Vers de huit pieds
Et l'indifférence de Molière sur ce point est telle que dans le même vers il compte et ne compte pas Ve muet :
Mais je vous avouerai que cette yayeté, (II, 326, 1810.)
Quant à Ve muet dans la terminaison de la troisième personne du pluriel, Molière finit par suivre la règle adoptée par le xvii® siècle; il dit par exemple :
Dont ils n'aient pris le soin de réparer la perte. (VIII, 302, 634.)
Mais dans ses premières pièces il écrivait sans scrupule :
Ce que voyent mes yeux, franchement je m'y fie. (I, 405, 58.) Et voyent mettre à fm la contrainte où vous êtes. (I, 466, 969.) Ils croyent que tout cède à leur perruque blonde. (II, 431, 1047 *.)
Pour la valeur de Ve muet à la fin des mots, nous constatons d'assez curieuses singularités : c'est ainsi que nous trouvons, une «eule fois, il est vrai, un e qui n'est pas élidé et qui pourtant ne compte pas :
A la queue de nos chiens, moi seul avec Drécar. (111, 74, 542.)
Il arrive assez souvent au contraire que Molière compte comme une syllabe 1'^ final précédé d'une voyelle, et cela, malgré la défense de Malherbe, malgré une remarque fort juste de Port-Royal : « Il y a certains mots qu'on ne peut mettre qu'à la fin des vers, si ce n'est en mangeant la dernière syllabe, tels que sont tous ceux qui ont une voyelle avant Ve muet.... Ce ne serait pas un vers supportable de mettre :
La vie n'est que mort à qui vit en langueur. » (Art. 5, p. 878.) Molière trouve pourtant fort supportables les vers suivants :
Anselme, mon mignon, crie-t-elle à toute heure. (I, 120, 224.) Ah! n'aye point pour moi si grande indifTérence. (I, 150, 679.) Que ]aye peine aussi d'en sortir par après. (I, 182, 1141.) La partie brutale alors vient prendre empire. (I, 484, 1261.) Mais elle bat ses gens, et ne les paye point. (V, 504, 940.) C'est d'être Sosie battu. (VI, 378, 382.)