‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 190 sur 224 · L. Racine, Remarques (I, 155; II · texte numérisé non relu

L. Racine, Remarques (I, 155; II

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pourtant de bien remarquable si on le replace dans la liste des vers monosyllabiques de Racine * :

Mais il me reste un fils, et je sens que je Faime. (I, i'frG, 871.) La terre a moins de rois que le ciel n*a de dieux. (1, '*80, liW.) Un coup de foudre est tout ce que je veux de vous. (ï, t83, i50V.) Ne puis-je rien pour moi quand je puis tout pour lui. (I, :>03, 848.) On fait plus, et l'on veut que je t'aime à mon tour. (I, 571, 116i.) Hé bien! c'est donc en roi qu'il faut que je vous traite. (I, 593, 1501.) Non, je n'ai pas bien dit tout ce qu'il faut lui dire. (II, 74, 074.) Dans le fond de ton cœur je sais que tu me hais. (II, 330, 1077.) Quand je fais tout pour lui s*il ne fait tout pour moi. (II, 49 i^, 320.) Il y va de ma vie, et je ne puis rien dire. (II, 550, 1040.) Je ne veux que les voir; je ne veux qu'à leurs yeux. (III, 80, 14 to.) Il sait tout ce qui fut et tout ce qui doit être. (III, 17t, 458.) [1028.) C'est pour lui que l'on tremble, et c'est moi que l'on craint. (111,203, Hé quoi! ne vois- tu pas tout ce qu'on fait pour elle? (III, 207, 1113.) Pour vous à qui des Grecs moi seul je ne dois rien. (111, 219, 1383.) Mon fils n'a plus de père, et le jour n'est pas loin. (III, 338, 587.) Dans le trouble où je suis je ne puis rien pour moi. (III, 350, 912.) Je ne sais où je vais, je ne sais où je suis. (IIl, 301, 10(^1^.) Le jour n'est pan plus pur que le fond de mon cœur, [1495.)

Mon nis n'est plus? Hé quoi? Quand je lui tends les bras. (III, 388, Au seul son de sa voix, la mer fuit, le ciel tremble. (III, i80, 225.) Que ma bouche et mon cœur et tout ce que je suis. (III, 512, 771.) lié quoi! vous de nos rois et la femme et la mère. (III, 031, t'tl.) Ce qu'il doit à son Dieu, ce qu'il doit à ses rois. (III, 032, t58.) Le ciel est juste et sage et ne fait rien en vain. (III, 030, 558.) Soit qu'elle eût même en lui vu je ne sais quel charme. (III, 050, 884.)

Dans cette liste, d'une trentaine de vers, on ne découvre aucune adaptation spéciale de la forme à Tidée. Il serait donc un peu naïf d'attacher de Timportance à ce fait que tous les mots sont d'une syllabe '. Ces vers ne sont ni plus ni moins doux que les autres. La

1. Pourlant je reconnais que ce vers est plus souvent cité que d'autres : mais est-ce à sa forme quMl le doit, ou à ridée qu'il contient? En voici, à coup sûr, un usage curieux. Le 29 fructidor an II (13 septembre 1794), David écrit de la prison du Luxembourg au Comité de Sûreté générale :

Le jour n*esl pas plus pur que le fond de mon cœur.

« Je demande donc, Représentants du Peuple, que le comité veuille bien s'occuper enfin de l'examen de ma conduite. • (Dauban, Paris en 1794^ p. 333.) On en pourrait encore trouver une transposition dans ce passage des Mémoires de Bnzot : « La douce iraicheur d'une belle nuit d'été n'est pas plus pure que les derniers jours de ma vie. » (Ed. Dauban, p. 38.)

2. • Plusieurs monosyllabes de suite font un son dur dans la langue latine, et font au contraire un son doux dans la nôtre. Vaugelas en dit la raison : comme la langue latine a peu de monosyllabes, leur petit nombre est cause

seule réflexion que Ton puisse faire, est celle-ci : Racine, puisqu'il les a conservés en si grand nombre, les trouvait aussi harmonieux que d'autres, car L. Racine avait raison d'appeler son père « un poète si attentif à la douceur de la prononciation * ».

La Rime.

Cet éloge a la valeur d'un jugement motivé sous la plume de L. Racine qui, nous Tavons vu plus haut, rend toujours hommage à ce qu'il croit la vérité, môme quand elle pourrait diminuer la valeur de son père. Je n'ai pas cité tous les passages où il insiste sur les obligations de Racine envers fioileau. La seule chose vraisemblable dans cette histoire, c'est que Boileau, érigeant en règle la diflicullé qu'il ressent lui-même à rimer, essaye de former Racine à son image : « Boileau se vanta toute sa vie d'avoir appris à mon père à rimer difficilement : à quoi il ajoutait que des vers aisés n'étaient pas des vers aisément faits. Il ne faisait pas aisément les siens, cl il a eu raison de dire :

Si j*écris quatre mots, j'en effacerai trois.

Un de ses amis le trouvant dans sa chambre fort agité, lui demanda ce qui l'occupait : Une rime, répondit-il; je la cherche depuis trois heures! * »

Je serais tenté de supposer que Racine, par affection pour Boileau, exagérait courtoisement les services que lui rendait son ami, puisque, au témoignage désintéressé de l'abbé Du Bos, il reconnaissait avoir beaucoup appris du grand critique '.

qu^on les remarque.... Noire lanp^uc étanl au contraire abondante en monosyllabes, plusieurs se peuvent trouver ensemble sans choquer notre oreille. • L. Racine, HemarqueSy 11, 140-141.

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