op> tique; x, couche interne de la rétine (bâtonnets); N.S, couche nerveuse de la rétine (Grenacher). Il est à remarquer que dans ces yeux, à l'inverse de ce qui existe chez les vertébrés, la couche de fibres nerveuses de la rétine se trouve en arrière de la couche des bâtonnets. Une exception intéressante se rencontre chez certains lamellibranches et chez quelques espèces d'oncbidium (genre de gastéropodes nus) chez lesquels les relations de la couche des bâtonnets et de la couche des fibres nerveuses sont les mêmes que chez les vertébrés.
chez lesquels l'organisation de Toeil est aussi parfaite que chez les vertébrés, dont il se distingue d'ailleurs par des caractères importants et, en particulier, par la situation de la rétine. La figure 121 représente schématiquement les trois types principaux d'œil de mollusques en alhnt du plus simple, celui du nautile. A, au plus complexe, celui des céphalopodes dibranchiaux, C. Quelques-uns de ces animaux, comme la seiche officinale, par exemple, ont même de véritables paupières. La vision est donc très perfectionnée chez les céphalopodes. Tapis dans leurs repaires, ils guettent les animaux dont ils se nourrissent et, dès qu'ils les ont aperçus, se précipitent sur eux et les saisissent avec leurs bras. Le volume énorme des yeux de ces animaux comparé au volume de la tête, l'expression remarquable et changeante de leur regard impriment à leur physionomie un caractère qu'on ne peut oublier quand on les a vus à l'état de liberté et surtout quand on a pu assister aux combats qu'ils se livrent entre eux ou qu'ils livrent aux animaux dont ils font leur proie.
Les organes de l'ouïe sont formés par des vésicules auditives ou otocystes. Ces otocystes sont en général au nombre de deux et situés près des ganglions pédieux(fig. 122); mais le nerfauditif qu'ils reçoivent vient en réalité du ganglion cérébral (m), et chez les hétéropodes ils sont même placés près de ce ganglion. Chez les céphalopodes, ils sont logés dans le cartilage céphalique (fîg. 123). Ces otocystes contiennent tantôt un seul otolithe arrondi (fig. 124,^^, comme dans la plupart des acéphales et des hétéropodes, tantôt plusieurs otolithes(fig. 123). Chez les céphalopodes on rencontre
MOLLUSQ.UES l^l
même des crêtes acoustiques avec des cellules sensorielles comme chez les vertébrés.
oi.
Fie. 123. - OtoejnU d* poulp4 **.
Fie. rai. — Otocyste d* la limace des thampt *.
La sensibilité olfactive, douteuse chez les acéphales, est incontestable chez les mollusques céphalophores, quoique les organes olfactifs ne soient pas encore parfaitement connus chez cts animaux. 11 semble que, du moins chez les gastéropodes terrestres, l'odorat doive être localisé dans les tentacules où Ton remarque, en effet, des éléments cellulaires comparables aux cellules
* 0/, otocyste reposant sur le ganglion pédteux ou sousKCSophagien ; im, nerf auditif venant des ganglions cérébraux, e (LacazeoDuthiers).
** et^ cartilage céphalique ; ot^ otocyste ; p^ otolithes (Girod, MamputaHom de ZoolotU)^
olfactives des vertébrés. Cependant des recherches plus récentes tendraient à placer des organes olfactifs au voisinage des branchies ou vers Torifice de l'appareil respiratoire (pnetiinostowe); ils seraient au nombre de deux et correspondraient à ce que les anatomistes ont décrit sous le nom d^orgaiies ciliés. Chez les céphalopodes les organes de Todorat seraient constitués par deux fossettes placées sur les côtés de la tête, derrière les yeux.
Fio. 134. — Organe auditif de fUmio *.
Fio. 125. — Oloeysiede OaMsgiê nigricans **.
Les résultats sont moins précis encore pour les organes du goût; cependant le choix même qu'ils font parmi les aliments qui se trouvent à leur disposition tend à faire admettre chez eux la sensibilité gustative.
* m, nerf auditif; b, tunique conjonctive de Totocyste ; e, cellules vibratiles; i^ otolithe (Leydigi.
** E, cellules ciliées; m, nerf auditif; au centre de l'otocyste se voient des oto* lithes elliptiques; grossi 500 fois (Lacaze>Duthiers)
MOLLUSaUES if3
V activité fonctionnelle des mollusques présente toutes les transitions, depuis l'huître immobile sur le rocher auquel elle est attachée et sur lequel elle attend avec une égale apathie la proie qui doit la nourrir ou Tennemi qui doit la dévorer, jusqu'au poulpe gigantesque qui combat, avec toute la puissance de sa force musculaire et de son énergie nerveuse, le combat pour l'existence. . Aussi les mouvements de cts animaux sont-ils très variables suivant leur genre de vie et suivant leur nourriture.
Le parasitisme, si fréquent chez les autres invertébrés, est une exception chez eux et ne se rencontre guère que àzns V Bîtoconcba mirabilis, gastéropode parasite delà synapte digitèe. Leur vitalité est considérable et certaines espèces, les carînaires par exemple, peuvent survivre à des mutilations considérables. On observe aussi chez eux, ainsi chez la barpe ventrue, cts phénomènes singuliers de mutilation volontaire tels qu'on les rencontre chez les échinodermes et les crustacés. Qyand l'animal est dérangé, la partie postérieure du pied se détache sous l'influence d'une contraction de cette partie ; le fragment détaché ne tarde pas, du re^te, à se régénérer.
Les moyens de défense des mollusques sont très variés; tandis que les acéphales et beaucoup d'autres espèces inférieures se contentent de rentrer dans leur coquille au moindre ébranlement et au moindre bruit, que d'autres cherchent leur salut dans la fuite, un certain nombre s'entourent d'un nuage opalin (clionides), d'une couche de mucus, d'un liquide coloré (aplysie) ou noir, comme la seiche. La plupart de ces animaux sont crépusculaires ou nocturnes, ou du moins recherchent l'ob-
scurité. Le fait peut se constater même chez les espèces privées d yeux ou chez lesquelles les yeux sont rudimentaires.
Les expériences physiologiques sur le système nerveux des mollusques sont peu nombreuses et n'ont pas donné de résultats bien précis. Vulpian a constaté que les escargots pouvaient survivre un certain temps à l'extirpation des ganglions cérébraux; après cette opération, les mouvements de la respiration et les mouvements du cœur continuent, mais tout mouvement de locomotion a cessé et l'animal reste enfermé dans sa coquille. L'extirpation des ganglions sous-œsophagiens, au contraire, laisse bien subsister aussi les mouvements du cœur et en partie les mouvements respiratoires ; mais elle est suivie très rapidement de la mort de l'animal. Klemensiewicz a fait un certain nombre d'expériences sur les céphalopodes. Il a vu l'excitation du milieu du ganglion optique déterminer un froncement de la peau sans mouvements du corps ; l'excitation du ganglion cérébral ne produisait rien, ni changement de couleur ni contraction ; l'excitation du ganglion pédieux faisait contracter les bras et froncer la peau ; celle du ganglion viscéral déterminait des contractions des muscles du manteau et des froncements de la peau de cet organe.
Les manifestations instinctives des mollusques sont assez prononcées, sans atteindre cependant le degré d'activité auquel nous les avons vues arriver chez les insectes. Un petit lamellibranche, la lime bâillante, se construit avec des matériaux divers, pierres, fragments de coquillages, etc., un véritable nid dans lequel l'animal vient s'abriter. Le poulpe se bâtit avec des pierres une
MOLLUSQ.UES 15$
cachette au milieu des rochers, et dans laquarium de Naples on a pu observer la façon dont il s'y prenait pour transporter* et disposer les fragments de roche qu'il y employait. Les mêmes animaux ont un merveilleux instinct pour retrouver la mer quand ils en sont séparés par de très grandes distances, sans qu'on puisse dire si cette propriété est due i l'odorat ou à un autre sens.
Chez les mollusques supérieurs, opisthobranches, pulmonés, céphalopodes, il y a un véritable accouplement, et l'instinct sexuel est même, comme on le sait, utilisé par les pêcheurs pour la pêche de la seiche officinale ; les mâles sont attirés et capturés, grâce à une femelle que les pêcheurs laissent nager librement en la retenant par une corde. L'accouplement est même précédé, chez les limaçons et les genres voisins, d'une mimique expressive et de préludes amoureux dont on ne s'attendrait guère à trouver le raffinement dans des espèces aussi inférieures, et dont on peut lire les détails ingénus dans Sv/ammerdam qui les observa le premier. Chez ces animaux, la concentration nerveuse est poussée tellement loin pendant le coït qu'on peut leur faire subir les mutilations les plus graves sans le faire cesser.
L'activité psychique des mollusques, sans atteindre peut-être celle des insectes, est cependant remarquable chez les mollusques supérieurs. On constate même chez les espèces inférieures des traces de mémoire et de jugement. Ainsi beaucoup d'espèces qui vivent ordinairement à l'état de liberté s'attachent par un byssus aux rochers quand elles se trouvent dans un courant violent ; tes huîtres prises sur des bancs qui sont sou-
156 ANIMAUX A SYSTÈME KERVEUX
vent à stc, une fois retirées de Teau restent hermétiquement fermées, tandis que celles qui proviennent d'eaux profondes, et qui ne sont jamais à sec ouvrent leur coquille et ne tardent pas à mourir par perte d'eau. On sait, du reste, qu'on peut habituer les huîtres à rester fermées pour pouvoir les transporter. Dans les espèces supérieures, l'intelligence se révèle surtout dans leurs combats et dans la recherche de leur proie ; mais elles paraissent aussi susceptibles d'attachement: les poulpes de l'aquarium de Naples connaissent leur gardien, le distinguent des autres personnes et lui témoignent une certaine affection; mais c'est dans leurs combats que ces animaux sont le plus intéressants à examiner, et il faut lire dans Colmann les péripéties dramatiques de la lutte à mort engagée dans l'aquarium de Naples entre un poulpe et un homard, lutte acharnée qui se termina par la victoire du céphalopode ^ C'est dans ces luttes qu'on peut juger de l'énergie émotive de ces animaux et que se révèlent à l'observateur toutes les passions qui les agitent et qui leur donnent une place à part dans le monde qu'ils habitent : vigilance, ruse, courage, audace, colère, férocité. C'est qu'aussi l'expression des émotions atteint chez eux une intensité extraordinaire; tout y concourt, les yeux, la couleur de la peau, les mouvements de la respiration, les contractions du corps et des bras, la production même de sons qu'on rencontre chez quelques-uns d'entre eux. Quand l'animal est en colère, ses yeux étincellent, la pupille se dilate et l'iris change de coloration; des teintes sombres passent
« Voir Brebm, Us Merveilles de h nature : vers, mollusques, p. 453.
*>IOLLUSQ.UES 157
comme des nuages sur la surface du corps ; d'autres fois ce sont des taches foncées qui paraissent sur certains points du corps ;. puis une nuance sombre, parure de combat, recouvre toute la peau ; les mouvements respiratoires s'accélèrent, ils deviennent plus profonds et introduisent dans le manteau des masses d'eau qui le gonflent et qui sont ensuite violemment expulsées. Leurs bras s'élancent, se glissent, se contournent, s'enlacent sur l'ennemi, s'y fixent par leurs ventouses, s'en détachent pour le ressaisir ensuite et s'y cramponner de nouveau jusqu'à ce que la lutte soit terminée et presque toujours à l'avantage du terrible céphalopode. On conçoit qu'un tel spectacle, réellement beau dans son horreur, ait inspiré les poètes et que les combats de la pieuvre aient trouvé des interprètes dans les plus grands d'entre eux.