‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 60 sur 224 · Malherbe, I, 11-14, 187-258.— CornciUe, IX · texte numérisé non relu

Malherbe, I, 11-14, 187-258.— CornciUe, IX

2. X, 222. — Cf. Picot, Bibliographie cornélienne, p. 4i)8-459.

de la composition, il écrit de verve, enllammé par une sorle de feu mystérieux, dit-il modestement, par son génie, dirons-nous :

Certes, dans la chaleur que le ciel nous inspire,

Nos vers disent souvent plus qu'ils ne pensent dire;

Et ce feu qui sans nous pousse les plus heureux

Ne nous explique pas tout ce qu'il fait par eux. (X, 96, 33.)

Mais quelle est donc CGtte flamme qui échauffe son génie, et qui soulève sa pensée? Pour expliquer la toujours mystérieuse genèse de Tinspiration, ne pouvons-nous, tout au moins par hypothèse, deviner le germe d'où viendra la vie? Un passage de la Galerie du Palais permet de supposer, avec quelque vraisemblance, que c*esl Tamour, personnellement éprouvé par Corneille, qui Ta rendu poêle : Dorimant s*en explique ainsi :

Lui seul de ses effets a droit de nous instruire :

Notre plume à lui seul se doit laisser conduire :

Pour en bien discourir il faut l'avoir bien fait;

Un bon poète ne vient que d'un amant parfait. (II, 27, ^56.)

Et Dorimant, c'est Corneille : car, parlant en son nom personnel, il affirme la môme théorie : Tamour a été le « père de ses vers » (X, 78, 91). Au moment de la Querelle du Ctrf, il proclame bien haut, dans son excuse à Ariste, que la passion la seul inspiré :

J'ai brûlé fort longtemps d'une amour assez grande, Et que jusqu'au tombeau je dois bien estimer. Puisque ce fut parla que j'appris à rimer.... Charmé de deux beaux yeux, mon vers charma la cour. Et ce que j'ai de nom, je le dois à l'amour *.

N*est-ce pas pour la môme raison que son Polyeucte est si supérieur à tout ce qui Ta précédé? Le vers en est plus assoupli, moins froidement correct : visiblement Corneille se laisse aller à une émotion personnelle. Le poète est attendri par la passion nouvelle qui anime Thomme . 11 y a plus de sensibilité vraie , plus d'amour humain, dans les deux premiers actes de Polyeucte que dans Horace et Cinna réunis. Chacun de ces vers a Tair d*un battement de cœur, et nous communique sa vibration.

Nous pouvons maintenant entrer dans la technique même de cette versification, et demander à Corneille, toujours si sincère sur lui-

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