Vie, I, Lxx; III
Mais celle éducalion classique, qui n*a rien d'exceptionnel en «omme, ne suffirait pas à expliquer son rare génie. Palru et Boileau ont trouvé la vraie raison ' : c'est le second qui nous Texpose, dans une lettre à Maucroix du 29 avril 1695 : « Malherbe croît de réputation à mesure qu'il s'éloigne de son siècle. La vérité est pourtant, «t c'était le sentiment de notre cher ami Patni, que la nature ne l'avait pas fait grand poète : mais il corrige ce défaut par son esprit «l par son travail. Car personne n'a plus travaillé ses ouvrages que lui. »
On cite en effet de sa part, comme des phénomènes extraordinaires d'inspiration, comme des improvisations presque, des pièces qui paraîtraient faibles chez n'importe quel poète, moderne ou ancien, et <iui n'ont d'autre intérêt que d'être chez lui un manquement à sa règle, règle que la formule de Boileau rend si bien :
Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse.
La pièce composée pour un ballet de Madame est écrite sur un air à la mode, en moins d'un quart d'heure; Malherbe ne l'estime guère du reste '. Les stances pour un ballet de Madame sont écrites en un «eul jour '. Un sonnet pour Madame la Princesse est composé également assez vite, sans que nous sachions exactement en combien de temps (IV, 6). Il arrive même une fois que Malherbe improvise séance tenante une variante, et même assez heureuse, pour un vers critiqué par Racan *.
Mais ce sont là de très rares exceptions. Malherbe se défie de tout ce qu'il écrit au courant de la plume. Il ne veut pas que l'on publie même ses lettres familières, avant qu'il ait eu le temps de les revoir