‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 40 sur 224 · I, 352; m, 183; IV · texte numérisé non relu

I, 352; m, 183; IV

4. - On a raison de citer avec éloge son ode à Louis XllI; pleine de verve, riche en images, variée dans ses mouvements, elle a cette marche libre et Uère

une protestation contre les rebelles qui font passer leur intérêt avant celui du pays,

Ces Français qui n'ont de la France

Que la langue et rhabillement (I, 49, 100),

nous aurons terminé la courte énumération de toutes les qualités de Malherbe : un peu de patriotisme, une commisération pour les petits qui, n'agissant pas, est peu sincère, une amitié bourrue, la fierté de son talent, Torgueil de sa naissance, c'est là tout ce qu*il y a de bon dans le cœur de Malherbe.

Jamais poète ne fut de tempérament plus sec, plus réfractaire à toutes les émotions. Son cœur était fermé presque à tous les sentiments affectueux. Si en effet nous dressons la liste de tout ce qu'un homme peut aimer, nous constatons que la page de Malherbe est presque blanche. Il n'aime pas Dieu, ou, si Ton préfère, le sentiment religieux ne vibre guère en lui. Il est à cent lieues de la dévotion. Un jour, dans un couvent, on exige qu'il dise un pater, avant de lui permettre de voir un moine qu'il était venu visiter. La prière dépêchée, le moine arrive, et s'excuse de ne pouvoir entretenir notre poète : « Faites-moi donc rendre mon pater », riposte Malherbe, qui semble bien regretter là une comédie inutile *.

Voltaire en pareil cas n'eût pas mieux dit. Malherbe était môme bien plus sceptique que Voltaire : non seulement il ne croyait guère à la médecine, mais encore il n'était pas très persuadé qu'il y eût une vie future, au dire de Des Réaux *. Si, sur une matière de pareille importance, on repousse le témoignage de cette mauvaise langue de Tallemant, peut-être croira-t-on davantage celui de Racan : « Il lui échappait quelquefois de dire que la religion des honnêtes gens était celle de leur prince' ». Encore Racan n'a-t-il pas osé écrire tout ce que lui disait Malherbe. Grâce à M. Louis Arnould, nous connaissons toute la pensée de Malherbe, recueillie par Conrart :

qui coDYient à Tode héroïque. Seulement je n'aime pas à voir un poète exciter son roi à la yengeance contre ses sujets. Les Muses sont des divinités bienfaisantes et conciliatrices; il leur appartient d'apprivoiser les tigres, et non pas de rendre les hommes cruels. » (Marmontei, IV, 717.)

1. Tallemant, I, 283. — M. Arnould, Anecdotes inédites, p. 68-69, ne partage pas cette opinion.

' 2. m, 345. — Cf. Lalanne, Notice biographique, l, xui-xun.

3. I, Lxxxvni. L'exemple de Malherbe justifie assez bien le mot de La Bruyère :: • Un dévot est celui qui sous un roi athée serait athée. • {De la mode, § 21.)

en 1628, à la Rochelle, « un jour qu'il s'allait promener, il se mit à considérer les soldats du camp du Roi, et ceux de la ville, qui paraissaient de ce côté-là, sur le bastion appelé de TËvangile ; et dit à Racan — qui servait coairae enseigne — et à quelques autres, qui étaient avec lui, d*un ton et d'un geste tout à fait brusques, selon sa coutume : À qui diable! en veulent ces gens-là, de tâcher tous les jours à s'égorger les uns les autres, encore qu'ils n'aient rien à démêler ensemble? Voyez-vous cet homme-là, disait-il en montrant la sentinelle la plus avancée du bastion ; il souffre la faim, et mille autres incommodités, et s'expose à tous moments à perdre la vie, parce qu'il veut communier sous les deux espèces; et les autres l'en veulent empêcher : n'est-ce pas un beau sujet pour troubler toute la France *. » Écartons, si l'on veut, même la déposition d'un ami aussi intime que Racan, d*un témoin comme Gonrart. Prenons la correspondance de Malherbe lui-même. Sans doute nous y trouvons quelques lettres de condoléance, où l'auteur parle gravement de la mort et de Dieu *. Mais quel est le libre penseur qui, en pareil cas, chercherait des consolations dans le matérialisme et le néant? Ailleurs il écrit à son cousin du Bouillon, au moment de Pâques, et pendant la guerre des princes : « Je crois que et à Troie et au camp des Grecs on ne fait que prier Dieu. C'est à lui qu'il faut recourir, et de lui qu'il faut attendre ce qui nous est propre. Hors de son aide tout est vain, tout est songe, ombre et fumée. Je le prie. Monsieur mon cousin, qu'il vous donne les prospérités que je vous désire, à la charge que vous continuerez d'aimer, et de bon cœur, celui qui de tout le sien est votre très humble et très affectionné serviteur. » (IV, 36.) Faut-il voir là une profession de foi? n'y a-t-il pas plutôt dans celte formule finale comme une vague ironie? La chose est plus claire encore dans l'histoire du miracle de la Flèche. Il renvoie dos à dos les jésuites et les cordeliers qui ne pensent pas de même dans cette affaire, et plaisante assez gauloisement sur ce cas. (IV, 7.) Il n'est même pas superstitieux. S'il copie pour Peiresc des contes de revenants, s'il lui narre des histoires de sorciers, il en tire une morale très philosophique : « Pour moi il faut bien que les préjugés soient extravagants pour me

1. Anecdotes inédites^ p. 51. — Celte boutade serait une belle pensée, si Malherbe avait songé à protester contre Tintolérance des catholiques.

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