I, LXXXIV-LXXXV
séparant le cinquième et le sixième vers de ce qui précède et de ce qui suit, la strophe n'est plus formée que de deux quatrains séparés par un distique * : au lieu de la forme
e a e a | ée êc i | ie ic i,
on obtient :
e a e a | ée ée | i ie ie i.
U en est de même pour les stances composées de quatre alexandrins et de six vers de sept syllabes :
a c e a ée ée i ic ic i (I, 2Cj;
de quatre alexandrins et de six octosyllabes :
e a e a i i ée o o ée (I, 300).
Si l'on joint ces cinq types de stances et de strophes à tous les autres, on trouve (jue Malherbe en a employé quarante-cinq différents.
Il est plus facile de les énumérer que d'en apprécier la valeur lyrique. Car le vrai critérium du lyrisme est encore i trouver. Pourtant, en procédant par élimination, on peut d'abord constater ce qui manque à ces odes.
En premier lieu, il est impossible de les chanter, de les mettre en musique. Or, comme le remarque un prosodiste contemporain, même aujourd'hui, quoique les odes ne soient plus chantées, il semble que pour mériter leur nom, elles devraient tout au moins pouvoir être chantées*. Auxvii** siècle, il n'était pas jusqu'aux slances
1. « La division symélrique de la etaiioc de dix vers est en un (jualrain cl deux tercets; et Rousseau Ta presque toujours observée. Mais Malherbe ne s'y était pas assujetti; et dans les exemples que j'en ai cités, l'on peut voir ce qui arrive le plus souvent, savoir de marquer le repos au sixième vers, et <le lier le septième avec les trois autres : quelquefois même il fait couler rapidement les six derniers vers sans aucune pause. Ce rythme, indécis et irrégulier, peut trouver son excuse en ce que d'une haleine on prononce aisément et sans fati^rue six vers de huit syUabes; mais les poètes qui auront l'oreille serupuleuse, préféreront la coufie de Rousseau. » (Marmontel. V, 158.)
2. Gramont, p. 241. — Cf. Saint-Saëns : « Les vers. <lisent les poêles, ont leur musique en eux-mêmes, et se passent du musicien. Kn sont-ils bien sûrs? Les vers ne sont certainement pas faits pour être lus seulement des yeux, en silence; ils sont faits pour être « dits ». Or il n'est pas un seul poète digne de ce nom qui soutienne que les vers doivent être dits comme de la prose. Il faut les dire lyriqucment. Direlyriquement, c'est chanter. >* {Harmonie et Mélodie, p. 258-259.)
qui ne fussent mises en musique '. D'après Malherbe lui-même, la poésie française convient plus particulièrement aux chansons et aux vaudevilles *. Il est vrai qu'il ne se connaît guère en musique. « M. de Malherbe, dit Racan, n'était délicat ni en musique, ni en gants, et il aimait autant ouïr chanter une chanson du Pont-Neuf, que le plus bel air du monde; et avoir des ganls de dix sols, que des meilleurs et des mieux préparés '. » Il est en effet presque absolument incapable de composer des paroles sur un air quelconque *. Ses stances à la reine régente,
Objet divin des âmes et des yeux,
sont écrites sur un air en vogue :
Belle qui m'avez blessé d'un trait si doux.
Mais on ne peut les chanter, parce qu'il manque une syllabe au premier vers. C'est Racan qui l'apprend à Ménage, en ajoutant que Malherbe n'avait point l'oreille musicale, et qu'il n'a jamais pu faire de vers même sur les airs que les musiciens composaient spécialement pour lui *.
Sans doute la coupe de ses vers est souvent très heureuse. Nos poètes l'admirent même encore •. Mais cette harmonie n'a plus rien à voir avec la musique. De plus, il y a quelque chose de conventionnel dans les règles minutieuses que Malherbe s'impose : qu'importe
1. Sur le repos dans les stances, inventé par Maynard (I, lxxxiv-v), Ménage dit : « Toutes ses maximes sont bonnes et bien inventées; et pour l'ordinaire il les faut suivre, et particulièrement dans les grands vers, aux stances de six, qui sans ces pauses au troisième vers ne pourraient se chanter commodément » (p. 268).
2. « Malherbe disait que la poésie française n'était propre que pour des chansons et des vaudevilles. C'est une particularité que j'ai sue de M. Guyot. » (Ménage, p. 454.)