Rtfflexions, II
modestie liliale, L. Racine cite surtout Malherbe comme autorité \ Plus nous nous enfonçons dans le xyiii® siècle, qui sans doute n'a été ni le plus lyrique, ni le plus poétique de nos grandes époques littéraires, plus nous voyons dominer le respect de Malherbe; et ceux qui ont de la sympathie pour lui liront avec plaisir les éloges dithyrambiques qui lui sont décochés par Marmontel \ Môme de très libres esprits, en pleine révolution, tout en faisant des réserves qui tiennent plus aux préoccupations de l'heure présente qu'à des principes de goût, lui reconnaissent volontiers des qualités de premier ordre ^ L'éloge de Malherbe devient un cliché obligatoire; et tout le monde suit le mouvement. Il était réservé à Chateaubriand de mettre le comble à ces éloges disproportionnés : « Malherbe était venu, et ce héros, à la fois barde et chevalier, pouvait conduire les Français au combat en chantant des hymnes à la victoire*. »
Encore n'y aurait-il que demi-mal, si Ton se contentait, par excès d'admiration, de pécher ainsi contre la justice littéraire, et si nous n'avions qu'à diminuer de quelques coudées la hauteur du piédestal que l'on élève à la statua de Malherbe. Mais le malheur, c'est qu'on ne se contente pas d'admirer : on imite. Le consentement universel vient lentement corroborer le respect religieux que Ton éprouve dès
!. Remarques, II, 252; I, 360; I, 87.
2. « Rendons justice à Malherbe. C'est à lui que l'ode est redevable des prop[rès qu'elle a faits parmi nous. Non seulement il nous a fait sentir le premier de quelle cadence et de quelle harmonie les vers français étaient susceptibles; mais, ce qui me semble le plus précieux encore, il nous a donné des modèles dans l'art de varier et de soutenir les mouvements de l'oc/e, d*y répandre la chaleur d'une éloquence véhémente, et ce désordre apparent des sentiments et des idées, «lui fait le style passionné. Lisez les premières stances de l'ode qui commence par ces vers :
Que direz-vous, races futures, etc.
Le style en a vieilli sans doute; mais pour les mouvements de l'àme, l'ode fran- (jaise n'a rien encore de plus sensible ni de plus véhément. » (Marmontel, IV, TH.)
3. « On trouve la galanterie traitée avec le ton hyperbolique et fade qui régnait de son temps, et quelquefois avec celui de la plaisanterie et d'un libertinage d'esprit raffiné, mais toujours décent. La religion y est affublée d'une pompe, d'un ascétisme, d'une exagération ridicules. En général, les métaphores outrées, la fausse érudition, les images et les expressions communes mêlées parmi les objets les plus nobles, le défaut d'ordre dans la disposition des parlies qui composent chaque i>ièce, l'ignorance absolue de la gradation rendent la lecture de Malherbe très choquante pour un goût délicat. Mais ces défauts ne bannissent pas les traits brillants et une pureté de langage qui, lorsqu'on le compare au temps, donne une haute idée de ce créateur de notre langue et de sa poésie. Malherbe est flatteur outré; on le lui pardonne lorsqu'il s'adresse à Henri IV. » (Barnave, Œuvres, IV, 264, 265.)