Cf. Bninot, p. 107 et suiv
pas de sang-froid en écrivant ces notes critiques, enûn qu'il avait le diable au corps, le diable ou le démon de la grammaire *. 11 ne me semble pas qu'il faille tant se mettre en colère. Le Commentaire sur Desportes est au contraire intéressant. Il nous montre surtout comment Malherbe comprenait la langue qui devait, suivant lui, composer la substance de la poésie. Sans doute c'est le purisme qui fait le fond de sa doctrine, et sa doctrine par conséquent tend plutôt à appauvrir qu'à fortifler le français. Il trouve que notre vocabulaire est très compromis par les excès de l'école de Ronsard, et, conformément à la médecine de son temps, il traite son malade par la saignée. Reste à savoir s'il a guéri la langue française, ou s'il l'a anémiée. Même, si Ton admettait que Malherbe a appliqué sa méthode avec trop de rigueur, il faudrait reconnaître qu'il n'a péché que par excès de qualité, car ses principes sont excellents. Ce qu'il recommande avant tout, c'est une extrême précision dans les termes *. 11 a horreur des synonymes vagues. 11 veut qu'on appelle les choses exactement par leur nom. 11 désire même qu'on emprunte aux langues spéciales les mots les plus techniques '. Une fois ou deux seulement, dans ses observations de détail, Malherbe a oublié de se conformer à sa propre loi : il critique chez Desportes la distinction établie entre une forêt et un bois; il soutient qu'on doit laisser aux chasseurs et aux forestiers le soin de distinguer l'un de l'autre, qu'un poète ne doit pas être si pointilleux, surtout étant donné que, si un bois n'est pas toujours une forêt, une forêt est toujours un bois (IV, 449). Peut-être dans cette observation y a-t-il plus de dénigrement que de jugement impartial. Car partout ailleurs Malherbe se montre scrupuleux sur les à peu près : il exige du poète, dans la désignation des objets, la précision technique