l*ensées, dans ses Poéshs omplètex. p. Ii
4;iH RACINE.
Le rifl le donne Achille; et ma joie est extrême
De t'enlendre nommer.... Mais le voici Jui-même. (111, 193, K:jO.>
Le Roi de temps en temps la presse entre ses bras,
La flatte.... Chères sœurs, suivez toutes mes pas. (III. 69o. 155*.)
Je sais bien que d'après Quicherat ce sont là tous enjambements « permis ». Mais je ne vois pas du tout quelle différence essenlielle on peut établir entre eux et les enjambements « interdits »; ou plutôt je n'eu vois ([u'une : c*cst que les uns sont permis et les autres interdits par Quicherat; mais quelle raison lui fait condamner les mauvais enjanibemenls? « Nos vers ne peuvent enjamber parce qu'ils riment; et la rime étant une des premières conditions de notre poésie, tout ce qui tend à la faire disparaître est un véritable contresens '. » Le contresens n'est-il pas aussi formel pour renjambemenl par suspension que pour Tenjambement romantique, pour celui qui est K permis » que poiu* celui qui est « interdit »? Dans les deu\ cas, la rime est moins fortement soulignée que dans Talexandrin de Boileau, car, si sa sonorité n'y perd rien, le second élément qui sert à la faire remarquer, c'est-à-dire la césure tinale, est certainement très amoindri. Aussi est-on en droit de se demander quelle raison Racine pouvait bien avoir pour introduire dans ses vers cet enjambement « permis ». Peut-être la découvrirons-nous dans une remarque du poète sur un vers d'Homère où l'on trouve un procédé analogue : « Kustalhius dit que la phrase de ce vers est un solécisme, qui fait une élégance, comme si la chose était dite sur-lechamp, l(î vers commonrant d'une façon et finissant de l'autre. » (VI, 199.)
Que cette explication soit ou non la bonne, il n'en est pas moins vrai (|ue Racine a souvent usé de ce procédé, et qu'il s'est permis même les enjambements les plus interdits. Son vers, quoi qu'en disent Boileau et Sainte-Reuvc, ose enjamber, et de la façon la plus formelle.
Je laisse de coté les très nombreux exemples que Ton pourrait tirer des Plaideurs^ puisque celle pièce, peut-être la plus heureusement versifiée de tout le répertoire de Racine, appartient à un genre secondaire, à celte Comédie, à laquelle la critique classique permet dédaigneusement l'enjambement, ainsi que raristocralie