Sens de appât
3. T. VII, p. 410; cf. t. VII, p. ill : « Je serai bien aise qu'elle soil du régale. • — • MoUëre a écrit régal sans «• dans le Misanthrope (vers 5o); mais nous trouvons deux fois, en prose, régale.,.. Cette seconde orthographe est la seule qu'admettent Richelet(1680) et l'Académie dans sa première édition (1694). Furelière, dès 1690, et l'Académie, dès sa seconde édition (1718), écrivent régal. • (Note du vers 639 de V Amphitryon.) L'usage flottait encore pour ce mol : Molière en proflte.
Pour encore et enco)\ qu'il emploie ad libitum :
Parmi les fondements qu'ils en jettent encor (1, 137, 479),
Mais, chut! — Encore ici? L'amour retient nos pas (V, 499, 847),
une observation très judicieuse de Thomas Corneille sur une remarque de Vaugelas donne raison, en fin de compte, à notre poète. <( M. de Gombaud... ne pouvait souffrir qu'en poésie, on fît rimer encor avec or. M. Chapelain appelle cela une délicatesse particulière, et qui n'engage personne à rien; cependant, s'il faut toujours dire encore en prose, et jamais encor, la poésie n'ayant aucun droit d'autoriser ce qui est contre la langue, encm* ne devrait pas être moins banni des vers qu'il l'est de la prose;... comme la prose doit avoir quelque sorte de mesure qui satisfasse l'oreille, il devrait être permis de dire également e?icor et encore j selon qu'on trouverait à propos d'ajouter ou de retrancher une syllabe. » (I, 396.)
Quant à la suppression de 1'^ muet dans le corps du vers, que ce soit à la fin ou dans le milieu d'un mot, voici la pratique de Molière : il ne l'écrit pas, parce qu'on ne le prononce pas, et ne le fait pas compter comme lettre, parce qu'il ne compte pas comme son; par exemple :
Les flots contre les flots font un remu ménage. (I, 485, 1278.)
Littrc remarque du reste que, dans ce mot, w les poètes suppriment souvent 1'^; mais cela est inutile; écrit ou non écrit, Ye ne compte pas ». Cette observation fort juste s'appliquerait aussi bien aux mots suivants :
Oui-da, très volontiers, je Vépousterai bien. (I, 210, 1577.) Le notaire qui loge au coin de ce carfour, (III, 211. 674.)
D'autres fois encore, là où l'on penserait qu'il y a une véritable licence, il n'y a qu'une orthographe vieillie, conservée par une expression toute faite :
Dieu le gard\ Cléanthis. (VI, 418, 1086.) [(IX, 81, 333.
Jamais... — Ahl Dieu vous gard', mon frère! — Et vous aussi.
C'est l'orthographe de Marot, c'est encore quelquefois celle de La Fontaine *.
1. « Garl ou gard esl le subjonctif de garder dans l'ancien français; il n'y a l>oint d'e supprimé. » (Litlré.)
L'iVOL. DU VERS FR. 20
Dans ce dernier exemple, la mesure du vers force déjà à modifier un peu la prononciation du mot. Mais il en est, pour les licences de prononciation dans Molière, comme pour les licences d'orthographe : toutes les fois que Ton rencontre chez lui un mot de prononciation singulière, on peut se dire que Molière suit un vieil usage, ou bien qu'il choisit, entre la prononciation de la cour et celle de la ville, la forme qui convient à son vers. Ainsi, ce n'est pas pour la rime, mais par amour de Tarchaïsme que Molière écrit :
Et les traits eflTrontés!... — Ah! souffrez que je die (1, 510, 1730).
puisqu'il emploie le même mot dans le corps d'un vers : Veux-tu que je te die? une atteinte secrète. (1, 403, I.)
Le choix était encore possible au milieu du xvii*' siècle : Vaugelas le constate : « Au singulier, r/tioi que Von die est fort en usage, el en parlant et en écrivant, bien que quoi que l'on dise ne soit pas mal dit » (II, 38).
Molière écrit à la rime treuve pour trouve :
Mais encore une fois la joie où je vous treuve
M'expose à la rigueur d'une trop rude épreuve. (II, 327, 1820.)
Non, l'amour que je sens pour cette jeune veuve
Ne ferme point mes yeux aux défauts qu'on lui treuve. (V, ioO, 225.)
Cette prononciation n'est pas une licence, puisque Molière emploie la même forme en prose ou dans l'intérieur d'un vers :
Je treuveXe mariage une chose tout à fait choquante. (H. OH.) Treuve ruses, détours, fourbes, inventions. (I, 110, 73.)
' On pouvait encore hésiter, en 1647, entre ces deux formes : « Trouver et ireuver sont tous deux bons, mais trouver avec o est sans comparaison meilleur que treuve^* avec e. Nos poètes néanmoins se servent de Tun et de l'autre à la On des vers pour la commodité de la rime K »
Ce n*est pas « pour la commodité de la rime », mais bien parce qu'il entendait prononcer ainsi autour de lui, que Molière écrivait vers 1653 :
Il n'a point aperçu Jeannette, ma ftllole,
Laquelle a tout ouï parole pour parole (I, 210, 1567).